Hommage: Mohamed Tber, une vie d’intransigeance
Mohamed Tber est décédé subitement lundi 27 janvier à l’hôpital Georges Pompidou à Paris à l’issue de 4 jours de coma, des suites d’une petite intervention. Son corps n’a toujours pas été rapatrié au Maroc. Retour sur le parcours d’un homme hors du commun.
«On peut introduire un éléphant par le chas d’une aiguille mais jamais un intellectuel ne passera à travers des élections», c’était l’adage préféré de feu Mohamed Tber. «Il aimait à le répéter, lui qui, député UNFP a été le premier à introduire en 1963, une loi posant l’élimination des tribunaux français au Maroc», témoigne Me Abdelkébir Tabih, avocat inscrit au barreau de Casablanca.
«Durant ces dernières années, il a énormément lu. Il a même passé en revue l’ensemble de la jurisprudence égyptienne. Lui, qui n’avait pas une très grande maîtrise de la langue arabe, étudiait le coran dans ses versions française et arabe», poursuit son confrère.
En effet, après des études de droit en France, de retour au Maroc, vers 1955, il a dû se mettre à niveau en langue arabe. Il devient rapidement l’un des ténors du barreau. Avocat d’affaires et pénaliste, il cumule près de 60 ans d’expérience.
Avocat d’affaires et pénaliste
«Lui soumettre un écrit pour appréciation ressemblait à une épreuve de baccalauréat. Doté d’une mémoire hors du commun, il faisait preuve d’un esprit d’analyse exceptionnel. Ses synthèses étaient d’une concision dont il était seul capable», précise Yousr Bennani, un proche collaborateur du défunt. Et d’ajouter : «tout ce qui paraissait compliqué était simple pour lui ! Il avait un réel souci de professionnalisme, ce qui lui permettait de rester toujours objectif dans son approche juridique».
Une rigueur donc dans le traitement de ses dossiers qu’illustre parfaitement cette anecdote. «Après avoir remis des conclusions rédigées par Me Tber concernant un dossier à Tétouan, les avocats des parties adverses m'ont alors affirmé que ces écrits avaient fait le tour des tribunaux du nord du Maroc et que la ligne de défense de Me Tber avait servi de jurisprudence dans toute la région», raconte notre source.
Engagé en politique
Sa carrière politique se distingue par des prises de positions bien tranchées. «Il a été l’un des meneurs de la motion de censure en 1963», rappelle ce témoin de l’époque. Compagnon de lutte de Mehdi Benbarka, Maati Bouabid, Abderrahmane Youssoufi, Réda Guédira, il a déserté la scène politique après l’assassinat de Benbarka.
«Il aurait pu être un grand politique. Toutefois, avec un caractère trempé et un esprit cartésien, il ne penchait pas vers le compromis et les compromissions», témoigne ce proche de Me Tber. D’ailleurs, à deux reprises, à la fin des années 70, il se présenta au poste de bâtonnier mais ce furent des tentatives infructueuses.
Me Mohamed Tber était aussi l’avocat des grandes affaires politico-financières qui ont défrayé la chronique judiciaire du pays. Dans le dossier CIH, il assurait la défense de Kamal Agueznai, Rokia Jaïdi et Alaoui Arafa. Durant ses plaidoiries, il avait soulevé un point de droit très pertinent. Il soulevait le débat, en distinguant entre deux chefs d’inculpation: le détournement ou la dissipation. Une nuance sur la base de laquelle il a élaboré sa défense.
Autre procès compliqué, celui de Aïcha Gul Tecimer, durant lequel, Il s’est servi d’une autre nuance, celle relative à la prescription. Cette dernière arrêtée en 2001, à Marrakech, était accusée de recel d’un coran datant du XVIIIe siècle, substitué à un musée turc. Les poursuites remontaient à 1994.
Dans l’affaire Tabit, il prenait la défense du Dr Lahlou, accusé de reconstituer les hymens des jeunes filles violées. Il a également été l’avocat de Hicham Sedki dans le litige de Tahiti Beach Club, l’opposant à Saâd Benkirane. Il refusa de défendre Driss Basri dans ses poursuites contre le journal Maroc Hebdo, sous motif que l’affaire était portée devant les juridictions françaises.
Avec son décès, c’est un pan de l’histoire politico-juridique du Maroc qui perd un témoin natif des années 1925-26. Seul l’avenir nous dira si Me Tber a consigné ses souvenirs et ses appréciations. Sa famille, composée de ses deux garçons n’a encore rien révélé. Il ne laisse pas de veuve. Denise, sa femme est décédée deux ans plus tôt. Une dernière anecdote à ce sujet : «le jour même de la mort de son épouse, il était retourné à son cabinet». Que dire de plus de cet homme d’exception !
à lire aussi
Article : Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane
Le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane se sont rencontrés à Rabat dans le cadre de la visite privée que le Président de l’État des Émirats arabes unis effectue au Maroc. Les questions et défis que connaît la scène internationale, en particulier ceux qui concernent les États du Golfe et du Moyen-Orient, étaient au cœur de la rencontre.
Article : Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)
Les Lions de l’Atlas n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter face à des Malgaches limités, ce mardi 2 juin à Rabat, grâce notamment à un doublé d’Ismaïl Saibari. Les enseignements positifs ont été nombreux, mais le manque d’efficacité demeure un point noir en vue du Mondial 2026.
Article : Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles
L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.
Article : Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques
Rapprocher les services financiers des citoyens, soutenir les TPME et réduire les fractures d’accès… Le Maroc mise sur l’IA et la fintech pour accélérer sa transformation numérique.
Article : 1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne
Avec le baptême du GNV Aurora à Tanger, la compagnie maritime italienne GNV renforce son dispositif entre le Maroc, l'Espagne et l'Italie. Déployé à l'approche de l'Opération Marhaba 2026, ce ferry de nouvelle génération illustre les ambitions du groupe en matière de mobilité, de confort des passagers et de transition énergétique.
Article : Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.