Les Japonais veulent renforcer la coopération avec le Maroc
Pour le représentant au Maroc de l'Agence de coopération japonaise, la relation entre les deux pays franchit un nouveau stade. Le Japon envisage d'investir dans le photovoltaïque et dans le tronçon autoroutier Beni Melal-Tinghir.
Après l’annonce de la signature d’un mémorandum d’entente entre la Jica (Agence japonaise de coopération internationale) et l’AMCI (Agence marocaine de coopération internationale) en marge du TICAD de Tokyo, c’est maintenant l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO) qui annonce l’ouverture prochaine d’une antenne à Casablanca. L’heure semble donc à un rapprochement entre le Maroc et le Japon. A cette occasion, Médias 24 a rencontré Koichi Shoji, nouveau représentant résident de la JICA à Rabat.
La JICA vient de signer un mémorandum d’entente avec l’AMCI. Faut-il s’attendre à un renforcement de la coopération entre le Maroc et le Japon ?
Il y aura bien un renforcement des capacités, mais le volume de coopération n’augmentera pas. En effet, le Japon traverse une crise importante du fait de la crise mondiale mais surtout du fait des conséquences du tremblement de terre qui a touché le pays en 2011 et l’a contraint à se recentrer sur les besoins de l’économie nationale.
Ce mémorandum ouvre-t-il la voie à un nouveau mode de coopération entre le Japon et le Maroc ?
Ce mémorandum s’inscrit pleinement à la fois dans la volonté affichée par le Japon depuis 1998 de renforcer la coopération sud-sud et également dans la nouvelle politique marocaine de renforcement des relations avec l’Afrique consacrée par la nouvelle constitution et illustrée par les récentes visites du Roi Mohammed VI au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Le Japon considère que certains pays, qu’il aide depuis 20 ou 30 ans, sont maintenant mûrs pour aider à leur tour d’autres pays. C’est notamment le cas du Maroc, de la Tunisie, de la Jordanie ou de l’Egypte qui sont maintenant considérés comme des partenaires dans la coopération sud-sud.
En quoi consiste concrètement cette coopération et quel rôle la JICA joue-t-elle ?
Il s’agit de cycles de formation dispensés par les administrations et agences marocaines, comme l’ONEE, au profit des pays d’Afrique sub-saharienne francophone. La JICA assure l’aspect administratif de ces formations et assume 70% du coût, les 30% restant étant financés par le Maroc. Une quinzaine de cours ont été organisés jusqu’à présent pour les pays d’Afrique sub-saharienne. Mais le problème que rencontre la JICA dans ce nouveau mode de coopération est le financement de la part marocaine des 30%. Des discussions sont en cours avec l’AMCI pour sécuriser les fonds.
Dans le cadre de cette coopération Sud-sud et de la recrudescence du terrorisme dans la sous-région, la JICA envisage de proposer une formation des policiers des pays francophones d’Afrique sub-saharienne, tels que le Niger, le Mali, le Burkina Faso. Cette formation serait dispensée par la police marocaine, sur l’exemple de ce qui a été fait par le Pnud et la JICA au Congo, dans le but de contribuer à la stabilisation régionale.
Enfin, le Maroc est, à son tour, bénéficiaire de formations dispensées dans les pays d’Asie du Sud-est, comme Singapour, où il y a eu récemment une formation sur la police de proximité, ou la Thaïlande et le Sri Lanka pour une formation en gestion de la qualité.
Lors de sa rencontre avec les autorités marocaines, Hiroshi Okuda, président de la Banque japonaise de coopération internationale (JBIC), avait avancé la possibilité d’une plus grande participation des entreprises privées japonaises au secteur des énergies renouvelables. Qu’en est-il ?
Le fond du projet n’est pas encore concrétisé mais le Japon envisage d’investir dans le photovoltaïque dans le Sud du Maroc. En raison du tremblement de terre de 2011, le pays n’a pas pu participer au projet de la Centrale d’Ouarzazate, mais s’intéresse à un autre projet du même type sur le site d’Aïn Beni Mathar, au sud d’Oujda, dont les études de faisabilité vont démarrer. Des discussions sont en cours avec la MASEN (Moroccan agency for solar energy) dans ce sens. Mais le contexte national japonais peut continuer de peser dans la balance, d’autant qu’après la catastrophe de Fukushima, le pays est en train d’opérer une sortie du nucléaire. Les besoins nationaux sont donc très élevés.
Parallèlement, des discussions sont en cours avec l’autorité de la route pour financer dans le futur par un prêt de la JBIC le tronçon de route Beni-Millal – Tenghir. Le gouvernement japonais essaie de positionner son aide dans les domaines où les entreprises japonaises ont un avantage comparatif et un savoir-faire qui peuvent leur permettre de remporter les marchés.
Au sujet de l’ouverture prochaine d’une antenne de la Jetro…
La présence des entreprises japonaises sur le sol marocain s’est renforcée ces dernières années, puisqu’il y a maintenant une trentaine de représentants de sociétés japonaises installés au Maroc. Il y a de grandes enseignes comme Toyota et Mitsubishi, mais surtout des petites entreprises, notamment dans le secteur des nouveaux métiers du Maroc, comme les câbles électriques. L’ouverture de la Jetro s’inscrit dans le cadre de cette évolution.
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