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DOSSIER 2013-2014

Le grand malaise des pays avancés

NEW YORK – Il y a quelque chose d'affligeant à faire un bilan de fin d'année cinq ans après la crise financière mondiale de 2008. Nous avons évité une deuxième Grande dépression, mais pas le Grand malaise né dans son sillage.

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Le 6 janvier 2014 à 17h14 | Modifié 6 janvier 2014 à 17h14
Car sauf pour une minorité, le revenu des citoyens des pays avancés stagne - une situation qui va sans doute se prolonger en 2014.
 
Aux USA, le revenu médian baisse continuellement; le revenu des travailleurs est inférieur à ce qu'il était il y a 40 ans. La récession en double creux de l'Europe s'est terminée en 2013, mais personne ne peut sérieusement prétendre que la reprise a suivi. Plus de la moitié des jeunes Espagnols et des jeunes Grecs sont au chômage. Le FMI prévoit pour l'Espagne un taux de chômage supérieur à 25% dans les années à venir.
 
 
LE véritable danger pour l'Europe est de s'enfoncer dans un sentiment d'autosatisfaction. Tout au long de 2013, le rythme des réformes institutionnelles vitales s'est ralenti. Ainsi la zone euro a besoin d'une véritable union bancaire (qui ne se limite pas à une supervision bancaire commune, mais intègre une assurance commune des dépôts et un mécanisme commun de résolution des crises) et d'euro-obligations ou d'un véhicule similaire pour mutualiser la dette. Mais en 2013, la zone euro ne s'est pas rapprochée de ces objectifs.
 
On perçoit également un engagement renouvelé en faveur des mesures d'austérité qui ont provoqué une récession à double creux. En Europe, la stagnation prolongée est inquiétante, et plane le risque d'une nouvelle crise dans un pays encore épargné de la zone euro. Si ce n'est l'année prochaine, elle pourrait éclater dans un futur relativement proche.
 
 
LA situation n'est que légèrement meilleure aux USA où le fossé économique croissant (les inégalités y sont plus importantes que dans n'importe quel autre pays avancé) s'accompagne d'une très forte polarisation politique. Espérons seulement qu'au sein du Parti Républicain, les dingues qui ont contraint le gouvernement à fermer et poussé le pays au bord de la faillite ne recommenceront pas leur petit jeu.
 
Même s'ils le font, la croissance restera anémique, à peine capable de générer des emplois pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Ce sera dû à la probable contraction économique liée au nouveau cycle d'austérité (il a déjà coûté 1 à 2 points de pourcentage de croissance du PIB en 2013). Le dynamisme de la Silicon Valley qui parvient à échapper aux impôts et la prospérité du secteur des hydrocarbures ne suffiront pas à compenser l'austérité.
 
Aussi, même si la Fed réduit ses achats d'actifs à long terme (sa politique de relâchement monétaire, le quantitative easing), il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle relève ses taux d'intérêt pratiquement à zéro avant 2015 au plut tôt.
 
Il ne serait pas judicieux d'augmenter les taux d'intérêt, bien que le relâchement monétaire ait un tant soit peu bénéficié à l'économie américaine tout en accroissant les risques à l'étranger. Les discussions qui ont eu lieu début 2013 sur la fin des mesures de relâchement monétaire ont provoqué des secousses sur les marchés financiers mondiaux, mettant en évidence l'étendue de l'interdépendance au sein de l'économie mondiale. 
 
De même que le relâchement monétaire a suscité une appréciation de la monnaie, l'annonce de sa possible fin a déclenché une dépréciation. Heureusement, la plupart des marchés émergents ont résisté au choc, car ils avaient accumulé d'importantes réserves en devises étrangères et leur économie était suffisamment forte.
 
 
NEANMOINS, le ralentissement de la croissance des pays émergents a été une déception, d'autant qu'il va probablement se prolonger en 2014. L'explication varie selon le pays. En Inde par exemple, on l'attribue à des problèmes politiques à New Delhi et à une banque centrale préoccupée avant tout par la stabilité des prix (alors qu'il n'y a guère de raison de croire qu'une hausse des taux d'intérêt aurait un impact marqué sur le prix des oignons et des autres produits qui entraînent l'inflation dans ce pays).
 
Au Brésil, les troubles sociaux montrent que malgré de remarquables progrès dans la réduction de la pauvreté et des inégalités au cours des 10 dernières années, le pays a encore un long chemin à parcourir pour que la prospérité soit partagée. Par ailleurs, la vague de protestations a mis en évidence l'influence politique croissante d'une classe moyenne en expansion.
 
En Chine, le ralentissement de la croissance a d'importantes répercussions sur le prix des matières premières et sur les exportateurs de matière première à travers le monde. Mais il faut mettre le ralentissement de la Chine en perspective: toute la planète lui envie son taux de croissance, même à la baisse. Et son évolution vers une croissance durable, même à très petits pas, lui sera bénéfique à long terme - ainsi qu'au reste du monde.
 
En 2013, de même que lors des années précédentes, le problème fondamental qui a hanté l'économie mondiale reste l'insuffisance de la demande agrégée. Cela ne traduit évidemment pas une absence de besoins - en matière d'infrastructure par exemple, ou plus largement pour adapter un peu partout l'économie au réchauffement climatique. Mais le système financier privé mondial semble incapable de recycler les surplus pour répondre à ces besoins. Et l'idéologie dominante nous empêche d'imaginer des alternatives.
 
 
GLOBALEMENT, l'économie de marché ne fonctionne pas. Des ressources restent inutilisées, tandis que des besoins restent insatisfaits. D'importants segments de nos sociétés n'en retirent aucun bénéfice. Il ne faut pas s'attendre à des progrès significatifs en 2014 ou dans l'avenir prévisible. Tant au niveau national qu'international, les systèmes politiques paraissent incapables d'entreprendre les réformes nécessaires à un avenir meilleur.
 
Les résultats de l'économie mondiale seront peut-être légèrement meilleurs en 2014 qu'en 2013, mais ce n'est pas sûr. Vues dans le contexte plus large du Grand malaise qui se prolonge, ces deux années resteront sans doute dans les mémoires comme celles des occasions manquées.
 
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
 
Prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, est professeur à l'université de Columbia à New-York.
 
Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org 
 
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Le 6 janvier 2014 à 17h14

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