Farid Belkahia, un géant nous a quittés!
Farid Belkahia, l’un des derniers doyens de l’art contemporain marocain a tiré sa révérence dans la nuit du jeudi 25 septembre. Le départ de ce précurseur de l’édifice artistique marocain signe la fin d’une époque féconde qui laisse le Maroc orphelin de l’un de ses plus illustres représentants.
Le monde de l’art vient de perdre l’un des plus grands inspirateurs de la renaissance artistique marocaine. Le peintre et artiste polyvalent Farid Belkahia s’est éteint jeudi soir 25 septembre, dans sa ville natale de Marrakech, des suites d'une longue maladie quelques semaines avant de fêter ses 80 printemps.
Né en 1934, Farid Belkahia a commencé sa très longue carrière d’artiste à l’âge de 15 ans.
Dès 1953, il signe sa première exposition à Marrakech et l’année suivante s’envole pour Paris où il fréquente pendant cinq années les bancs de l’académie des beaux-arts de la Ville Lumière.
Sa soif inextinguible d’apprendre lui permet d’obtenir une bourse européenne pour étudier à Prague en Tchécoslovaquie la scénographie jusqu’en 1962.
Cette même année, il décide de rentrer dans son pays où il prend la tête de l’Ecole des beaux-arts de Casablanca qu’il dirigera jusqu’en 1974.
Pendant ces 12 années, il se fait remarquer en collaborant en 1966 à la création de la mythique revue «Souffles» qui réunissait tous les énergies créatrices du Maroc.
En 1969, il organise une grande exposition collective sur la fameuse place Jamaa El-Fna dans sa ville de Marrakech avec des peintres et sculpteurs de sa génération.
C’est en 1974 qu’il décide de prendre en main sa carrière personnelle en devenant indépendant.


Cet artiste polyvalent mêlait adroitement les matières en utilisant le cuivre, les peaux de bêtes, les bois découpés, les colorants naturels dans ses compositions. L’utilisation des signes berbères devient récurrente dans ses œuvres picturales ainsi que sculpturales.
Belkahia a très tôt privilégié l’éclosion d’une peinture proprement nationale inspirée par une quête essentielle de ses origines marocaines.
Pour de nombreux artistes non figuratifs, il fut une source d’inspiration importante car il fut l’un des premiers artistes à l’image d’Ahmed Cherkaoui et de Jilali Gharbaoui à s’exporter à l’étranger.
Attaché à ses origines et à sa culture nationale, Belkahia n’en était pas moins un grand voyageur qui a parcouru la planète en perpétuelle recherche d’inspiration artistique.
Avant-gardiste, il a visité de nombreux pays du Sahel, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient pour s’imprégner des cultures du monde.
Sa disparition n’a pas laissé indifférent ses nombreux amis qui ont tenu à exprimer leur tristesse et la perte d’un artiste hors du commun.
Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe (IMA) a été très réactif en lui consacrant dès vendredi 26 septembre au matin un texte hommage émouvant dont nous reproduisons ci-dessous une petite partie :
« Farid Belkahia a vécu grand, est parti grand et restera grand dans l’histoire de l’art (…), l’exposition-évènement « le Maroc contemporain » que l’IMA inaugure le 14 octobre prochain sera ouverte par les œuvres de Farid Belkahia qui fut l’un des plus grands artistes marocains et arabes… »
Très ému, Mehdi Qotbi président de la Fondation des musées du Maroc se dit effondré par la perte d’un ami cher. « Farid Belkahia était très heureux de l’ouverture prochaine du Musée d’art moderne Mohammed VI qui allait enfin pouvoir rendre hommage aux peintres contemporains. »
M. Qotbi déclare que conformément aux instructions royales, il avait été décidé de donner le nom de Farid Belkahia à l’auditorium du Musée d’art moderne de Rabat. « Ainsi, à travers son œuvre et cette salle muséale, Farid Belkahia sera présent constamment parmi nous »
Hicham Daoudi, patron de la maison de ventes aux enchères CMOOA déclare à Médias 24 que le Maroc a perdu l’un de ses derniers grands pionniers en matière d’art contemporain. « C’était un personnage avec un immense talent artistique qui a su créer une modernité proprement marocaine issue de ses racines et non pas à partir des canons européens. Pour les amateurs éclairés et pour les profanes, Belkahia restera un monstre sacré reconnu mondialement ».
Ses collections sont exposées dans les plus grands musées internationaux comme le musée arabe d’art moderne de Doha qui lui a consacré une de ses salles.
Le prestigieux musée du Centre Pompidou à Paris a d’ailleurs récemment acquis une de ses œuvres qu’il a présenté dans le cadre d’une exposition intitulée «Modernités plurielles».
L’atelier personnel de cette figure emblématique de l’art contemporain marocain avait été transposé en décembre 2013 à la galerie Atelier 21 de Casablanca dans ce qui restera sa dernière exposition de son vivant.
Il a désormais rejoint son ami récemment disparu, le scénographe Philippe Délis qui avait transporté son lieu de création dans cette galerie.
Cet artiste majeur s’en est allé tout doucement sans faire de bruit à quelques jours de l’inauguration du Musée Mohammed VI dont l’auditorium portera son nom pour l’éternité.
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