img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Mines

Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc

Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.

Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Par
Le 2 juin 2026 à 18h31 | Modifié 3 juin 2026 à 10h15

L'essentiel 

  • Le Maroc attire plusieurs dizaines d'entreprises minières étrangères, mais les projets réellement entrés en phase d'exploitation restent peu nombreux.
  • L'essentiel des permis de recherche se concentre dans trois régions à vocation minière historique.
  • La majorité des entreprises minières étrangères opérant au Maroc sont sans actif productif, et leur communication financière vise d'abord à lever des fonds.
  • Comme dans l'exploration pétrolière, seul le forage, l'étape la plus coûteuse, permet de confirmer la minéralisation en profondeur et d'évaluer la rentabilité réelle d'un projet : la viabilité d'une mine est une question de volume, non de longueur en surface.

-oOo-

Les détails 

Le Maroc s'est imposé ces dernières années comme une destination minière pour plusieurs dizaines d'entreprises étrangères. Les annonces de découvertes « exceptionnelles », « prometteuses » ou « inédites » se multiplient. Mais qu'en est-il réellement ?

Cette dynamique a effectivement fait émerger un certain nombre, dénombrable, de projets de mines : Boumadine (or et argent), Achmmach (étain), Bouskour (cuivre), Tabaroucht (cuivre), Agadir Melloul (cuivre), Cap Juby (titane), le projet de Sondiale Tan Tan (silicium), un projet de mine de graphite dont l'emplacement n'est pas encore communiqué, et, plus récemment, la mine d’Amghas (antimoine).

Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc

Derrière cette vitrine se cache toutefois un nombre bien plus important de projets encore au stade du développement, susceptibles d'induire en erreur.  Car un projet minier peut nécessiter dix à quinze ans pour passer du simple indice à des réserves prouvées. Les projets de développement sont donc, logiquement, les plus nombreux : il faut beaucoup d'exploration pour augmenter la probabilité de mettre au jour une seule mine exploitable.

Où se concentrent les projets de développement minier ?

Trois régions concentrent l'essentiel des permis de recherche : Souss-Massa, Marrakech-Safi et Drâa-Tafilalet. Des régions historiques, qui abritent les grandes richesses minières du Royaume : la mine d'argent d'Imiter (la plus grande d'Afrique), la mine de cobalt de Bou Azzer (la plus grande du Maroc et l'une des rares au monde à produire le cobalt comme produit principal), la mine de cuivre de Tizert (la plus importante du pays) et la mine d'or de Tiouit (la seule en activité au Maroc).

Tout naturellement, la majorité de ces projets de développement minier se situent à proximité de ces gisements, dans l'espoir de déceler des opportunités alentour. Des chances de succès plus faibles, mais à ne pas négliger compte tenu du potentiel régional.

L'exemple de la mine d'étain d'Achmmach, située à proximité de la mine de fluorine de la Samine, illustre parfaitement cette tendance ; cette ressource, autrefois négligée, voit aujourd'hui sa valeur grimper en flèche grâce à l'essor de l'industrie technologique mondiale.

Viennent ensuite les projets de développement « fast-track », qui ciblent d'anciennes exploitations parfois abandonnées dès l'époque coloniale en raison de la chute des cours. Les ressources y sont disponibles, mais leur relance dépend de coûts d'exploitation enfin compétitifs, à l'image de la mine polymétallique de Goundafa.

D'autres opérateurs reprennent des permis détenus par des sociétés marocaines après un développement initial, lorsque ces dernières ont besoin de fonds pour faire avancer les travaux, notamment les forages. C'est le cas par exemple de la compagnie Xtract Resources et de l'entreprise marocaine Wildstone.

Enfin, plusieurs sociétés, notamment canadiennes, ont été attirées par le succès de la compagnie Aya Gold & Silver, devenue une référence de l’investissement minier au Maroc.

En quoi diffère un projet de développement minier ?

Comparé à d’autres industries, le secteur minier figure parmi les investissements les plus risqués, l'exploration initiale ne garantissant jamais l’ouverture future d'une mine. En effet, la découverte d'indices à forte teneur en surface ne traduit pas automatiquement l'existence d’un gisement économiquement exploitable. C’est particulièrement vrai pour l'or, un élément inerte dont la répartition géologique est extrêmement erratique et difficile à anticiper.

