Le patron d'Amazon met la main sur le Washington Post
Le patron du magasin en ligne Amazon s’offre le Washington Post, marquant le virage de la presse vers le numérique et la fin d’une dynastie à la tête du prestigieux quotidien américain à l’origine du Watergate.
Le groupe Washington Post a annoncé lundi la cession pour 250 millions de dollars à Jeff Bezos de plusieurs de ses journaux, dont le quotidien qui s’était illustré en révélant le scandale ayant conduit à la démission du président Richard Nixon dans les années 1970.
Le journal était détenu depuis quatre générations par la même famille, les Graham, descendants du financier Eugene Meyer qui l’avait acquis en 1933.
«Des années de difficultés familières au secteur des journaux nous ont incités à nous demander s’il pourrait y avoir un autre propriétaire qui soit meilleur pour le Post», a expliqué Donald Graham, PDG du groupe, dans le communiqué annonçant l’opération.
A l’image de l’ensemble du secteur de la presse, le Washington Post est confronté à une érosion de ses revenus alors que les lecteurs se tournent de plus en plus vers des contenus gratuits sur internet.
«Nos revenus baissent depuis sept ans», a insisté M. Graham dans une lettre aux salariés. «Nous étions certains que le journal survivrait en notre possession, mais nous voulions plus. Nous voulions qu’il ait du succès».
Il a expliqué que Jeff Bezos, qu’il connaît depuis plusieurs années, était un candidat particulièrement bon en raison de son «génie prouvé (...) dans la technologie et les affaires».
La nièce de M. Graham, Katharine Weymouth, a elle aussi reconnu dans un message séparé que la décision de vendre avait été prise «avec un coeur lourd», mais représentait «une chance unique et extraordinaire» pour le journal.
Des changements mais pas dans les valeurs
Jeff Bezos est à 49 ans à la tête de la 19e fortune mondiale, estimée à 25,2 milliards de dollars en mars, selon le dernier classement du magazine Forbes en la matière.
Son succès découle en grande partie de la création d’Amazon, dont il est toujours le patron. Il n’a de cesse d’étendre le groupe à toutes sortes d’activités, investissant dans des secteurs qu’il juge porteurs à long terme, au détriment souvent des bénéfices du groupe. Cette stratégie, saluée par les investisseurs, a largement contribué à bouleverser plusieurs secteurs ces dernières années, de la vente de livres à celle de contenus numériques.
«Il y aura bien sûr des changements au Post dans les prochaines années» afin de l’adapter aux bouleversements créés par internet, a-t-il indiqué, prévenant: «nous aurons besoin d’inventer, ce qui signifie que nous aurons besoin d’expérimenter».
Il a toutefois assuré qu’il «comprenait le rôle crucial» que le Post joue à Washington et dans tout le pays, soulignant que «les valeurs du Post ne changeront pas».
Il a précisé qu’il ne comptait pas s’occuper au jour le jour du quotidien. «Le Post a déjà une excellente équipe de direction qui connaît beaucoup mieux que moi le secteur des médias» et qui va rester en place. Katharine Weymouth doit notamment conserver son poste.
Outre le Washington Post, Jeff Bezos rachète une série d’autres journaux du groupe familial, qui compte changer de nom. Des publications comme Foreign Policy et Slate magazine, ainsi que d’autres actifs comme le siège du groupe, ne font en revanche pas partie de la transaction.
L’analyste des médias Jeff Jarvis a estimé que cet achat pouvait être considéré comme une action philanthropique par M. Bezos, mais qu’il apportait en même temps une occasion pour le journal de se relancer.
«J’espère et je prie pour que ce qu’il apporte réellement soit son esprit d’entreprise, son innovation, son expérience et son regard neuf, lui permettant de réinventer le journalisme comme une entreprise», a écrit M. Jarvis dans un billet sur un blog.
L’opération est la troisième annonce en trois jours d’un changement de propriétaire pour un titre phare de la presse américaine.
Le groupe de médias en ligne IBT Media avait déjà annoncé samedi le rachat du magazine Newsweek pour un montant non communiqué. Le même jour, le New York Times avait annoncé la cession à perte (70 millions de dollars contre 1,1 milliard de dollars payés en 1993) du Boston Globe au principal actionnaire du club de baseball de la ville, les Red Sox, John Henry. Un prix bradé qui symbolise à lui seul la crise traversée par la presse américaine traditionnelle.
(Par AFP)
à lire aussi
Article : Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane
Le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane se sont rencontrés à Rabat dans le cadre de la visite privée que le Président de l’État des Émirats arabes unis effectue au Maroc. Les questions et défis que connaît la scène internationale, en particulier ceux qui concernent les États du Golfe et du Moyen-Orient, étaient au cœur de la rencontre.
Article : Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)
Les Lions de l’Atlas n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter face à des Malgaches limités, ce mardi 2 juin à Rabat, grâce notamment à un doublé d’Ismaïl Saibari. Les enseignements positifs ont été nombreux, mais le manque d’efficacité demeure un point noir en vue du Mondial 2026.
Article : Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles
L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.
Article : Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques
Rapprocher les services financiers des citoyens, soutenir les TPME et réduire les fractures d’accès… Le Maroc mise sur l’IA et la fintech pour accélérer sa transformation numérique.
Article : 1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne
Avec le baptême du GNV Aurora à Tanger, la compagnie maritime italienne GNV renforce son dispositif entre le Maroc, l'Espagne et l'Italie. Déployé à l'approche de l'Opération Marhaba 2026, ce ferry de nouvelle génération illustre les ambitions du groupe en matière de mobilité, de confort des passagers et de transition énergétique.
Article : Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.