Un 1er mai chaud, même Benkirane descend dans la rue
Les principales centrales syndicales promettent un 1er mai particulièrement houleux. Elles vont battre le pavé en scandant des slogans communs : dignité et justice sociale. Même le chef du gouvernement défilera.
La Fête du travail, c’est avant tout une tradition. Un défilé des forces vives et travailleuses du pays. Sauf que cette année, ce 1er mai risque d’être torride en ce printemps hivernal. «Il se caractérise par le fait qu’il vient après un certain nombre de manifestations, celles du 28 février et du 31 mars. Il s’inscrit dans un contexte de revendications qui fait monter la tension d’un cran », avance Mohamed Hakech, secrétaire général de la Fédération nationale du secteur agricole de l’Union marocaine du travail (UMT). Même son de cloche du côté de l’Union générale des travailleurs du Maroc, UGTM (Istiqlal) : «les acquis sont menacés et le secteur social subit une grande précarité».
Ce mercredi 1er mai, c’est à la place de la Victoire à Rabat que les affiliés de l’UGTM clameront haut et fort leurs doléances. Heure de la rencontre : 9h30. Mais d’ores et déjà, les termes utilisés sont assez vindicatifs. Le gouvernement est ainsi sommé de «renoncer à toute hausse des prix directement ou indirectement qui ne serait pas précédée d’une consultation des partenaires sociaux».
Tous les syndicalistes sont sur le pied de guerre en ce J-1. Ils fignolent les derniers détails pour faire de cette parade un moment fort. Que ce soit à Derb Omar à Casablanca où les troupes de la Confédération démocratique du travail (CDT), liée à l’USEFP, se retrouveront dès 9 heures, ou encore sur l’avenue des FAR où se trouve le siège de l’UMT, le mot d’ordre est le même : il faut marquer les esprits.
Contre qui défilera Benkirane ? Le gouvernement ? ou ses alliés ?
Ce n’est pas un hasard si Abdelilah Benkirane himself fait le déplacement à la capitale économique pour défiler aux côtés de ses anciens camarades de lutte, les militants de l’Union nationale du travail au Maroc, l’UNTM à Casablanca, avenue Bouchaïb Doukkali.
Et c’est Saadeddine El Othmani, ministre des affaires extérieures et de la coopération qui mènera la parade à Rabat, à Bab Elhad. Ceci pour le côté people.
Syndicats-gouvernement, rien ne va plus
L’heure n’est certes pas aux festivités. Le climat demeure tendu. A l’unanimité, les représentants syndicaux dénoncent l’absence de dialogue social. Quatre jours après le boycott de la réunion avec le chef du gouvernement portant sur le dialogue social, la pilule n’est toujours pas passée.
«C’est une mascarade que de fixer rendez-vous trois jours seulement avant la Fête du Travail. Il s’agit d’une réunion pour la forme. La boycotter était un choix évident », proteste Larbi Hadchi, membre du bureau central de la Fédération Démocratique du Travail, FDT.
Un avis partagé par Mohamed Larbi Kabbaj, chargé des relations extérieures au sien de l’UGTM : « se réunir la veille d’un 1er mai avec pour ordre du jour, un topo sur le contexte économique international, des discussions sur les doléances restées lettre morte suite à l’accord du 26 avril 2011 et un débat sur les cas prioritaires ». Et à ce membre du syndicat adossé au parti de l’Istiqlal de conclure : «on ne veut pas revenir en arrière. On veut du palpable ».
«Le gouvernement doit respect l’accord qu’il a signé»
Il faut dire que rien ne va plus entre les syndicats et le gouvernement. Le point de discorde concerne indéniablement l’accord du 26 avril 2011. «Nous ne ferons aucune concession à ce sujet. Il faut que le gouvernement respecte ses engagements. C’est non-négociable », renchérit Larbi Hadchi. Et c’est sans détour qu’il pointe du doigt le manque de visibilité du gouvernement et sa mauvaise gestion du dialogue social.
« Ce dossier a été marginalisé pour être réduit in fine à de simples réunions folkloriques », s’indigne-t-il. Hammadi Belayachi, membre du bureau national du syndicat national de l’enseignement affilié à la Confédération démocratique du travail, CDT, va encore plus loin. « Le gouvernement doit faire preuve de courage politique pour gagner la confiance des partenaires sociaux ».Il lui est demandé par la majorité des centrales d’engager des réformes structurelles (retraites, fiscalité et salaires).
Contre l’austérité budgétaire
Les mesures prises par l’Exécutif sont mises à mal. Mohamed Hakech de l’UMT n’ira pas par quatre chemins pour qualifier le gouvernement d’hésitant. « D’ailleurs, c’est sous la pression du FMI que la réforme de la Caisse de compensation est envisagée. Ce n’est pas une décision souveraine ». Il n’est pas le seul à brandir la carte de l’appauvrissement de la classe moyenne si la Caisse est supprimée. Les autres militants soutiennent également cette thèse.
On l’aura compris, les centrales syndicales font la sourde oreille à chaque fois que le sujet de l’austérité budgétaire est évoqué. Pour eux, si les dispositions de l’accord du 26 avril ne sont pas encore exécutées, ce n’est guère pour des raisons budgétaires, mais par manque de volonté politique.
Et ils avancent des arguments pour illustrer leurs propos. « Quid des dispositions qui n’engendrent pas de frais financiers ? Le gouvernement a-t-il bougé le petit doigt pour les mettre en place ? ». En substance, sont cités en exemple l’approbation de la convention internationale 87 sur les libertés syndicales, l’abolition de l’article 288 du code pénal sur la grève, l’abandon des prélèvements sur les salaires des grévistes, le respect du déroulement du dialogue social et son institutionnalisation…Tant de doléances qui seront scandées en chœur par des militants, tous courants politiques confondus… ou presque, en ce 1er mai pas comme les autres.
Accord du 26 avril 2011, ce qu’il reste à faire
Une demi-victoire. Voici comment qualifient les syndicalistes les plus optimistes, l’aboutissement de l’accord du 26 avril 2011. Car, plusieurs points contenus dans ledit accord sont restées lettres mortes. L’un des slogans phares de ce premier mai sera justement un appel ouvert à les exécuter. Parmi les doléances :
-mettre en place une nouvelle échelle notamment pour certaines catégories de fonctionnaires qui ne peuvent pas avancer dans leur grade plus d’une ou deux fois ;
-réviser la loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles ;
- accélérer la publication de la loi relative à l’organisation des œuvres sociales et la mise en place d’une institution d’œuvres sociales au profit des employés des collectivités locales ;
- réviser le statut général de la fonction publique ;
-mettre en place une indemnité pour perte d’emploi ;
-abolir l’article 288 du code pénal et ouvrir le débat pour la ratification de la convention 87 du BIT ;
-lancer les travaux de la commission multipartite en charge du dossier du logement social au profit des fonctionnaires à faible revenu.
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