EXCLUSIF. Fuites du bac: la première réaction de l'Education nationale
Plusieurs pages FB diffusent des sujets et des corrigés presqu’en temps réel. Le ministère de l'Education nationale vient de prendre les premières mesures.
(Dernière mise à jour, mardi 11 juin à 18 h 09)
Il est trop tôt pour connaître l’étendue des dégâts, mais ce matin, plusieurs pages Facebook (ici, ici et ici), entre autres, toutes intitulées « Tasribat » (fuites) ont diffusé, quasiment en temps réel, les sujets du baccalauréat dans plusieurs branches et différentes matières, au moment même ou peu de temps après leur distribution dans les salles d'examen.
Les sujets diffusés sont présentés comme étant les sujets authentiques et le public était invité à partager les bonnes réponses ou à diffuser les cours concernés sur le mur de ces pages.

Quelques heures avant le démarrage des épreuves ce matin, différents thèmes étaient également diffusés et présentés comme étant ceux qui feront « probablement » l’objet des sujets d’examen.
Le ministère de tutelle a tenté d’anticiper l’extension de la triche et sa sophistication croissante. Son projet de loi contre la triche vient à peine d’être adopté en conseil de gouvernement. Il ne sera pas applicable avant plusieurs mois.
S'il ne s'agit pas d'un canular, ce qui s'est passé ce matin va poser plusieurs questions: il signifie en effet que malgré les mesures préventives annoncées par le ministère, des élèves parviennent non seulement à photographier et transmettre les sujets, mais également à recevoir, par divers moyens de communication, les réponses aux épreuves.
De notre côté, on nous rapporte des cas d'élèves qui sont en train de recevoir les corrigés par téléphone, au moment où nous écrivions ces lignes.
Mise à jour: A 10.45, une source autorisée au ministère de l'Education nationale nous a fait la déclaration suivante:
-les fuites ont été réalisées par des élèves ayant réussi à introduire leurs smartphones dans les salles d'examen malgré l'interdiction.
-un élève fortement soupçonné d'avoir diffusé l'épreuve de physique a été identifié et remis à la police
-des mesures ont d'ores et déjà prises pour que les correcteurs comparent les copies qui seront remises par les candidats, aux corrigés publiés par ces pages Facebook.
Il faut toutefois signaler que la fuite de l'épreuve de physique n'est qu'un cas parmi de nombreux autres. De nombreuses épruves sont concernées avons-nous constaté.
A 11.35, un bilan de 7 arrestations
A 11h35, une source autorisée au ministère de l'Education nationale nous a livré le bilan suivant: 7 arrestations depuis le début de cette matinée dont 6 élèves soupçonnés d'implication dans les fraudes ou fuites sur FB. La 7ème personne a été arrêté à Hay Moulay Rachid à Casablanca, "est un élève qui détenait un matériel dernier cri avec lequel il était en communication avec un réseau de fraudeurs". Des membres du réseau ont été également appréhendés selon la même source.
A 11.36, le communiqué officiel de l'Education Nationale évoque des incidents "isolés"
Voici le texte du communiqué que le ministère de l'Education Nationale vient de diffuser par le biais de l'agence MAP:
La matinée de la première journée des épreuves du baccalauréat au titre de la session de juin 2013 s'est déroulée dans des conditions normales à l'exception d'incidents isolés.
Le département a fait état de la diffusion sur le réseau social "Facebook" d'un sujet des sciences de la vie et de la terre (SVT) qui n'a aucun rapport avec l'épreuve des examens ainsi que de l'arrestation par la police judiciaire dans un centre d'examen à Salé d'un candidat libre qui était en possession d'une convocation pour passer les épreuves dans un centre d'examen de Témara.
Un autre candidat libre a été également arrêté à Salé après avoir gravi la façade d'un établissement scolaire alors qu'il avait empêché d'y accéder pour ne pas s'être présenté à l'heure fixée pour le début des épreuves.
Un total de 484.778 candidats, dont 215.085 candidates soit 44,37 pc de l'ensemble des candidats toutes disciplines confondues se sont dirigés mardi vers les différents centres d'examens du baccalauréat du Royaume.
Note de la rédaction: ce communiqué ne correspond ni aux déclarations faites de source autorisée par le ministère, ni à la réalité que nous avons nous mêmes constatée: de nombreuses épreuves ont fait l'objet de fuites, après leur distribution en salle d'examen. Il faut noter aussi que les premières fuites sur la page "Tasribat" ont commencé en 2011.
A 13.00, El Ouafa annonce une huitième arrestation
Au journal de 13.00 sur Al Oula (la chaîne nationale de tv), le ministre de l'Education nationale a annoncé une huitième arrestation intervenue en fin de matinée à Tiflet. Selon le ministre de l'Education nationale, il s'agit de véritables réseaux dotés de moyens sophistiqués. Le ministre a également annoncé que "tous les moyens de l'Etat sont mis à contribution pour faire face à la situation".
Cette vidéo (ci-dessus) est mise en ligne grâce à la contribution de notre confrère Hespress qui a téléchargé les images et les a montées.
14.00, le ministère veut montrer la plus grande fermeté
Depuis le fin de la matinée, le ministère a diffusé cinq communiqués, voulant tous montrer qu'il fait preuve de la plus grande fermeté à l'égard des tricheurs, annonçant les différents cas d'exclusion, de fraude voire de poursuites engagées.
15.00: reprise des examens l'après-midi
Quelques minutes après la reprise, les sujets de l'épreuve d'anglais sont déjà sur les pages Facebook. Un admin de page propose d'envoyer les réponses par sms, contre des recharges de dix DH!!
En fin de journée, le bialn était le suivant:
-les fuites se sont poursuivies l'après midi mais avec moins d'intensité que le matin;
-le ministère de l'Education a donné à ses troupes des consignes de fermeté et d'extrême vigilance;
-huit personnes au moins ont été arrêtées mais l'enquête se poursuit dans plusieurs villes et le ministère parle de réseaux organisés et dotés de moyens sophistiqués;
-les différentes pages concernées annoncent qu'elles vont poursuivre la diffusion de fuites demain;
-plusieurs pages essaient de se doter d'un discours autour de leur démarche, expliquant qu'elles visent à combattre la médiocrité du système d'enseignement et l'existence d'un Maroc à deux vitesses et qu'elles ne cesseront que lorsque l'enseignement privé sera supprimé, car il s'agit selon elles, d'un enseignement élitiste qui n'est pas à la portée de toutesles couches de la population.
Les pages Facebook qui violent la loi marocaine sont de plus en plus nombreuses, et pas seulement celles qui diffusent les fuites du bac. Elles posent un véritable défi à l'Etat de droit, à la conscience et à l'éthique.
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