Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse
Né de la douleur, de la perte et du besoin de garder vivant le souvenir de sa mère, le nouveau film de Maryam Touzani se veut un hommage à la renaissance. Dans les rues de Tanger, la réalisatrice nous confie son souhait de transformer la vieillesse en un privilège et de faire de la fiction un espace de liberté pour filmer la persistance de l'être et l'amour de la vie.
"Ce film est né de la douleur et de la perte, de la perte de ma mère. C’est là que j’ai commencé à écrire, parce que j’avais besoin de la garder à mes côtés, j’avais besoin de garder son souvenir vivant". C'est en ces termes que Maryam Touzani, la réalisatrice de Calle Málaga, évoque la manière dont elle a fait vivre le souvenir de sa défunte mère : une histoire destinée à être exprimée à travers la fiction, a-t-elle confié lors d'un échange avec Médias24.
Ces souvenirs ont transporté la réalisatrice vers Tanger, sa ville natale et celle de sa mère, lui permettant de replonger, par l'écriture, dans son passé. Ce voyage intérieur lui a offert la possibilité de maintenir un lien avec Tanger, un lien qu'elle peinait à conserver en l'absence de sa mère.
À travers le personnage de Maria Angeles, cette femme de 79 ans, qui lutte pour préserver son foyer et les souvenirs d'une vie, Maryam Touzani a voulu lever le tabou sur la vieillesse. Pour elle, la vie ne s'arrête qu'à son dernier souffle : vieillir n'est pas une fin. "Tant que le cœur bat et que l’on respire, on peut encore s'accomplir et vivre pleinement".
"Je pense que trop souvent, on perçoit les personnes âgées comme si leur vie était derrière elles. Or, la vie est une renaissance constante. En vieillissant, on reste la personne que l’on a toujours été. C’est juste notre enveloppe extérieure qui change, et même cela est beau. Voir un corps qui vieillit est pour moi un privilège : ce sont des traces, des marques de la vie. Cela signifie que l’on a eu la chance de vivre". Une manière pour elle de célébrer la vieillesse comme un renouveau permanent.
La réalisatrice assume ce parti pris, revendiquant la volonté de lever le tabou autour de la sensualité et de la sexualité chez les personnes âgées, notamment à travers les scènes de nudité. "J’avais justement envie de filmer ces corps vieillissants avec beauté, avec les traces de ce vécu, dans le respect de mes acteurs, et dans l’amour de ces performances-là".
Les scènes de football étaient également particulières lors du tournage, notamment avec Carmen Maura, lorsque toute la rue débarque chez elle. Ces images procuraient à Maryam une énergie vitale à l’écrit, sensation décuplée sur le plateau par la vitalité des comédiens, du quartier et ce sentiment de vivre et de ressentir les choses ensemble, dans la joie et la gaieté. "Parce qu’à un moment donné, on oublie presque qu’on est en train de tourner et on vit simplement. Et là, comme c’est en groupe, c’était quelque chose d’assez particulier".
Au-delà des frontières
Ce troisième long-métrage de Maryam Touzani lui a valu de représenter le Maroc aux Oscars. La sélection du film pour l'édition de 2026, dans la catégorie "Meilleur film international", a été une véritable fierté pour la cinéaste. En tant que Marocaine, elle se réjouit d'avoir porté les couleurs du Royaume à travers Calle Málaga, une œuvre qui symbolise pour elle l'essence même du Maroc : une terre de tolérance et de vivre-ensemble, où des personnes comme Maria Angeles ont trouvé refuge il y a longtemps et n’ont plus jamais voulu repartir.
Après ses débuts au Festival international du film de Venise, cette reconnaissance a donné une nouvelle impulsion au parcours du film, qui sortira dans les salles marocaines le 22 avril 2026.
Interrogée sur ses projets futurs, Maryam Touzani est en pleine écriture et s'estime chanceuse de pouvoir partager sa vie ainsi que ses projets avec son compagnon de vie et son producteur Nabil Ayouch. "On partage cette passion commune. Elle fait partie de notre vie, et c’est toujours très beau pour moi de me rendre compte à quel point c’est précieux d’avoir un compagnon de vie et de parcours comme Nabil. C’est beau de pouvoir partager et de vivre ensemble toutes ces choses-là".
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