À cela s'ajoute un facteur structurel : la majorité des sociétés minières actives au Maroc sont des juniors, dont la plupart ne disposent d'aucun actif productif. Certaines le reconnaissent dans leur business plan, précisant que leur vocation n'est pas d'exploiter, mais de faire avancer un projet avant de le céder ; la plupart, toutefois, s'en abstiennent.

Certes, la conjoncture est favorable au financement des projets miniers, portée par la forte demande liée à la transition énergétique. Pour lever des fonds ou obtenir des emprunts, les entreprises ont donc tout intérêt à rendre leurs projets attractifs.

Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Étapes clés du développement minier : des indices géologiques aux ressources, puis des réserves prouvées à la décision d'exploitation fondée sur la rentabilité.

Sur le plan technique, l'exemple de la compagnie britannique Talisman Metals, récemment installée au Maroc, est éclairant. Dans sa dernière communication financière, la compagnie a mis en avant des résultats présentés comme « significatifs », titrant notamment sur une interception moyenne de 1,21% de cuivre sur une longueur de 700 mètres avec une épaisseur de 1,25 mètre.

Sur le plan purement technique, ce résultat provient d'un échantillonnage en rainure, une méthode superficielle qui consiste à creuser une entaille étroite et régulière le long d'une zone d'intérêt pour obtenir un échantillon représentatif de la largeur minéralisée visible. Or, pour évaluer de véritables ressources, le chemin est encore long et exige de passer par l'étape du forage.

C'est cette phase, la plus coûteuse de l'exploration, qui permet de vérifier si la minéralisation se poursuit en profondeur, car la viabilité d'une mine est d'abord une question de volume tridimensionnel et non de simple longueur en surface.

Ces travaux d'exploration approfondis restent indispensables et ce n'est qu'une fois ce volume certifié qu'il devient possible de définir la méthode d'extraction la plus adaptée et d'évaluer la rentabilité finale du projet, car il arrive également qu'un gisement souterrain bien réel s'avère techniquement prohibitif à extraire face aux cours du marché.

Ce que l'ONHYM apporte au secteur minier marocain

Comparé à d'autres pays, le Maroc dispose, avec l'ONHYM, d'un outil capable de « dérisquer » les projets miniers malgré des ressources financières limitées. L'exemple de la mine de Zgounder est le plus parlant, où l'Office en a assuré le développement initial avant de s'associer avec Aya pour l'exploitation, en contrepartie d'une redevance annuelle.

Dans le cadre de ses projets en promotion, l'ONHYM ouvre actuellement au partenariat 26 sites couvrant des minéraux critiques (cuivre, lithium, manganèse, plomb-zinc, terres rares…). Ces projets ont déjà fait l'objet de travaux de développement initiaux révélant des teneurs encourageantes, mais demeurent, pour la plupart, à des stades préliminaires qui nécessitent des investissements pour avancer. À ceux-là s'ajoutent d'autres projets dont le partenariat est déjà acté, notamment celui du lithium à Tichla et le gisement de cuivre de Naour.

L'ONHYM participe par ailleurs au capital de deux sociétés minières en activité : Comabar, pour l'exploitation de la baryte, et la Sacem, pour celle du manganèse de la mine d'Imini. Sa transformation en société anonyme devrait, à terme, lui donner davantage de latitude pour nouer ce type de partenariats.

Sur le plan réglementaire, le ministère a engagé la mise en œuvre du cadastre minier numérique. Cet outil, fondé sur des procédures entièrement dématérialisées, doit renforcer la transparence d'un secteur longtemps réputé opaque et attirer de nouveaux investisseurs, en particulier étrangers. Celui-ci devrait prochainement migrer vers une version opérationnelle.

Reste la réforme du secteur minier. Malgré son importance stratégique, notamment pour débloquer le segment de la valorisation minière, son adoption devrait revenir au prochain gouvernement, le calendrier parlementaire actuel ne suffisant pas à la mener à terme.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 2 juin 2026 à 18h31

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité