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PORTRAITS

Jacques Poulain, un vigneron, un terroir, une passion

La Ferme Rouge qui produit un vin de vigneron et non d’industriel, est le fruit de la rencontre entre un propriétaire terrien et un passionné de viticulture. Portrait du second.  

Jacques Poulain, un vigneron, un terroir, une passion
Samir El Ouardighi
Le 20 octobre 2013 à 12h23 | Modifié 20 octobre 2013 à 12h23

Le Maroc est le premier producteur d’alcool dans le monde arabe et quelque 37.000 hectares sont réservés à la seule culture de vignobles dédiés à la production de vin.

Le marché est dominé par Brahim Zniber qui s’adjuge un quasi-monopole sur la production nationale vinicole qui assure une consommation de 38 millions de bouteilles de vin par an.

Jacques Poulain, qui a longtemps travaillé pour « le roi du vin » vole désormais de ses propres ailes et peut dépenser tout son temps à assouvir sa passion.

L’histoire se répète souvent et c’est en effet le cas avec le domaine historique de la Ferme rouge situé à l’est de Rabat dans la région des Zaers.

Au début du siècle dernier, les Français avaient jeté leur dévolu sur le Maroc et commencé à y produire du vin pour remédier aux vignobles français dévastés par la crise du phylloxéra.

La France avait alors besoin de vin car ce puceron a ravagé tous ses vignobles. La fin du protectorat et les nationalisations sonnent le glas du vin marocain et les terres des Zaers sont laissées à l’abandon jusqu’à ce que la société Thalvin contacte quelques propriétaires de la région et les incite à replanter de la vigne.

Un épicurien passionné de viticulture

Parallèlement, en France cette fois-ci, un certain Jacques Poulain armé d’un diplôme viti-vinicole, applique avec exigence les précieux enseignements qu’on lui a dispensés car pour lui sa vocation est toute tracée.

En bon homme du sud-ouest épicurien et passionné de vin, il sera vigneron et très vite l’alchimie s’opère entre lui et les terres dont il a la charge. Il commence sa carrière au sein d’un domaine dans le Bordelais et en 1993, il est recruté par Château Millet dans les Graves.

Il y reste jusqu’en 1997 s’occupant principalement de la modernisation des chais, ainsi que de la commercialisation des vins et de la restructuration du domaine dans son ensemble.

En 1998, c’est un Jacques Poulain aguerri qui est recruté par le groupe Ebertecavant son rachat par Brahim Zniber, propriétaire d’un empire viticole, pour travailler sur le domaine Thalvin situé à Benslimane. Il met à profit son expertise et vinifie plusieurs vins qui deviendront des classiques « made in Celliers de Meknès » comme sa gamme CB Initiales qui figure parmi les meilleurs vins du Maroc.

Pendant près de 10 ans, il se construit une belle réputation au Maroc comme à l’international. Cependant, quand il voit comment travaillent les grands groupes vitivinicoles pour optimiser à tout prix leurs profits, il se dit qu’il existe deux types de producteurs de vin que tout oppose. Il ne « crache pas pour autant dans la soupe » et sait rendre à César ce qui est à César : « c’est grâce à M. Zniber que la viticulture n’a pas disparu du paysage marocain ».

Le propriétaire viticulteur qui jusque-là lui vendait son raisin en vrac propose à Jacques de s’occuper de son domaine tout en s’associant avec lui. En 2009, Jacques n’hésite donc pas une seconde à quitter le mastodonte marocain pour se lancer à son compte dans cette belle aventure avec son nouveau partenaire.

Il est propulsé associé et vigneron de La Ferme rouge où il dirige désormais le domaine des Zaers qui s’étend sur près de 200 hectares de vignes.

Les deux associés font de gros investissements pour moderniser une cave en ruine et avec cette nouvelle activité, la petite ville de Had Brachoua va connaître un essor économique sans précédent. L’associé s’occupe de la gestion financière et administrative et Jacques qui s’occupe de la partie technique.

Le concept de la Ferme Rouge est basé sur un marketing simple mais redoutablement efficace. Un détail très parlant sur leur manière de procéder est la généralisation de la CNSS à tout leur personnel, aussi bien permanent que saisonnier.

La qualité du produit final est au rendez-vous car les vins ordinaires sont proscrits et le fer de lance de la Ferme rouge est « un vin de vigneron » et non d’industriel. Tous leurs vins bénéficient d’une appellation d’origine garantie (AOG) et la fameuse AOC tant convoitée au Maroc (appellation d’origine contrôlée) est au bout du chemin.

En terme commercial, les dernières années sont de vraies réussites et les vendanges 2013 sont impulsées sous le signe de nouveaux investissements. Pour l’année en cours, le domaine viticole va s’agrandir de 50 hectares et l’on prévoit la commercialisation de 1,2 millions de bouteilles.

Si la production de ce domaine est anecdotique par rapport à la production nationale (38 millions de bouteilles), il n’en demeure pas moins que sa croissance exponentielle suscite bien des envies.

Cela tient sans doute à la qualité du terroir mais aussi à la philosophie de travail qui anime Jacques Poulain.

Quand il évoque la Ferme rouge, il ne dit pas qu’il cherche à plaire au consommateur mais il parle surtout de ses efforts pour faire un vin qui exprime son terroir de caractère tout en lui ressemblant peut-être un peu.

Il se veut un homme de vin avant d’être un homme de marché. La transmission de sa passion se fait à travers son vin et non pas à travers des cuvées « prêt-à-porter » au goût des différents marchés.

Adepte d’une viticulture raisonnée économe en produits phytosanitaires et respectueuse de l’environnement, il compte à terme passer à une viticulture biologique en utilisant uniquement des produits homéopathiques adaptés au végétal.

Pour cet aficionado du vin et de course automobile, la terre a une mémoire et il est donc primordial de léguer aux générations suivantes un patrimoine au moins identique voire amélioré par rapport à celui que nous avons reçu en héritage. Jacques Poulain fait assurément partie de ces rares passionnés qui transforment en or tout ce qu’ils touchent.

 

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Samir El Ouardighi
Le 20 octobre 2013 à 12h23

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