Exclusif. Les confidences de Nabil Benabdellah
Comment le PPS, ex-parti communiste désormais allié des islamistes, se prépare-t-il pour les prochaines échéances électorales (communales, régionales, législatives)? Quel positionnement va-t-il se choisir sur l’échiquier politique? Ne va-t-il pas subir l’effet de ciseaux, la double peine: d’une part l’usure du pouvoir, d’autre part l’effet de dilution provoqué par l’alliance avec un grand parti?
Depuis quelques semaines, les dirigeants du PPS, et notamment Nabil Benabdellah, partent à la rencontre des électeurs dans les différentes régions du pays. Nabil Benabdellah y reprend un discours qu’il a bien rodé et qui éclaire sur son positionnement. Il reste à gauche, une gauche qu’il redéfinit comme on va le voir. Il prétend même au leadership de la gauche. Il s’explique sur son alliance avec le PJD, qu’il assume et qu’il défend. Il défend un bilan assez consistant et met en avant le concept favori de son parti depuis plusieurs années: al-maâkoul, le sérieux.
Les meetings du PPS, la hausse du nombre d’adhérents également, montrent un élargissement de sa base. Cet élargissement ne peut se faire sans concessions, semble-t-il.
En substance, le PPS dit ne pas trahir ses principes, ni ses idéaux, tels que les libertés individuelles, mais prend acte et tient compte de la composition sociologique de l’électoral et, sur certains thèmes de société, de son conservatisme. Bref, du pragmatisme, semble-t-il.
Le PPS est aussi servi par le leadership de Nabil Benabdellah et la popularité de son camarade Lhoussine Louardi, l’audacieux ministre de la Santé. Nabil Benabdellah est aujourd’hui, le principal allié du PJD au sein du gouvernement, celui avec lequel il a la relation la plus forte.
Recevant Médias 24, Nabil Benabdellah s’explique.
Constitution du 1er gouvernement Benkirane:Il y a eu progressivement une convergence objective des deux partis sur les questions politiques. Des positions similaires sur plusieurs points comme la “dérive dans le champ politique“ en 2009 et 2010, dans laquelle ils accusent tous deux le PAM d’avoir été préparé à dominer le champ politique.
En 2011, les premières manifs du 20-février provoquent les premières concertations entre les deux partis. Benabdllah relève une “identité des vues sur le rôle de la monarchie et sur la nécessaire stabilité du Maroc, avec une demande de davantage de démocratie. Il s’agit de revendiquer la démocratie, mais dans la stabilité“.
La coordination s’est poursuivie après le discours du 9 mars, notamment sur l’appel à voter la nouvelle constitution.
“Lorsqu’il [Benkirane] a frappé à notre porte, cela a posé un problème dans ma tête et dans celles de mes camarades“. Il y avait en effet, un antagonisme. Nous devions être représentés dignement, pour jouer un vrai rôle, car nous allions payer un prix politique et nous n’étions pas dans la posture d’un parti qui quémande des strapontins, mais d’un parti qui estime que l’alliance doit avoir du sens et nous donner un vrai rôle.
“J’ai dit à Benkirane, en rigolant: c’est un suicide de classe“.
Nous avons mis un mois à discuter au sein du parti. Au final, deux tiers étaient pour et un tiers contre.
Il aurait mieux valu que l’alliance se fasse avec toute la koutla.
Les relations avec Benkirane. “Les choses se passent correctement. Il y a la confiance et il y a la relation entre nous deux, en tant qu’hommes“.
La charte de la majorité a été rédigée par le PPS, dans sa première mouture, quelque peu amendée par la suite, elle reprend en introduction une partie du préambule de la Constitution. Il était impératif de rappeler l’engagement de tous en vue de cette vision libérale de la société.
Quelles différences entre la pratique politique et gouvernementale avant et après 2011.
“Sur les grandes orientations, du point de vue de ce que la Constitution considère comme des orientations directement pilotées par Sa Majesté, il y a un approfondissement positif des choses. Du côté de la pratique partisane, nous sommes dans une régression indéniable. J’en veux pour preuve la situation de certains partis politiques, leurs problèmes internes, la nature du discours. Jamais le Maroc n’a connu un discours aussi bas, au moment précisément où nous avions besoin de rehausser la prestation des partis.
Le compromis historique gauche-islamiste a fonctionné au Maroc et pas dans d’autres pays. Il y a une raison à cela: l’institution monarchique et son rôle d’orientation générale et d’arbitre. C’est ce qui fait la différence avec les autres pays.
Le PPS et les prochaines échéances électorales. Nabil Benabdellah estime que le PPS devait obtenir au moins trente sièges au lieu des 18, à l’occasion des législatives de novembre 2011. “Mais nos positions ont heurté de plein fouet les porteurs du projet dit alternatif“. Il fait allusion ici au PAM et cite Ilyas Elomari en tant qu’auteur d’intimidations contre des militants du PPS lors de la campagne électorale de 2011. “J’ai dit à Elomari: vous n’avez pas à nous gérer comme vous gérer d’autres forces politiques“.
“A cause des manœuvres, chantages, intimidations, nous aurions du avoir au moins trente sièges“.
Il s’interdit de se livrer à des prédictions pour les prochaines élections, mais on voit bien un regard gourmand. Il s’attend à un meilleur score que les 18 sièges. Il a même l’ambition d’incarner toute la gauche ou presque.
Idem pour les élections communales où il vise à doubler le nombre de candidats et aspire à doubler au moins le nombre d’élus.
Le PPS, le communisme, la gauche, les principes. Nous n’avons jamais trahi nos convictions, ni nos principes. Nous avons défendu les libertés individuelles et nous sommes audibles, écoutés, crédibles. Nous avons fait un compromis vers le haut. Ce sont davantage nos partenaires qui ont fait un pas en notre direction que l’inverse. Et nous continuerons à nous opposer à toute tentative d’atteinte aux libertés individuelles ou à nos convictions. Nabil Benabdellah se positionne et positionne le PPS comme étant l'und es deux partis (avec le PJD) sortis indemnes de l'avant-2011, comme les seules figures politiques ou presque de l'après-2011, compatibles avec les printemps arabes.
C’est pour cela que le PPS relance son slogan du début des années 2000: al-maâkoul (le sérieux).
Les propos de Nabil Benabdellah, dans leur intégralité, sur la vidéo ci dessus. On peut bien sûr ne pas être d'accord avec ses positions, mais il les défend avec consistance et une conviction assez contagieuse, et l'ensemble reste cohérent.
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