img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Chine-Afrique: grand-messe à Marrakech

Marrakech accueille les 26 et 27 novembre le premier "Sino-African Entrepreneurs Summit". 

Chine-Afrique: grand-messe à Marrakech
Patrick Marescaux
Le 26 novembre 2015 à 16h44 | Modifié 26 novembre 2015 à 16h44

Un colloque qui réunit quelques 120 investisseurs chinois et plus de 250 dirigeants et chefs d’entreprises africains. L’heure est aux partenariats tous azimuts. Et la lune de miel ne fait que commencer…

Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, ne cachait pas sa satisfaction, en prenant la parole devant un tel parterre: "Jusqu’à un passé récent, la Chine était une grande puissance industrielle, avec un savoir-faire reconnu, avec une main-d’œuvre qualifiée et bon marché… Aujourd’hui, la Chine est toujours une grande puissance mais qui a pris la décision de créer une forte demande intérieure."

"Et pour cela, une forte augmentation des salaires a été décidée, le salaire minimum passant de 100 dollars par mois à près de 700 dollars. Avec une conséquence: le pays devient moins compétitif et les entreprises chinoises cherchent à délocaliser. Dans les 10 prochaines années, la Chine devrait voir sortir du pays 85 millions d’emplois." Une aubaine pour le continent africain et pour le Maroc en particulier qui pourraient voir l’arrivée d’entreprises chinoises s’accélérer.

Comme le souligne le ministre, tout le monde sera gagnant: la Chine, qui avance à grands pas, et l’Afrique qui cherche à émerger et à créer des emplois, pour une population jeune de plus d'un milliard d’habitants… donc de plus d'un milliard de consommateurs!

Et le Maroc sera toujours en première ligne. Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le Roi Mohammed VI aux membres du gouvernement, le Maroc est un pays africain qui a la volonté de voir émerger l’ensemble du continent. Pour Moulay Hafid Elalamy, "c’est un boulevard de coopération que nous avons devant nous".

Une coopération qui n’est pas nouvelle

Le ministre avait à ses côtés un appui de poids en la personne de Cheng Tao, ancien ambassadeur de Chine au Maroc qui, non sans humour, se présente comme l’ambassadeur bénévole du Maroc auprès des autorités chinoises. "La Chine change, l’Afrique change", explique-t-il, "mais nous serons toujours présents pour aider le continent africain à se développer".

Et l’ancien ministre de rappeler que cette coopération n’est pas nouvelle: cela fait des années que les Chinois participent à la construction de lignes de chemin de fer ou de quartiers entiers dans certaines villes. Pour lui, il n’y a donc aucun doute: "Beaucoup de succès sont à prévoir dans les années qui viennent, aussi bien pour la Chine que pour l’Afrique."

Daniel Kablan Duncan, premier ministre de Côte d’Ivoire tient quand même à mette un bémol: "Certes, entre la Chine et l’Afrique, les échanges commerciaux sont importants puisqu’ils sont passés de 10 milliards de dollars en 2000 à 200 milliards de dollars en 2013; certes la Chine apporte 44% de son aide à l’Afrique. Mais les investissements restent faibles. Il y a donc encore un problème au niveau du secteur privé et des verrous à faire sauter."

Mais Othman Benjelloun, PDG de la BMCE, est très optimiste: "L’Afrique représentera en 2050 un marché colossal de 2 milliards de consommateurs." Pour lui, le partenariat avec la Chine doit être triangulaire: sino-maroco-africain.

"Par sa situation géographique, par son histoire, le Maroc doit être la plaque-tournante des échanges entre la Chine et l’Afrique." Et le Président Benjelloun d’évoquer tous les secteurs où une coopération serait la bienvenue: les énergies nouvelles, l’automobile, les mines, l’aéronautique, l’agriculture, le tourisme… Et de conclure à l’adresse de tous les décideurs chinois présents: "Investir au Maroc, c’est investir sur le territoire africain, c’est investir dans une relation de long terme."

Tenir compte des échecs passés

Quant à Dominique de Villepin, ancien premier ministre français, il a tenu à rappeler que les relations économiques entre la Chine et l’Afrique étaient certes faites de succès, mais aussi d’échecs dont il fallait tenir compte et tirer les leçons. Comme, par exemple, l’exploitation directe des mines du Congo, qui s’est heurtée à des résistances liées à la souveraineté de l’Etat.

