Hamza Aboulfeth, 27 ans, mi-geek mi-génie
Notre journaliste Najat Sghyar poursuit sa série de portraits qu’elle croque à sa manière, d’une façon subjective et décalée. Aujourd’hui, Hamza Aboulfeth, créateur de Genious, hébergeur marocain de sites internet.
Croiser un vieux copain est toujours un peu déstabilisant, ça l’est davantage lorsqu’il est passé du statut d’adolescent geek à celui de jeune patron d’une des plus florissantes boîtes d’IT du pays. Avant Facebook, il y avait MSN. Et avant MSN, il y avait mIRC, l’ancêtre des réseaux sociaux, une plateforme de discussion au graphisme résolument moche mais d’une utilité révolutionnaire pour les quelques veinards qui avaient, à l’époque, un ordinateur à la maison ou bien les moyens de payer 100 DH l’heure dans les premiers cybercafés du Maroc.
C’était l’âge d’or de la communication virtuelle, et c’est sur mIRC que j’ai rencontré Hamza Aboulfeth, alias MsKhoT. Au début des années 2000, moins de 5% des Marocains avaient accès à internet, et sur mIRC, on trouvait un peu de tout : de jeunes filles éperdues à la recherche de l’amour, des quadragénaires à la recherche de jeunes filles éperdues et surtout, beaucoup d’ados passionnés d’informatique et qui préféraient les claviers aux Gameboys.
Hamza faisait partie de cette deuxième catégorie : c’était un light hacker, un gentil pirate. « A 15 ans, j’ai vendu un shell (couche logicielle, NDLR) pour 50 DH/mois ; à l’époque, je n’avais pas encore de carte nationale et c’est ma mère qui se chargeait des factures », me confie-t-il. Visionnaire, il comprend vite que le piratage ne rapporte pas d’argent, et que le boom d’internet va bientôt se répandre au Maroc. A 17 ans, il crée genious.net, et se lance dans l’hébergement de sites web.
Ce jeune Marrakchi n’a pas encore empoché son bac scientifique qu’il montre déjà un don certain pour les affaires. Après un BTS en informatique à Efficom, à Lille, Hamza rentre au Maroc pour effectuer son stage chez Taher Alami, patron de Abweb Consulting. « Trois jours de stage m’ont suffi pour comprendre que le salariat n’était pas fait pour moi. J’ai récupéré le certificat négatif de Genious et créé ma boîte », m’explique-t-il avec une simplicité déconcertante. L’entreprise est née, le patron aussi, qui à 21 ans doit retourner en France pour poursuivre ses études à la prestigieuse école parisienne Epitech. Pendant un an, il pilote la boîte à distance. Genious, basée à Marrakech, compte déjà 5 salariés. « C’était des copains de mIRC, et mon frère me donnait un coup de main pour gérer la société sur place ».
Entre les études et le boulot, il fallait faire un choix : comme les affaires marchaient bien, Hamza se décide à rentrer au bled en 2008. Après deux mois dans sa ville natale, il décide de déménager à Casablanca, et s’installe dans les locaux du Technopark. Aujourd’hui, Genious compte 2 bureaux à Casa et un autre à Rabat, en plus du siège social dans la ville ocre. Hamza a su faire fleurir son business : entre 2007 et 2013, son chiffre d’affaires annuel est passé de 1 à 7 millions de dirhams.
Sans conteste, Genious est devenu leader du marché. C’est d’ailleurs la seule société d’hébergement et de noms de domaine en Afrique du Nord qui soit accréditée auprès de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), l’autorité de régulation d’internet qui lie ainsi directement Genious à la source. Avec sa modestie marrakchie, il m’explique qu’il n’aime pas parler de leadership, et me renvoie aux statistiques en ligne pour évaluer ses parts de marché. Le site webhosting.info les estime à 17 voire 18%, mais ces données ne prennent pas en compte tous les paramètres nécessaires.
En tout cas, Genious héberge aujourd’hui plus de 10 000 sites au Maroc, et ne compte pas s’arrêter là. Et Hamza d’ajouter : « Notre objectif pour l’année 2014 est d’étendre Genious à l’international ; nous espérons également dépasser les 10 millions de DH de chiffre d’affaires ».
Cet autodidacte, petit surdoué de l’informatique, n’a rien perdu de son ambition ni de son éternel sourire. Du reste, le parcours de Hamza montre que toutes ces heures passées derrière l’ordi ont fini par payer. On ne peut pas en dire autant de yourgirl38, qui n’a gardé de ses années mIRC qu’une faculté relativement impressionnante à pianoter très vite sur un clavier et un flair incroyable pour reconnaître le génie derrière le MsKhoT ou les pervers qui se cachent sous des pseudos innocents.
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