L’industrialisation et la compétitivité du Maroc : enjeux et défis
L’Institut royal des études stratégiques a organisé un séminaire qui s’inscrit dans une étude plus large concernant la «compétitivité globale et positionnement du Maroc dans le système mondialisé».
Le 25 septembre dernier, les acteurs publics, opérateurs privés et experts marocains des questions liées au développement industriel ont analysé les résultats préliminaires de la nouvelle stratégie industrielle et ses perspectives en rapport avec les mutations du paysage concurrentiel mondial. Ils se sont aussi penchés sur les différents instruments de politiques publiques destinés à accompagner la modernisation compétitive des PME-PMI marocaines.
Bilan des choix de politiques industrielles
Selon le Pr Mohammed Marzak, le commerce mondial a évolué au cours des dernières décennies : les biens manufacturés y sont désormais dominants (plus de 65% des échanges de biens) et les produits à forte valeur technologique représentent désormais 40% des échanges, contre la moitié 30 ans plus tôt.
Dans ce contexte global, auquel s’est ajoutée l’entrée en vigueur de nombreux accords de libre échange (ALE), le déficit de la balance commerciale du Maroc s’est progressivement creusé, soulevant la question de la problématique de l’offre exportable du pays, en particulier en ce qui concerne les produits à forte technologie.
La politique de substitution aux importationsmenée de l’indépendance jusqu’au milieu des années 1980 – et l’entrée en vigueur des politiques d’ajustement structurel – a conduit à une spécialisation du pays basée seulement sur des produits à faible valeur ajoutée et à faible coût de main d’œuvre.
Le plan national d’émergence industrielle (PNEI) en vigueur depuis les années 2000, a pour objectif d’attirer de nouveaux investissements internationaux au Maroc pour développer les métiers mondiaux dans lesquels le pays a un avantage comparatif et ainsi réorienter les exportations vers les marchés en forte expansion. A l’horizon 2015, le PNEI devrait permettre de réaliser une croissance de 6%, apporter une valeur ajoutée de 53 milliards de DH et créer plus de 250.000 emplois directs.
Le lancement des nouvelles stratégies industrielles mettant l’accent sur les métiers mondiaux du Maroc a permis d’accélérer la croissance du secteur industriel, tirée par l’automobile et l’aéronautique, avec une hausse moyenne de 7,6% par an entre 2005 et 2011, contre 1,5% entre 1999 et 2004. Mais la création d’emploi industriel ne profite que marginalement de cette hausse, les emplois gagnés dans les secteurs dynamiques étant perdus dans les secteurs en repli.
Entre 1998 et 2011, la structure des exportations s’est modifiée au profit des secteurs chimie et parachimie (passé de 32% à 43% des exportations) et des industries électriques et électroniques (passée de 5% à 19%) et au détriment du secteur textile et cuirs (passé de 41% à 15%).
Malgré l’apport du PNEI, le modèle industriel marocain demeure vulnérable du fait de :
-la persistance de déficiences en termes des pré-requis de base facilitant l’intégration des entreprises marocaines dans les chaînes de valeurs mondiales;
-l’impact limité en matière d’industrialisation et d’amélioration de la compétitivité globale du pays;
-le système d’éducation et de formation, qui n’arrive pas encore à offrir au tissu productif les ressources humaines en quantité et qualité suffisantes ;
-la contribution limitée des entreprises industrielles à la croissance économique.
Les programmes d’appuis à la compétitivité des PME
Selon Hanane Sadeq, de l’Agence nationale de la promotion des PME, «l’appui à la PME est un sujet constamment d’actualité compte tenu de son rôle dans la création de richesse et la cohésion sociale». Les PME au Maroc représentent 90% des entreprises, 50% de l’emploi et de l’investissement, 40% de la production, 30% des exportations et 20% de la valeur ajoutée.
Mais les PME font face à de nombreuses contraintes telles la fragilité de leur structure, la faiblesse de leur moyens humains et techniques, le manque de maîtrise de l’évolution des marchés, le manque de formation et d’informations, etc.
Dans ce contexte, le développement des PME est un des éléments communs aux stratégies sectorielles nationales. Mais pour couvrir les réalités différentes que regroupent l’ensemble des PME marocaines, les programmes d’appui se sont déclinés en 3 catégories :
-l’appui à la jeune, la petite et la très petite entreprise ;
-l’appui aux PME en phase de modernisation ;
-l’appui aux PME à fort potentiel de croissance.
Mais l’aide aux PME doit se faire selon un ciblage clair et proactif des PME bénéficiaires potentielles pour l’optimisation des ressources disponibles et l’atteinte des impacts les plus forts ainsi qu’un pilotage et un suivi régulier dans un cadre de partenariat public privé (PPP) avec des mécanismes de mesure des performances dans la perspective de l’adaptation continue du dispositif d’appui aux PME.
Les orientations à donner à la politique industrielle
Le débat a fait ressortir les besoins suivants pour améliorer la portée de la politique industrielle :
-inscrire la stratégie industrielle dans le cadre d’une vision globale et de long terme,
-accélérer l’accumulation du capital humain pour doter le système productif national des ressources humaines nécessaires
-assurer une plus grande implication des acteurs dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques dans le domaine industriel.
Mais les participants au débat ont également insisté sur les mesures d’accompagnement de la politique industrielle dans le but d’en accroitre la portée, tels que :
-favoriser le développement du marché intérieur,
-optimiser le système national de promotion économique pour renforcer l’attractivité du Maroc aux investissements étrangers,
-favoriser l’internationalisation des entreprises nationales, notamment sur des marchés porteurs en Afrique et dans le monde arabe.
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