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Nabil Benabdellah, oui mais…

Dans un périlleux numéro d’équilibriste, Benabdellah tente aujourd’hui de se maintenir à mi-chemin entre progressistes et conservateurs, entre sa famille et ses alliés. Et prend le risque de perdre tout positionnement.

Nabil Benabdellah, oui mais…
Hamza Mekouar
Le 4 mai 2015 à 17h22 | Modifié 4 mai 2015 à 17h22

Dans l’échiquier politique marocain, il y a ceux qui veulent légaliser l’avortement et ceux qui s’y opposent.Ceux qui jugent liberticide l'avant-projet de code pénal et ceux qui le trouvent conforme aux mœurs de la société marocaine.Ceux qui critiquent le retour par la grande porte de la polygamie, remise sous les projecteurs par le ministre-étalon Choubani, et les adversaires de l’abolitionnisme…

Et puis il y a Nabil Benabdellah, le chef du Parti du progrès et du socialisme (PPS), anciennement «Parti communiste marocain», qui contribue au brouillage des repères politiques à force de calibrer son discours à chaque public.  

Ainsi donc, lors de son intervention au Forum de la MAP le 27 avril, le ministre de l'Habitat, de l'urbanisme et de la politique de la ville dans le gouvernement Benkirane a clairement fustigé certaines dispositions consacrés aux libertés individuelles dans la première mouture du Code pénal.  La raison? Leur «non-compatibilité avec les valeurs progressistes» de son parti, voire de la Constitution de 2011. Et d’expliquer qu’il n’y a aucune raison d’aggraver les peines déjà prévues dans le code pénal. Effectivement, il n’y en a aucune. Car l’avant projet de code pénal n’aggrave pas les peines en question.

Volte-faces successives

Autre prise de position remarquée. Lors de son intervention au Forum de la MAP, Benabdellah s’est exprimé sur l'affaire dite Choubani, du nom du ministre chargé des relations avec le Parlement et la société civile qui a demandé la main de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Enseignement supérieur, Soumia Benkhaldoun, alors qu’il est déjà marié. Qu’en pense l’ancien communiste? L’affaire Choubani «relève de la vie privée». Même si avant, le PPS était quand même ouvertement contre la polygamie. Pour faire court, le PPS est contre la polygamie tout en estimant qu’elle relève de la vie privée. 

Une semaine plus tôt, celui qui a adhéré au PPS en 1978 avait livré son avis sur la légalisation de l’avortement, une question qui fait l’objet de débats passionnés depuis plusieurs mois. 

Ainsi, dans un document publié le 20 avril, le parti plaidait pour la légalisation de l’interruption volontaire de la grossesse (IVG). Mais, toujours avec la même prudence, le PPS appelait à prendre en compte «les préceptes de la charia, les valeurs de la société, les us et coutumes des Marocains».  

Enfin, invité à l’émission «90 minutes pour convaincre» jeudi 30 avril sur Médi1 TV, Benabdellah a réitéré les positions (actualisées) de son parti sur la rupture du jeûne en public ou les relations sexuelles hors mariage, tout en glissant une énième fois que son parti n’avait jamais renoncé à ses principes.  

 

 

 

 

Refus du «marché de niche»

Difficile de nager entre deux eaux. Et c’est là tout le problème de parti: chercher à plaire à tout le monde, ou pour ainsi dire refuser «le marché de niche», comme disent les publicitaires. 

Pour certains, cette ambigüité idéologique s’explique par la présence du PPS – qui s’est toujours présenté comme défenseur des libertés individuelles- au sein d’une coalition et d’un gouvernement dirigés par le PJD, parti à référence religieuse déclarée. Pour d’autres, cette confusion idéologique s’explique par l’approche des élections communales qui devraient se tenir en automne 2015. 

Mais à force de jongler entre annonces et désaveu, le PPS risque-t-il de perdre son positionnement?  D’aucuns rétorqueront que lors de la formation du premier gouvernement d’alternance, dirigé par Abderrahmane Youssoufi, le PJD qui est actuellement au pouvoir n’a pas hésité à soutenir la coalition de l’époque et son gouvernement…

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Hamza Mekouar
Le 4 mai 2015 à 17h22

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