Les textiliens à la reconquête du marché intérieur
La consommation intérieure de produits textiles devrait passer à 100 milliards de DH à l’horizon 2025. Du pain bénit pour les industriels marocains, aujourd’hui quasi dépendants du marché européen. Mais il faudra jouer des coudes avec le secteur informel.
C’est dit : l’Amith veut reconquérir le marché intérieur.
L’enjeu est de taille, car le volume est appelé à plus que doubler à l’horizon 2025. En effet, selon les prévisions de la nouvelle stratégie textile, actée en juin dernier, la consommation au sein du marché intérieur devrait atteindre les 100 milliards de DH, contre 40 milliards en 2011. De quoi mettre l’eau à la bouche aux professionnels de ce secteur dont le business dépend, jusque-là, totalement de la conjoncture internationale, essentiellement du marché communautaire. Alors, plus question de mettre leurs œufs dans le même panier et subir de plein fouet la déprime qui sévit par moment dans le vieux continent.
Et pourtant, la situation économique actuelle n’est pas des plus mauvaises au sein de l’Union européenne. Bien au contraire. L’éclaircie se confirme dans la zone euro à partir du second semestre 2013 grâce à une consommation textile en croissance de 3% en juin, de 2,5 % en juillet et d’1,5% en août.
«Nous assistons à un retour des donneurs d’ordre européens qui avaient cédé aux chants de sirènes des pays asiatiques. Selon nos prévisions, la part nearshore passera à 30, voire 35%, en 2025. Ce pourcentage était de 25% en 2011. Durant la période janvier-juin 2013, les exportations d’articles d’habillement vers l’UE ont augmenté de 9% par rapport à 2012», avance Mohammed Tazi, D.G de l’Amith. Soit. Mais est-ce une raison pour perdre de vue une demande locale en nette progression ? Bien sûr que non, répondent les représentants de l’Amith.
La question reste de savoir comment percer sachant que le marché domestique est cannibalisé par l’informel, depuis des décennies.
Selon les estimations de l’Amith, 90% de la distribution textile sont régis par le secteur informel. «Nous avons constaté que la consommation domestique tous textiles confondus est en progression de 5% depuis 2005. Toutefois, le secteur organisé stagne. Plus encore, c’est l’informel qui fixe les prix et c’est au secteur formel de s’aligner, aller vers d’autres marchés ou disparaitre», souligne El Mustapha Sajid, président de l’Amith.
Le coupable? «Une TVA de 20% qui pénalise le secteur organisé», répond tout de go le patron de l’Amith.
En effet, pour arranger la situation, l’Amith réclame l’application d’une TVA spécifique. «Tout en continuant à payer une TVA de 20% à l’importation, nous proposons d’appliquer une TVA de 10% à la vente». Mais quel intérêt pour la profession ? «Ce système encouragera les industriels à créer de la valeur ajoutée car seules les filières intégrées pourront récupérer la TVA», précise le président de l’Amith. Et les autres ? «Ils n’ont qu’à se développer à leur tour», ajoute-t-il.
Autre piste: une action soutenue contre la sous-facturation. «Le secteur ainsi que les pouvoirs publics sont gagnants. Preuve en est : les recettes de la douane afférentes aux produits textile ont nettement progressé durant les deux dernières années. Elles sont passées à 1,7 milliard de DH alors qu’elles se chiffraient en millions de DH par le passé. Cela grâce à la mise en place d’un plan traquant les importateurs véreux», avance Abderrahmane Atfi, président du pôle développement à l’international de l’Amith.
Des actions protectionnistes sont donc mises en avant. Mais pour reconquérir un marché où les franchises internationales sont aussi de la partie, la création est la meilleure arme. Pour le moment, seules quelques marques marocaines existent. Les plus emblématiques sont Marwa, Diamantine et Flou Flou. La bataille ne semble pas gagnée d’avance.
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