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EDUCATION

Y a-t-il vraiment un afflux des élèves des écoles privées vers le public?

Le ministre de l’Education nationale l’a affirmé lors du lancement de l’actuelle rentrée scolaire. Des statistiques seront établies pour mesurer et expliquer le phénomène. Un directeur d’Académie parle d’une inflexion due à plusieurs facteurs.

Y a-t-il vraiment un afflux des élèves des écoles privées vers le public?
Souhail Nhaili
Le 26 septembre 2019 à 16h49 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Lors de la conférence de presse de présentation des nouveautés de la rentrée scolaire 2019-2020, tenue le vendredi 20 septembre à Rabat, Saaid Amzazi a affirmé qu’un afflux des élèves des écoles privées vers les écoles publiques est constaté depuis l’année scolaire 2018-2019. 

Selon le ministre, il s’agit d’un indicateur qui renseigne sur le regain de confiance progressif des familles marocaines dans l’école publique, suite aux actions et efforts menés par son département au cours des dernières années.

S’agit-il d’un phénomène réel qui dépasse les changements de système que certaines familles opèrent habituellement en début d'année scolaire quand leurs enfants passent du primaire au collège ou du collège au lycée ?

Contacté par Médias24, un responsable au ministère de l’Education nationale a réaffirmé qu’il s’agit bien d’un phénomène nouveau constaté sur le terrain et qu’une étude statistique, dont les résultats seront bientôt dévoilés, est menée pour chiffrer cette tendance et en connaître les causes.

En attendant ces statistiques, nous avons vérifié les chiffres disponibles du ministère et questionné des responsables au niveau des Académies régionales pour avoir des éléments de réponse.

La part du privé ramenée de 15,2% à 14% en 4 ans

Selon les chiffres de la rentrée scolaire 2019-2020 présentés par le ministère, le Maroc compte actuellement 7,35 millions d’élèves dans l’enseignement fondamental (primaire, collégial et secondaire), dont 14% dans les écoles privées.

En 2015-2016, ce pourcentage s’élevait à 15,2%. Si l’on croit ces chiffres, il y a donc, en proportion, moins d’élèves dans le privé même si en absolu il y en a évidemment davantage, avec une concentration quasi-totale dans le milieu urbain, surtout dans les grandes villes.

Cela dit, ce chiffre ne peut pas prouver que des familles sortent leurs enfants des écoles privées pour les inscrire dans le système public.

Un responsable au niveau de l’académie régionale de Casablanca-Settat a confirmé les propos du ministre en avançant que "le phénomène est visible dans la capitale économique", sans toutefois donner des précisions chiffrées.

Mohamed Aouaj, directeur de l’académie régionale de Tanger-Tétouan-Al Hoceima parle, lui, d’une inflexion qui a été constatée. Des familles quittent le privé ou optent dès le départ pour le public en raison de plusieurs facteurs.

Préscolaire, français, équipements..., les raisons évoquées

Selon lui, l’ouverture de classes de préscolaire dans plusieurs écoles primaires, dans le cadre de la stratégie nationale de développement du préscolaire, a encouragé des familles qui ne souhaitent pas que leurs enfants changent d’établissement entre la maternelle et le primaire, à opter pour le système public.

Deuxième raison, le renforcement de l’enseignement du français dans le primaire public. Le français est désormais enseigné dès la première année à raison de 4 heures par semaine sachant que pour la deuxième année, on est passé à 5 heures par semaine contre 1 heure 30 l'année dernière. Selon M. Aouaj, des familles qui optaient pour le privé, parce que le public n’offrait pas l’enseignement du français pendant les premières années de scolarisation, ont été encouragées à basculer.

Troisième facteur qu’il évoque, l’amélioration ces dernières années des équipements au niveau de plusieurs écoles publiques urbaines (terrains de sport, toilettes…) dont l’absence ou le mauvais état dissuadaient plusieurs familles à inscrire leurs enfants dans le système public. Selon les chiffres du ministère, plus de 1.800 établissements scolaires ont été réhabilités pour l’actuelle rentrée scolaire

A ces facteurs, s’ajoute le recrutement de 85.000 enseignants depuis 2016 pour lutter contre la massification des classes qui ne concerne plus, selon le ministère, que quelques établissements limités.

Perte de pouvoir d'achat des ménages ?

Toutefois, le directeur de l’académie de Tanger parle d’une inflexion et non de ruée vers l’école publique, et reconnaît que cette dernière a encore un long chemin à faire pour régler tous ses problèmes.

Malgré les améliorations constatées ces dernières années (recrutements, construction ou rénovation d’écoles, changement des curricula…), il faut savoir en effet que la réforme de l’éducation démarre à peine, car la vision stratégique 2015-2030 du conseil supérieur de l’éducation n’a été traduite en loi-cadre qu’en août dernier.

Certaines familles osent peut-être le pas, tablant sur un changement au vu de tout ce qui a été fait jusqu’ici et de l’apport futur de la loi-cadre, mais l’on reste loin du regain de confiance massif en l’école publique. D’ailleurs, si des écoles ont été embellies et fonctionnent mieux dans certains quartiers de quelques villes, la situation générale reste très variable. En milieu rural, c'est pire et des photos et vidéos affligeantes sont visibles sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, ce phénomène de migration vers l’école publique, observé par le ministère de tutelle et les directeurs des académies, peut être dû, en partie, aux difficultés financières de certains ménages dans une conjoncture économique peu porteuse.

Il y a certes des parents qui optent volontairement pour l’école publique, comme cette mère casablancaise qui a fait le tour de plusieurs écoles privées pour finalement inscrire son enfant dans une classe préscolaire publique de son quartier. Selon elle, toutes les écoles privées n’offrent pas forcément un service de qualité à la hauteur des frais qu’elles demandent, et toutes les écoles publiques ne sont pas catastrophiques.

Il n’en demeure pas moins que l’école publique est encore loin d’avoir retrouvé ses lettres de noblesse et le facteur de la perte du pouvoir d’achat des ménages doit être pris en compte dans l’explication du phénomène de migration, évoqué par le département de l’Education nationale.

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Souhail Nhaili
Le 26 septembre 2019 à 16h49

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