Dérive sécuritaire
Malheureusement, les exemples ne manquent pas, du braquage de Tanger au décès tragique de Mme Farida Berrada, en passant par l’assaut contre le Wydad de Casablanca.
Intervenant devant une commission parlementaire il y a quelques mois, le ministre de l’Intérieur avait livré quelques chiffres : au cours des 7 premiers mois de l’année 2013, le Maroc a enregistré 387.000 affaires (crimes, délits, infractions) dont 50% touchent les biens et les personnes. 87% de ces affaires ont été selon le ministre, résolues.
A cela, il faut ajouter un deuxième élément: la population carcérale est supérieure à 70.000 personnes, la taille d’une petite ville, ce qui représente un taux supérieur à 210 détenus par 100.000 habitants, une proportion extrêmement élevée. Près de la moitié d’entre eux sont en détention préventive et plus de 60% sont condamnés à des peines légères.
Mais la sécurité n’est pas une affaire de chiffres. Ou pas seulement. De plus, les chiffres sont en décalage absolu avec le sentiment d’inquiétude que nourrit la population. La sécurité est affaire de perception et de médiatisation.
Les choses étant ce qu’elles sont, le sentiment d’insécurité se propage à une vitesse rapide au sien de l’opinion. Et nombreuses sont les affaires qui envoient des signaux d’impunité, parce qu’elles ne sont pas élucidées; ou bien lorsqu’elles le sont, parce qu’il n’y a pas de communication suffisante autour.
Le signal d’impunité est perçu par des délinquants potentiels comme un feu vert, et leur fait croire par exemple que l’on peut préparer et exécuter de sang-froid une attaque armée, à plusieurs dizaines, contre une paisible équipe de football en train de s’entraîner.
Il nourrit un préjudiciable sentiment d’insécurité et freine les investissements et l’activité économique. Et pourtant, le marché de la sécurité s’est développé à grande vitesse et une partie des besoins de sécurité est prise en charge par des sociétés privées.
L’insécurité est un défi à l’Etat et un frein au développement économique.
Jusqu’à la fin des années 90, la sécurité était assurées par un sentiment de crainte que pouvaient inspirer à l’occasion des forces qui en étaient chargées.
Le nouveau concept d’autorité ainsi que les valeurs relatives aux libertés publiques et aux droits humains qui se sont imposés, interdisent le recours à ces anciennes méthodes. Et même si on le voulait, elles s’avèreraient inefficaces et contre-productives.
Une quinzaine d’années en gros nous séparent des anciennes méthodes et du nouveau contexte que vit le Maroc. En 15 ans, le ministère de l’Intérieur s’est-il totalement débarrassé des anciennes mentalités? a-t-il adopté des méthodes plus modernes de gestion sécuritaire ou s’est-il contenté d’abandonner les anciennes pour gérer les affaires courantes?
Les cadres du ministère ne sont pas en cause dans ces interrogations. Nombreux sont ceux qui sont dévoués et qui s’impliquent malgré la faiblesse des moyens humaines et matériels.
La vraie question est que le ministère a besoin d’être doté des moyens ainsi que d’une profonde réforme au niveau des méthodes et de l’organisation. Le Maroc a évolué, la population est devenue exigeante, les besoins sont immenses: on ne peut pas charger une seule structure de l’administration territoriale, de la sécurité, de la lutte contre l’immigration clandestine, protection civile, lutte contre la drogue, lutte contre les criquets pèlerins, contrôle des collectivités locales, suivi de la gestion des villes, organisation de toutes sortes d’élections, adduction d’eau potable en milieu rural, électrification rurale, transports urbains, marchés de gros, état civil etc… On attend avec impatience le plan quinquennal que le ministre Hassad va annoncer courant 2014.
Et on attend avec impatience une vraie reprise en main et pas uniquement des campagnes de contrôles d’identité et des rafles pour délit de faciès.
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