Benkirane: “voici les ruptures que j'ai réalisées”
Accès à la fonction publique selon le mérite, baisse des subventions, allocations sociales: Abdelilah Benkirane expose les ruptures mentales qu'il a réalisées, à Al Jazeera.
Abdelilah Benkirane était l’invité mercredi 13 mai du fameux Ahmed Mansour, l’un des journalistes vedettes de la chaîne Al Jazeera. L’entretien a été enregistré la semaine précédente à Doha où le chef du gouvernement marocain prenait part au forum d’Al Jazeera. Une seconde partie de cet entretien sera diffusée la semaine prochaine, mercredi.
>Le journaliste. L’Egyptien Ahmed Mansour, frériste convaincu et assumé, journaliste influent, il a son public.
Ses émissions sont marquées par sa posture suave et onctueuse, qui ne l’empêche pas de livrer des relances assassines, généralement marquées par un solide parti-pris.
Avec Benkirane, en tous les cas pour cette première partie, il était bienveillant, pour ne pas dire conquis.
>Les thèmes. Essentiellement économiques. Mais l’économie est toujours politique. Benkirane a évoqué les priorités du gouvernement, qu’il a découvertes après l’accès aux responsabilités actuelles, et expliqué qu’il n’imaginait même pas que certaines situations financières étaient aussi difficiles.
Son discours économique pragmatique est intéressant à l’échelle du monde arabe où Al-Jazeera garde un certain public malgré sa perte de crédibilité après les printemps arabes. Il est pédagogique car il montre et explique au grand public mais également aux politiques qui ont pu regarder, qu’il est possible de réduire la demande de rente, problème majeur dans le monde arabe. En l’occurrence, réduction des subventions, recrutement selon le mérite dans la fonction publique, non-paiement des jours de grève dans la fonction publique et les collectivités locales,…
>Une révolution mentale ou présentée comme telle. Abdelilah Benkirane est convaincu d’avoir opéré une rupture avec le passé, dans le domaine de l’accès à la fonction publique (accès au mérite) mais également, dans la réduction des subventions, les allocations sociales (veuves, divorcées, révision des petites retraites…). Il est déterminé à poursuivre les réformes car “c’est dans l’intérêt du Maroc“. Et c’est vrai. Il reconnaît aussi un certain échec dans la lutte contre la corruption, tout en expliquant qu'on ne peut extirper ce fléau en trois années.
A plusieurs reprises, il l’a répété : “l’Etat ne doit plus faire de concessions sauf si la revendication [syndicale, populaire, patronale…] est fondée“. Le gouvernement passait son temps à gérer les revendications, à arbitrer entre les lobbies et les forces politiques ou économiques, à trouver des arrangements. “Maintenant, nous avons comme critères le mérite, la justice, l’équité mais en aucun cas le rapport de forces“.
Il cite l’exemple des grèves des communes, 52 semaines consécutives. Les grèves dans l’enseignement, les diplômés chômeurs [“il suffisait de faire du grabuge devant le parlement pour être intégré à la fonction publique“], la baisse des prix de 1.500 médicaments [avec un hommage appuyé à Lhoussine Louardi, le ministre de la santé, un “ministre courageux“].
Il ajoute qu’il va faire la réforme de la retraite. “La situation de la Caisse est telle que je peux laisser la réforme de côté jusqu’à l’arrivée d’un autre gouvernement“. Mais il va quand même lancer la réforme, lui-même. Il ne le dit pas, mais réformer lui réussit et améliore sa popularité, renforce sa confiance en lui-même, et est conforme à ses convictions en matière d’intérêt général.
La question des arrangements politiques vs le mérite est intéressante. Depuis l’indépendance, les décisions les plus importantes du pays se prenaient par consensus. Il était rare qu’un gouvernement passe en force.
Cette manière de gérer par consensus, en associant et sensibilisant les principales forces politiques, syndicales, sociales, du pays, octroyait une certaine légitimité à un moment où la carte politique était “administrée“. Mais elle a ses effets pervers: le consensus est généralement mou et il profite à ceux qui arrivent à donner de la voix, voire à étaler une certaine capacité de nuisance.
Aujourd’hui, un gouvernement peut trancher plus facilement: le jeu n’a jamais été aussi clair; élections sincères, suivies de la désignation du parti arrivé en tête à la primature ; si on a la majorité parlementaire, on peut prendre les décisions.
En d’autres termes, un gouvernement d’après-2011 a suffisamment de légitimité pour trancher. Benkirane l’a compris, il a mis un terme aux “arrangements“ et c’est tant mieux pour le Maroc.
>Le verbatim.
1. “C’est Sa Majesté le Roi qui dirige le Maroc. Il est Chef de l’Etat et Amir al mouminine, chef suprême des armées, il préside l’institution judiciaire ainsi que le conseil des ministres. Le chef du gouvernement dirige dans un cadre de coopération avec Sa Majesté le Roi et ceci m’honore“.
2. Question : vous avez fait d’importantes économies sur les hydrocarbures [80 milliards de DH selon Benkirane] que vous avez prises des poches des petites gens.
Réponse : non, nous n’avons rien pris. Ce sont 80 MMDH que nous aurions été obligés d’emprunter. Si nous avions emprunté, tous les citoyens auraient payé. Là, ce sont seulement les usagers qui paient. [s’adressant au journaliste] Si tu es père de famille, que tes dépenses sont supérieures à tes revenus, que tu réduis tes dépenses pour équilibrer ton budget, est-ce que tu as pris quelque chose de la poche de tes enfants ?“
Mercredi 20 mai sur Al Jazeera, seconde partie.
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