Plus de 30% des médicaments prescrits dans les CHU sont indisponibles !
La problématique de la rupture des stocks de médicaments n'impacte pas que les pharmacies. Le secrétaire général du ministère de la Santé a livré des chiffres inédits, relatifs à la disponibilité des médicaments dans le public.
Depuis plusieurs mois, la problématique de l’indisponibilité de certains médicaments ou dispositifs médicaux dans les pharmacies d’officine préoccupe l’opinion publique.
Or, cette indisponibilité touche également le secteur public. "Aidé par des experts de l’OMS, le ministère vient de terminer une étude sur l’accessibilité du médicament dans le secteur public", confie Hicham Nejmi, secrétaire général du ministère de la Santé, lors d’une conférence-débat, organisée le mercredi 10 juillet par la Chambre de commerce britannique sur le thème "Comment améliorer le système d'approvisionnement pharmaceutique au Maroc ?".
Le secrétaire général a partagé avec l’audience des chiffres inédits, car cette étude n’est pas encore publique. "Elle ne le sera que lorsque le rapport sera validé dans sa globalité", ajoute-t-il.
Cette étude s’est penchée sur la disponibilité des médicaments prescrits par les médecins dans les établissements publics. Il en ressort :
- qu'au niveau des hôpitaux locaux, 85% des médicaments prescrits sont disponibles.
- Au niveau des centres hospitaliers provinciaux, 70% des médicaments prescrits sont disponibles.
- Au niveau des cen
tres hospitalier régionaux, ce taux est de 81%.
"Et paradoxalement, c’est au niveau des CHU qu'il y a le moins de disponibilité", affirme Hicham Nejmi. En effet, au niveau des CHU, seuls 68% des médicaments prescrits sont disponibles.
"Par contre, nous n’avons pas les chiffres des établissements de soins de santé primaires qui enregistrent également des soucis d’approvisionnement en médicaments pour certaines affectations de longue durée et maladies chroniques en raison de rupture…" ajoute-t-il.
En d’autres termes, dans le secteur public, le taux d’indisponibilité des médicaments varie entre 15% dans hôpitaux locaux et 32% dans les CHU.
"Je peux tenter une explication pour ce taux élevé au niveau du CHU. Ce sont les médicaments les plus chers et les plus innovants qui sont prescrits à des patients ramédistes et ils ne sont pas toujours disponibles alors que pour ce genre de structures, nous sommes généralement sur des médicaments de consommation et d’usage classiques", avance-t-il.
Cette rupture intervient alors que le ministère alloue un budget de près de 2,5 MMDH à l’approvisionnement en médicament en 2019. "C’est quand même un effort assez considérable sur le plan budgétaire de la part de l’Etat. Est-ce que c’est efficient ? C’est une autre question", s’exclame le SG du ministère de la Santé dont relève la division de l’approvisionnement.
Selon ce dernier, "30% des appels d’offres sont déclarés infructueux".
Les causes de l'indisponibilité
Quelles sont les raisons qui expliquent cette situation ? "La réglementation est la grande contrainte et le grand frein. Les décrets d’achat de médicament posent énormément de problèmes. Il n’est pas normal qu’on considère un médicament comme une prestation courante alors qu’il s’agit d’une urgence. Il doit être considéré comme une prestation non courante ce qui permettrait d’ouvrir plusieurs voies pour améliorer ce système d’approvisionnement", explique Mahjoub Ahdi, chef de division de l’approvisionnement pharmaceutique au sein du ministère.
Ce que le SG du ministère confirme en assurant que des discussions sont en cours avec le SGG et la commission de la commande publique pour trouver une procédure plus adaptée aux produits pharmaceutiques.
Au delà, Hicham Nejmi dresse les faiblesses et les menaces du système d’approvisionnement public :
- L’inefficience du système d’information, "pour ne pas dire l’inexistence de système d'information". "A ce niveau, la réflexion au sein du ministère est de disposer d’un système intégré généralisé et interopérable avec l’ANAM pour une meilleure traçabilité et une meilleure remboursabilité.
- Insuffisance de ressources humaines en quantité et en qualité.
- Planification limitée des livraisons en concertation avec les établissements de soins avec parfois une problématique au niveau de l’expression des besoins de la part des responsables.
- Réglementation inadaptée aux spécificités du marché pharmaceutique.
- Procédures d’acquisition de médicament exclusivement chez certains laboratoires ne permettant pas d’assurer la compétitivité.
- Augmentation de la demande à cause de la généralisation du Ramed.
Les pistes d'amélioration
Le secrétaire général ajoute également que le ministère travaille sur plusieurs pistes d’amélioration dont certaines sont déjà opérationnelles :
- Mise en place d’un référentiel des médicaments essentiels. Il s’agit d’une gamme limitée de médicaments soigneusement sélectionnés et permettant de meilleurs soins de santé, une meilleure gestion du médicament et une réduction des coûts. "Notre objectif premier est de garantir la disponibilité de ces médicaments dits essentiels, sélectionnés en tenant compte de la prévalence des maladies, des preuves sur l’efficacité et la sécurité et également en tenant compte des coûts", avance le SG du ministère.
- Combinaison entre marché-cadre sur trois ans et marché annuel. "Nous avons déjà commencé à le faire pour les médicaments et les dispositifs essentiels", avance le SG.
- Le lancement de marchés-cadres pour plus de 50% des médicaments à usage courant.
- La révision et l’adaptation des CPS en concertation avec les professionnels et les partenaires.
- La création de l’agence pour le médicament et l’agence pour l’approvisionnement.
Sur ce dernier point, le secrétaire général a assuré que le premier draft du texte de loi portant création de l’Agence du médicament est prêt. "Vous savez, créer une agence est un exercice assez important et consistant. Nous allons donc soumettre un draft qui va être discuté avec un certain nombre de partenaires avant de finaliser le texte. Ce travail prendra le temps que ça prendra mais j’espère que ça ira le plus vite possible", confie-t-il.
Hicham Nejmi a également évoqué l’externalisation de la division d’approvisionnement qui existe au sein du ministère. "La division approvisionnement au sein du ministère est surchargée de travail. Cette division qui gère un budget de 2 MMDH, mériterait au moins le statut de direction et pourquoi pas être mutée en une agence à part entière sous forme de centrale d’achat en tant qu’établissement public sous la tutelle du ministère !", propose-t-il.
Il explique que la mise en place de cette centrale d’achat permettra :
- une meilleure flexibilité dans les modalités d’achat.
- le désengagement du ministère de la mission d’achat, ce qui lui permettra de se concentrer sur le contrôle.
- la mise en place d’un réseau régionalisé avec un système d’information performant.
- d'avoir des procédures adaptées en révisant les CPS et en créant un référentiel national de tous les produits achetés.
- de garantir une disponibilité permanente.
"J’espère qu’avec ce projet, nous réussirons à améliorer au maximum tout le processus depuis l’introduction des produits, leur nomenclature, les AMM, la fixation des prix et les possibilités de remboursement, l'expression des besoins au niveau national et régional, les achats groupés... et, in fine, à garantir une meilleure disponibilité. Je pense que ce sont des choses qu’on peut réaliser si on arrive à créer ces deux agences et à modifier quelques points, dont la loi 17-04", conclut-il.
>>Lire aussi : Doukkali: moins de 5% des médicaments présentent un risque de rupture
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