Les séquelles du Covid-19, une seconde épreuve pour les anciens patients
Des séquelles parfois indétectables sur le plan clinique peuvent persister, ou ressurgir, chez des patients pourtant déclarés guéris du Covid-19, notamment au niveau de l’appareil respiratoire.
Guérir du Covid-19 signifie-t-il en être définitivement débarrassé ? Même si le virus n’est plus présent dans l’organisme, des symptômes résurgents ou persistants peuvent perdurer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, comme l’attestent de nombreux témoignages d’anciens patients testés positifs au Covid-19, qui ont abondé sur les réseaux sociaux sous les hashtags #aprèsj20 et #aprèsj60.
Au Maroc, les épidémiologistes et infectiologues Jaafar Heikel et Kamal Marhoun El Filali, respectivement directeur de la clinique de Vinci à Casablanca et chef du service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de la même ville, sont unanimes : contactés par Médias24, ils affirment qu’il est encore trop tôt pour évaluer la teneur des séquelles post-Covid chez les patients marocains désormais guéris. Mais formulent déjà quelques observations : ''Parmi les patients que nous avons reçus et qui sont aujourd’hui guéris, nous constatons une évolution globalement favorable et aucune séquelle déclarée. Ce que nous avons observé en revanche, c’est l’impact psychologique – je n’irais pas jusqu’à parler de séquelles – de ce virus et de l’hospitalisation ; ils sont angoissés par l’idée d’être à nouveau infectés et donc à nouveau hospitalisés'', nous dit Jaafar Heikel. L’hospitalisation, parfois longue de trois à quatre semaines, a en effet été particulièrement éprouvante pour certains patients.
Gêne respiratoire
Pour récolter des données scientifiques et empiriques sur d’éventuelles séquelles, la clinique de Vinci, dédiée au traitement des patients Covid-19 sous l’égide du ministère de la Santé, a récemment mis en place une cellule de suivi pour suivre ses anciens patients, dont les derniers ont quitté l’établissement début juin. La clinique travaille actuellement avec un scanner muni d’un logiciel tomodensitométrique ''qui calcule les surfaces du tissu pulmonaire atteintes, à hauteur de 10, 15 ou 20% par exemple, et indique la probabilité d’apparition d’une séquelle ou de lésions liées au Covid-19''. Car ce n’est pas parce qu’un ancien patient ne présente aucune séquelle sur le plan clinique, c’est-à-dire par un examen direct, sans appareil ni examen en laboratoire, qu’il n’a pas pour autant conservé des lésions sur le plan scanographique, notamment au niveau de l’appareil respiratoire.
''Les séquelles sur le système pulmonaire sont les plus évidentes car les symptômes du Covid-19 sont avant tout respiratoires'', souligne Kamal Marhoun El Filali. Ces séquelles risquent d’être ''plus apparentes et fréquentes chez les personnes qui ont développé une forme sévère de la maladie et sont passées par un service de réanimation''. Les phénomènes inflammatoires provoqués par le virus ''s’accompagnent de destructions au niveau du poumon, qui sont remplacées par un tissu de fibroses, comme des cicatrices, et entravent le bon déroulement des échanges gazeux en oxygène et en gaz carbonique'', explique Kamal Marhoun El Filali.
Ces fibroses pulmonaires, le Dr Soumaya Safieddine, pneumologue à l’hôpital Hassan II de Settat, les a observées chez plus de la moitié de la vingtaine d’anciens patients symptomatiques qui ont été soumis, 30 jours après leur sortie d’hôpital, à des scanners thoraciques. ''60% avaient des séquelles, notamment des dyspnées'', c’est-à-dire une gêne respiratoire constatée chez ''des patients essoufflés qui ont décrit une sensation de manque d’oxygène''. Précision : plusieurs de ces patients étaient fumeurs ou consommateurs réguliers de narguilé, précise la pneumologue.
Des lésions aussi sur l’appareil cardio-vasculaire
Aux séquelles respiratoires peuvent s’ajouter des séquelles cardio-vasculaires. ''Une inflammation aussi importante que celle provoquée par le Covid-19 peut perturber le bon fonctionnement des petites artères coronaires, qui assurent la vascularisation du cœur (c’est-à-dire le fait de le pourvoir en vaisseaux). Certains patients admis en réanimation ont développé une insuffisance coronarienne, voire un infarctus du myocarde'', précise Kamal Marhoun El Filali.
Les patients qui sont susceptibles de conserver des séquelles sont surtout les plus âgés, au-delà de 70 ans, et ceux qui présentaient déjà des comorbidités. ''Les jeunes ont une capacité de régénération des tissus bien meilleure que les sujets plus âgés'', souligne l’infectiologue.
A l’instar de la clinique de Vinci, le CHU Ibn Rochd de Casablanca a prévu de mettre en place des consultations post-Covid pour assurer le suivi des anciens patients, particulièrement ceux qui sont passés par le service de réanimation. Et ainsi pouvoir établir des données fiables et précises sur la persistance, ou la résurgence, d’éventuelles séquelles liées au Covid-19.
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