Quand l’Istiqlal vole au secours des diplômés chômeurs
Le porte-parole de l’Istiqlal a interpellé par écrit le ministre de la Justice sur l’état d’avancement de la procédure d’appel qui doit confirmer ou pas l’embauche des diplômés chômeurs dans la fonction publique.
Alors que le tribunal administratif de Rabat avait ordonné au chef du gouvernement d’accéder à leur demande, Adil Benhamza s’interroge sur les raisons de cette lenteur judiciaire tombant à pic pour le gouvernement initiateur de l’appel suspensif.
Dans un courrier daté du 5 mai dernier, le porte-parole du PI, Adil Benhamza relance le débat sur la démarche des diplômés chômeurs qui exigent toujours d’être recrutés dans les administrations publiques, conformément à l’accord signé avec le gouvernement en 2011. Le député istiqlalien se range de leur côté en s’interrogeant sur les causes du retard du jugement en appel.
Le porte-parole du parti de la balance assure à Médias 24 que la lenteur judiciaire est purement politique et qu’il attend toujours la réponse de Mustapha Ramid à son courrier. Il déclare aussi que son parti fera tout pour faire aboutir les doléances des demandeurs malgré la main-mise du PJD sur les coulisses de la justice.
Rappelons que le tribunal administratif de Rabat avait tranché le 23 mai 2013 en faveur d’un recours collectif comptant près de 1.600 demandeurs en appelant le gouvernement à les intégrer dans la fonction publique directement et sans concours. Il avait spécifié qu’il devaitaussi prendreen compte la rétroactivité de la date de signature de l’accord pour les dédommager financièrement et administrativement. Il faut souligner qu’un autre recours individuel qui avait déposé une requête pour être intégré dans la fonction publique avait aussi recueilli l’approbation de la même juridiction le 30 septembre 2013.
Contacté par notre rédaction, l’avocat des diplômés chômeurs, Me Mohamed Ziane s’étonne violemment du subit regain d’intérêt de la part du parti de Hamid Chabat pour les jeunes qu’il défend. Il affirme que seul l’opportunisme politique dicte leur démarche en posant la question du double langage et de la récupération politique: «Le parti de l’Istiqlal ne faisait-il pas partie du gouvernement Benkirane? Dès son arrivée aux affaires, ce dernier avait été très clair en assurant d’emblée qu’il ne respecterait pas l’accord signé avec son prédécesseur lui-même issu du PI».
S’il avance que le recours en appel déposé par Abdelillah Benkirane devrait être tranché de manière imminente, dans moins d’un mois, il assure que de la décision prise dépendra la future crédibilité de la Justice. Maitre Ziane affirme que revenir sur la décision prise en 1e instance reviendrait à renier les engagements de l’Etat et relancerait à coup sûr la contestation dans la rue qu’il dit avoir contribué à tempérer.
Malgré ce discours, il est étonnant que l’avocat des diplômés-chômeurs révèle n’avoir pas bon espoir pour obtenir gain de cause à ses protégés. A la question de savoir à quoi tient son pessimisme, maître Ziane répond qu’il connaît que trop bien la réalité de la justice de son pays.
Malgré l’accord conclu entre les diplômés chômeurs avec l'ex-Premier ministre Abbas El Fassi, à l’avènement du gouvernement islamiste, Abdelillah Benkirane s’était fermement déclaré contre sa validation. Il avait laissé entendre qu’il ne réglerait jamais leur situation de son propre chef tant qu’il serait à la primature en affirmant cependant qu’il respecterait contraint et forcé la décision finale de la justice si elle devait statuer en faveur des diplômés chômeurs.
Pour expliquer son refus d’appliquer les clauses du procès-verbal, le chef du gouvernement avait argué que ses dispositions étaient inapplicables car anticonstitutionnelles et non conformes au statut de la fonction publique.
Lors d’une session parlementaire en mai 2012, Abdelillah Benkirane avait souligné que l’accord signé violait le principe de l’égalité des citoyens car le recrutement dans la fonction publique devait être effectué sur la base de la méritocratie, conformément à l’article 31 de la Constitution.
En réaction, les diplômés chômeurs avaient laissé gronder leur colère dans la capitale, en organisant nombre de sit-in, de marches et grèves de la faim, ou en occupant des ministères.S’en était suivi alors le dépôt par 19 diplômés-chômeurs, d’un recours devant le tribunal administratif de Rabat, qui leur avait donné raison. Le gouvernement s’est alors empressé d’interjeter appel avec un effet suspensif immédiat de la décision de première instance qui s’éternise toujours.
L’accord en question faisait partie des mesures exceptionnelles prises par le gouvernement Abbas Al Fassi pendant les manifestations du mouvement du 20 février pour éviter l'explosion sociale.
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