DOCUMENT. Sahara: comment Boumediene a menacé de mettre le feu au Maghreb et au Moyen Orient
C’est une nouvelle pièce historique qui vient s’ajouter au dossier du Sahara et des relations maroco-algériennes. Elle vient montrer comment Boumediene avait décidé, dès l’annonce de la Marche Verte, d’en faire une affaire personnelle.
C’est notre confrère goud.ma qui le premier a attiré l’attention sur les archives qui viennent d’être déclassifiées par le département d’Etat américain. Médias 24 s’est plongé dans la lecture de ces archives, à travers bien sûr un regard marocain. La pièce que nous présentons ci-dessous est historique. Nous n’avons pas pu déterminer si elle vient d’être déclassée ou si elle est libre d’accès depuis longtemps.
Quoi qu’il en soit, elle est importante. Elle rejoint le témoignage de Jean Daniel que nous avions publié en exclusivité. Elle confirme, s’il en était besoin, que dès l’annonce de la Marche Verte, Houari Boumediene a fait du Sahara une affaire personnelle. Les droits des peuples, c'est l'emballage qui a été utilisé. La réalité, c'est que la défaite de la guerre des sables n'est pas digérée. De plus, les dirigeants algériens, jusqu'à présent, veulent que le statu quo né de la décolonisation française soit maintenu: un statu quo favorable à l'Algérie ex-française avec ses frontières généreuses et ses champs de pétrole. Boumediene et son ministre des AE Bouteflika répètent que l'équilibre régional doit être respecté et que le Sahara est riche en pétrole (c'est ce qu'ils croyaient), ce qui donnerait un avantage au Maroc. Encore une fois, en matière de géostratégie, les grands principes ne sont convoqués que pour servir des intérêts.
En Tunisie, Bourguiba fera le raisonnement inverse: il faut que le Sahara soit marocain sinon la Tunisie se retrouvera en tête à tête avec l'Algérie.
Kurt Waldheim: “Je n’ai jamais vu Boumediene aussi furieux“
Octobre 1975: Kurt Waldheim de retour à New York après une visite à Rabat, Nouakchott, Alger et Madrid appelle Henry Kissinger au téléphone.
En 1975, le bras de fer entre le Maroc, l’Espagne et l’Algérie est tendu autour du dossier de la décolonisation du Sahara. En septembre 1974, lors d’une conférence de presse Hassan II avait affirmé que «l’année 1975 serait celle de la récupération du Sahara». Il aura tenu parole.
A partir du 16 octobre 1975, Rabat est fort d’une résolution de la Cour internationale de justice de La Haye qui reconnaît l’existence de «liens juridiques d’allégeance entre les populations du Sahara occidental et la monarchie marocaine». Face aux blocages espagnol et algérien, Hassan II envisage d’organiser la Marche Verte. A Madrid, Francisco Franco est mourant.
Le 25 octobre 1975, le secrétaire général de l’ONU Kurt Waldheim s’envole pour Rabat. Il ira ensuite à Nouakchott, puis Alger et Madrid. Le 29 octobre, il a le chef de la diplomatie américaine Henry Kissinger au bout du fil. Kissinger a servi sous les administrations Nixon et Ford de 1973 à 1977.
KW: «Henry, je voulais vous transmettre mes impressions sur le Sahara. L’émotion au Maroc est vive et rend difficile de discuter sereinement de la situation. L’émotion est vive, y compris chez le Roi. Il veut organiser la Marche, et n’est prêt à y renoncer que si l’Espagne accepte de lui céder le Sahara à lui et à la Mauritanie».
«La réaction du président Boumediene est sérieuse. Je ne l’ai jamais vu aussi furieux et hors de contrôle qu’en cette occasion».
HK: «Il est toujours très maître de lui.»
KW: «Il a fait une référence rapide à la résistance du Polisario, mais il a dit que cela ne serait pas le pire. Que si cela arrive, cela aurait des répercussions non seulement sur les pays voisins mais aussi au Moyen-Orient. (…) Je veux insister sur l’état d’esprit de Boumediene qui est très déterminé et qui semble décidé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer toute solution décidée entre le Maroc et l’Espagne».
«A Madrid, nous avons discuté d’une solution de compromis avec une administration intérimaire composée des Marocains, des Mauritaniens et de représentants des populations du Sahara espagnol».
HK: «Comment voulez-vous qu’on procède?»
KW: «Je pense qu’il est important d’envoyer un message au Roi pour arrêter la Marche car le vrai danger s’il franchit la frontière est que la résistance ne viendra pas des Espagnols. Les Espagnols, je crois, ne sont pas prêts à se battre. J’ai été frappé par la manière dure et émotionnelle avec laquelle Boumediene a réagi. Il a dit que si cette solution venait à être appliquée, la région prendrait feu. Il a traité le président Ould Daddah [Mokhtar Ould Daddah, président de la Mauritanie] d’hypocrite».
Le secrétaire général des Nations-Unies revient longuement sur la position d’Alger, les conséquences négatives d’un accord maroco-espagnol selon Boumedienne.
HK: «D’accord, bien, je garde cela en tête. Je vous dirai ce que nous envisageons de faire».
Au Maroc, les préparatifs pour la Marche Verte sont lancés, le chef d’Etat espagnol par intérim futur roi Juan Carlos se rend à Laâyoune le 2 novembre. Le 6 novembre au matin, le roi Hassan II, d’Agadir, donne l’ordre à Ahmed Osman de lancer la Marche verte. C’est le fameux «Osman, en avant».
Le 14 novembre, Madrid, Rabat et Nouakchott signent un accord tripartite sur le Sahara aux termes duquel l’Espagne mettra fin à sa présence au Sahara le 26 février 1976. Le 20 novembre, après avoir subi une crise cardiaque et trois opérations chirurgicales en un mois, Franco décède.



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