Associations féminines : entre espoir et résignation
Les militantes féminines se montrent optimistes ou réservées au sujet de l’avenir du projet de loi sur les violences faites aux femmes. Le texte, désormais entre les mains du Chef du gouvernement, devra être complété sur plusieurs points.
C’est avec un regard positif que Malika Jghima, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc a appris que le projet de loi échappait aux mains de la ministre Bassima Hakkaoui pour être désormais pris en charge par Abedelilah Benkirane.
Selon elle, « ce retard est à positiver. Il est possible que les partenaires de la société civile soient invités à l’élaboration des futurs amendements du projet. » En effet, la présidente de l’association dénonce la mise à l’écart de la société civile lors de l’élaboration du projet de loi, et pointe du doigt la confusion et l’absence de cohérence, « s’agit-il d’une loi cadre ou d’une
Elle note par la même occasion que les termes utilisés dans le texte du projet ne sont pas conformes aux définitions telles qu’édictées par les organisations internationales.
A cela s’ajoute l’intégration d’articles traitant de la violence subie par les enfants dans un texte concernant la « violence faite aux femmes ». Autre point, et pas des moindres, « il existe une discordance entre la note introductive du projet de loi et les dispositions prévues » rajoute Mme Jghima.
Pour sa part, la présidente de la Fédération démocratique des droits des femmes, Fouzia Assouli, espère que cette prise en main du dossier par le chef du gouvernement apportera son lot d’améliorations au texte.
Elle explique : « le fait que le dossier soit entre les mains du chef du gouvernement donnera plus de poids au projet de loi, débouchant ainsi sur une loi cadre qui sera admise et intégrée dans l’ensemble des ministères, renforçant ainsi son statut. »
Néanmoins, les associations féminines restent soudées, nous apprend Fatima-Ezzahra Chaoui, présidente de l’Association marocaine de lutte contre la violence faite aux femmes (AMVEF). « Nous allons organiser une réunion d’urgence mercredi prochain car la plupart des associations n’ont pas été consultées lors de l’élaboration du projet » nous confie-t-elle. Cette réunion comprendra, outre les associations précitées, toutes les associations qui travaillent sur le terrain pour la promotion des droits de la femme.
Objectif : être intégrées au débat autour des modifications et des améliorations à apporter au texte. La prolongation de délai est sûrement la seule chance dont disposent les associations féministes pour faire entendre leur voix.
Toutefois, il n’y a pas que des optimistes au sein des militantes de la cause des femmes. C’est le cas de Khadija Ryadi, membre fondateur de l’AMDH et ancien président de l’association. Elle ne voit dans ce retournement de situation qu’une tentative vaine de prolonger indéfiniment le débat sur l’adoption du texte.
Cependant, la militante pense que plusieurs amendements toucheront le texte, même si son adoption prendra du temps. En revanche, pas de pronostics.
En définitive, les intervenantes sont unanimes : quatre points restent à clarifier :
-la prévention de la violence,
-la protection des femmes battues,
-les sanctions à l’encontre des auteurs de violences,
-la prise en charge et du suivi psychologique des femmes violentées.
Maintenant que le dossier des femmes battues est entre les mains d’un homme, et pour reprendre un langage « typiquement féminin », on peut se demander si la société civile, qui a été exclue en première partie du match, jouera cette fois-ci les prolongations.
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