« Basta » ou le drame cinématographique marocain
Avec Basta, le tout dernier film du collectif Guerilla Cinema, les auteurs dénoncent la mainmise du CCM sur la production cinématographique nationale. Et les difficultés que les auteurs autodidactes rencontrent pour s’exprimer caméra au poing.
« Ce film n’a pas bénéficié du fond d’aide du Centre cinématographique marocain » peut-on lire au début du film. Et pour cause, durant les 30 minutes que dure le spectacle, une importance toute particulière est accordée aux difficultés que rencontrent les jeunes réalisateurs notamment lors des dépôts des demandes d’autorisations de tournage auprès du CCM, et aux problèmes liés au tournage du film « 475, lorsque le mariage devient un châtiment ».
Il est à noter qu’ « il s’agissait, au début, de faire un making of du film 475. L’idée nous est venue, plus tard, d’en faire un film à part entière », nous confie Hamza Mahfoudi, coréalisateur du film Basta.
Tourné avec une certaine légèreté et une authenticité palpable, ce film, loin d’être un manuel de procédures pour cinéastes en herbe, révèle au grand jour toutes les restrictions qu’un cinéaste peut rencontrer ; intimidations, rejet et peurs sont monnaie courante lorsqu'on choisit de court-circuiter l'aval du centre cinématographique.
Pour ces jeunes artistes, le message est clair. Les différentes autorités de surveillance et d’accréditation font en sorte d’appauvrir la création cinématographique marocaine. « Nous avons déjà formulé une demande d’autorisation de tournage qui ne nous a pas été accordée » déclare Houda Lamqaddam, réalisatrice du film 475 et membre du collectif.
Et pour cause, les conditions à remplir pour l’obtention d’une autorisation sont lourdes, coûteuses et ne permettent pas d’assurer l’indépendance du contenu artistique.
En effet, seules les personnes morales peuvent bénéficier de cette autorisation, pas question donc de s’improviser cinéaste, seul l’exercice au sein d’une SA ou d’une SARL dont les capitaux sont entièrement libérés permet de le faire.
Autre contrainte de taille, l’équipe de tournage doit comporter 12 techniciens, tous titulaires d’une carte d’identité professionnelle, elle-même délivrée par le CCM. Il faudra également verser 200 DH au même centre pour chaque semaine de tournage.
Par ailleurs, il n’est pas question de commencer le tournage sans l’accord préalable du CCM « si on veut obtenir une autorisation, il faut obligatoirement soumettre le scénario du film au CCM avant de commencer le tournage » déclare Mme Lamqaddam.
Comprenez, les accès sont verrouillés ! Pas de place pour l’autodidactie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle aucun petit Kubrick, Tarantino ou Pasolini marocain ne risque de voir le jour de sitôt ; contraint, malgré lui, d’évoluer dans la clandestinité, banni des différentes programmations artistiques et exclu des festivals du royaume.
« Le travail de Guerrilla Cinema est un acte de désobéissance civile » déclare Younes Belghazi, cofondateur du collectif. Cette fois-ci, les jeunes disent « Basta ! »
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