Interrogations sur la note souveraine du Maroc
Les agences de notation doivent se prononcer à l’automne sur la situation du Maroc. Plusieurs scénarios sont possibles pour déboucher sur un maintien ou une dégradation de la note. En fonction notamment des décisions prises par le gouvernement.
Deux échéances importantes s’annoncent pour le Maroc. Tout d’abord, l’évaluation par le conseil d’administration du FMI des performances du pays au regard de la ligne de précaution et de liquidité actuellement en cours, qui doit intervenir avant le 2 août et intervient après la mission des experts qui a eu lieu en juin.
Et ensuite, l’évaluation annuelle de certaines agences de notations prévue à l’automne. Mais selon l’annonce faite par le gouverneur de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouhari, le 23 juin lors d’une conférence de presse, ces agences pourraient venir dans les prochains jours pour une évaluation intermédiaire. Une dégradation de la note est-elle envisageable au regard des critères qui prévalent ?
La notation, comment ça marche ?
La note souveraine d’un pays est attribuée en fonction de l’évaluation qui est faite par les agences de notations de la volonté et de la capacité d’un gouvernement à assurer le service de sa dette à temps et dans son intégralité. L’analyse prend en compte à la fois la situation passée et les perspectives futures. Elle se fonde sur des facteurs tels que :
- L’efficacité institutionnelle, la gouvernance et les risques sécuritaires ;
- La structure économique et les perspectives de croissance ;
- La liquidité extérieure et la position extérieure ;
- Les performances et la marge de manœuvre budgétaires, ainsi que la charge de la dette ;
- La marge de manœuvre monétaire.
Bien que la note souveraine du Maroc ait été maintenue, les perspectives ont été dégradées de stables à négatives d’abord par Standard and Poor’s en octobre 2012, puis par Moody’s en février 2013. Seule Fitch Ratings a maintenu les perspectives stables. Selon Standard&Poor’s la notation actuelle du Maroc sur la dette en devise de long terme est BBB- avec perspective négative. Pour Moody’s, cette notation est de Ba1, avec perspective négative. Enfin, pour Fitch Ratings, elle est de BBB- avec perspective stable.
Les raisons de la récente dégradation des perspectives
Les deux agences de notation ont dégradé les perspectives du pays pour les raisons suivantes :
- La forte dégradation du solde budgétaire, en partie en raison de l’ajournement d’une réforme de fond de la compensation, le gouvernement s’étant contenté jusqu’à présent de « mesures mineures » selon Moody’s pour atténuer le poids des subventions dans le budget ;
- L’accroissement de la vulnérabilité extérieure du Maroc, du fait de sa dépendance d’une part à ses importations de produits énergétiques et notamment pétroliers et d’autre part à ses exportations vers la zone euro. Le déficit courant est donc soumis aux aléas des cours mondiaux du pétrole et de la situation économique européenne. Cela a obligé le pays à puiser dans ses réserves de change qui ont fortement diminué.
Une dégradation de la note elle-même est-elle envisageable ?
Certains facteurs militent pour un maintien de la note tandis que d’autres jouent plutôt en faveur d’une dégradation.
Les facteurs qui militent pour un maintien de la note :
- Une réserve de financement rendue disponible par la ligne de précaution et de liquidité ouverte par le FMI. Les conclusions de la dernière mission du FMI qui a eu lieu en juin sont donc primordiales pour permettre au pays de maintenir sa note ;
- Les politiques économiques prudentes menées depuis plusieurs années qui ont eu pour conséquence de maîtriser l’inflation et stabiliser la croissance tout en améliorant les indicateurs sociaux ;
- La stabilité politique, en particulier au regard des autres expériences régionales. Le pays a pour l’instant réussi à suffisamment répondre aux revendications sociales pour éviter les soulèvements populaires rencontrés dans les pays voisins.
Les facteurs qui pourraient conduire à une dégradation de la note :
- L’ajournement des réformes, en particulier celles concernant le système de compensation et les retraites. Les mesures d’indexation partielles annoncées la semaine dernière par le ministre des Affaires Générales et de la Gouvernance, Najib Boulif, pour l’après ramadan, sont donc plus que jamais attendues. Mais arriveront-elles à temps et seront-elles suffisantes pour convaincre ?
- La situation économique en Europe, si la reprise devait encore se faire attendre (en particulier en France et en Espagne) du fait de son impact sur les exportations marocaines et sur les transferts des MRE, et donc l’amélioration du déficit courant. La dégradation du pouvoir d’achat des Marocains qui pourrait résulter d’un approfondissement de la crise européenne, pourrait avoir pour effet de dégrader le climat social.
Face à ces facteurs préexistants, les autorités marocaines disposent de leviers d’action pour améliorer la notation du pays :
- La mise en place de mesures destinées à rétablir l’équilibre budgétaire, ou tout au moins à atténuer significativement le déficit, à la fois par une réduction des dépenses mais également par une amélioration des recettes qui permettent d’inverser la tendance à l’accroissement du ratio de la dette. Une réforme de fond de la compensation va dans ce sens, mais les mesures annoncées jusqu’à présent en sont encore loin. Côté recette, une réforme de la fiscalité est nécessaire.
- Un accroissement du potentiel de croissance par une amélioration de la compétitivité et un renforcement de la position extérieure. Là encore des réformes de fond sont attendues.
Le véritable enjeu pour les autorités marocaines est de pourvoir engager les réformes économiques structurelles dont le pays a besoin pour donner un regain de vigueur à une croissance qui s’essouffle, tout en maintenant la cohésion sociale et l’adhésion de la population. Un gros effort de communication sera donc nécessaire de la part du gouvernement pour expliquer le bien fondé de ces réformes et éviter une récupération populiste. Mais une nouvelle dérobade devant l’obstacle des réformes pourrait bien conduire à la dégradation de la note souveraine du pays.
Si la note du Maroc devait se dégrader cela signifierait une dégradation des conditions de financement extérieur et intérieur du pays qui aurait pour conséquence d’augmenter le coût de financement des futurs déficits budgétaires et courants.
Même si la réputation des agences de notation a été quelque peu mal menée lors de la crise financière, elles restent les gardiennes du temple en ce qui concerne les conditions de financement des pays.
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