"Il faut trouver un nouveau modèle économique dans les relations entre la Chine et l’Afrique. Après une période marquée par la domination de la gestion directe des matières premières par la Chine, nous sommes entrés dans une aire où les besoins de l’Afrique, comme les besoins de la Chine vont se tourner davantage vers les services pour lesquels la demande est immense: services bancaires, services assurances, télécommunications, électricité, infrastructures en général. Et il va falloir y répondre."

Et Dominique de Villepin d’insister sur le rôle primordial que peut jouer le Maroc. Non seulement le pays dispose d’énormes compétences humaines, mais c’est aujourd’hui une plate-forme essentielle à partir de laquelle les entreprises européennes et asiatiques peuvent se développer sur le continent africain. Le Maroc a les réseaux nécessaires, réseaux financiers, réseaux techniques, réseaux humains qui prédisposent le pays à faciliter l’entrée sur le territoire.

"Mais ne sous-estimons pas, précise Dominique de Villepin, la nécessité, pour ceux qui veulent venir en Afrique, d’être accompagnés. Trop souvent, les échecs sont dus à de mauvais choix, de mauvais accompagnements et de mauvais partenaires. Il faut, pour réussir en Afrique, de bons partenaires et des choix éclairés sur le plan technique qui sont indispensables à la réussite."

Il est donc clair pour l’ensemble des participants que tout est là pour permettre une nouvelle aire, une nouvelle démarche dans les relations entre la Chine et l’Afrique, à condition, bien sûr, que les investisseurs sachent choisir leur entourage et leur partenaire, et soient à l’écoute des besoins réels des pays concernés…

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Patrick Marescaux
Le 26 novembre 2015 à 16h44

à lire aussi

Le Maroc en retard sur le Nouveau Modèle de développement, la trajectoire actuelle est insuffisante (BM)
ECONOMIE

Article : Le Maroc en retard sur le Nouveau Modèle de développement, la trajectoire actuelle est insuffisante (BM)

Cinq ans après le lancement du Nouveau Modèle de développement (NMD), le Maroc avance, mais pas encore au rythme requis. Les réformes engagées améliorent la trajectoire, sans suffire à atteindre les objectifs fixés pour 2035. Pour rattraper cette échéance, le pays doit combiner des marchés plus efficaces, des entreprises plus dynamiques et un investissement public mieux ciblé. Il doit aussi mieux intégrer les femmes et les jeunes au marché du travail.

Un droit de réponse de Setrat à Médias24
Quoi de neuf

Article : Un droit de réponse de Setrat à Médias24

À la suite de notre article du 2 avril 2026 sur le redressement judiciaire de Setrat, la société nous a adressé un droit de réponse que nous publions ci-dessous.

Élection CGEM. Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri dévoilent leur programme avant l'AG élective du 14 mai 2026
ECONOMIE

Article : Élection CGEM. Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri dévoilent leur programme avant l'AG élective du 14 mai 2026

À quelques jours de l'assemblée générale élective, les deux candidats à la présidence et vice-présidence générale de la CGEM ont présenté un programme articulé autour de l'environnement des affaires, de la souveraineté productive, de l'innovation, du rayonnement international et des synergies internes. Ils portent l'ambition de faire passer la Confédération d'un rôle de plaidoyer à celui de la réalisation et de l'impact.

Coupe du monde 2026. Soufiane Benjdida, un sacré candidat
Football

Article : Coupe du monde 2026. Soufiane Benjdida, un sacré candidat

Meilleur buteur de la Botola Pro, l’attaquant du Maghreb Association Sportive de Fès est impliqué dans plus de la moitié des réalisations de son équipe. Grâce à un ratio qui frise le but par match, l’attaquant met toutes les chances de son côté afin de participer au Mondial 2026. D’autant que ses concurrents ne sont pas dans la forme de leur vie.

Élections 2026 : la FGD et le PSU feront front commun
Elections 2026

Article : Élections 2026 : la FGD et le PSU feront front commun

Réunis séparément le dimanche 10 mai à Casablanca et à Mohammédia, les deux conseils nationaux ont validé des candidatures communes et une répartition des circonscriptions, quatre ans après les divisions de 2021.

We4She organise sa conférence annuelle sur les leviers de l’égalité économique
Quoi de neuf

Article : We4She organise sa conférence annuelle sur les leviers de l’égalité économique

Le réseau We4She réunira, le 20 mai 2026 à Casablanca, plusieurs acteurs institutionnels et économiques à l’occasion de sa conférence annuelle dédiée à l’égalité économique. Cette rencontre mettra l’accent sur le passage des actions de sensibilisation aux dispositifs concrets et aux réformes favorisant l’inclusion et le leadership des femmes.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité