A Rabat, les parlementaires vent debout contre Ban Ki-Moon
L’enceinte du Parlement marocain a abrité vendredi après-midi 11 mars, une réunion conjointe des commissions des Affaires et de la Défense des deux Chambres, consacrée au dossier du Sahara, suite aux récentes déclarations du secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon.
La séance, qui s’est tenue dans une salle comble, a réuni le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar (RNI), la ministre déléguée aux Affaires étrangères Mbarka Bouaida (RNI), sous la présidence du président de la Chambre des représentants Rachid Talbi Alami (RNI) et de son homologue de la Chambre des conseiller, Hakim Benchammach (PAM, opposition) et en présence des présidents des commissions parlementaires.
L’ensemble des forces politiques et syndicales représentées au Parlement sont intervenues pour condamner l’usage par le numéro 1 des Nations-Unies du terme «occupation» en rapport avec la réintégration par le Royaume de ses provinces du Sud, suite à la Marche verte de novembre et au départ des autorités espagnoles du Sahara en février 1976.
Outre l’usage du terme «occupation», Ban Ki-moon a consacré des passages élogieux à la politique algérienne dans la région, passant sous silence la diplomatie de blocage développée par Alger. Un élu a appelé vendredi «à la rupture des contacts avec l’ONU et ses représentants».
Session «ouverte» et session extraordinaire samedi
Les élus marocains, outre la défense de la position marocaine sur le dossier du Sahara, ont déclaré la session de la commission parlementaire sur le Sahara «ouverte» et ont convenu de convoquer le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane à une session extraordinaire dès ce samedi 12 mars à 16h.
L’unanimité des élus quant au dossier du Sahara n’a pas empêché plusieurs voix discordantes de se faire entendre et quelques accrocs de se produire.
Aziz Benazzouz du PAM (Opposition) a pointé du doigt «la gestion du dossier par le gouvernement et sa responsabilité». Prenant la parole à plusieurs reprises, le chef du groupe PAM à la Chambre des conseillers a parlé d’«échec du gouvernement» et «exigé une autocritique de la part du chef de la diplomatie marocaine et du chef du gouvernement». A un moment du débat, Benazzouz a souhaité «le départ de la presse et des médias de la salle pour interroger Mezouar» à huis-clos.
Pour Benazzouz, «nous devons arrêter de dire et de répéter que le Sahara est marocain,car c’est une évidence, mais nous devons plutôt nous interroger sur la responsabilité de la gestion du dossier, sur ce qui s’est passé pour que l’on en arrive à cette situation».
«En 2014, a-t-il rappelé à l’adresse du chef de la diplomatie marocaine, vous nous aviez annoncé une vision, une stratégie, une politique». «Qu’avez-vous préparé pour avril prochain?» s’est-il interrogé, avril marquant la date de publication par l’ONU d’un rapport annuel sur la situation au Sahara.
“Travailler autrement“
Benazzouz a également reproché à Mezouar et au gouvernement en général de «changer de manière de travailler avec le Parlement. Nous vous avions convoqué au début du conflit avec Bruxelles sur les accords agricoles en janvier dernier et vous n’êtes pas venu», a-t-il asséné.
De vifs échanges sur la conduite de la diplomatie parlementaire ont également opposé la députée Bouchra Barija (UC, opposition) et le président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami. Il aura fallu de longues minutes et de patients pourparlers pour que l’ordre revienne dans la salle et que les esprits se calment.
Avec la prochaine publication du rapport de l’ONU sur le Sahara en avril, la tenue des élections législatives marocaines en octobre prochain, l’instabilité politique que vit l’Algérie et les tensions sécuritaires dans la région, le dossier du Sahara ne va connaître aucun répit.
D’ores et déjà, le PAM et le RNI s’affrontent sur sa gestion et la première victime des derniers rebondissements du dossier est probablement «l’accord» signé entre le PAM et l’USFP, fin février dernier.
Il y a 15 jours à Tirana, la jeunesse socialiste avait soutenu l’entrée de la jeunesse du Polisario au secrétariat du mouvement socialiste international. Il y a une semaine, Ban Ki-moon parlait d’«occupation».
Ce qu'a dit Salaheddine Mezouar
Les récentes déclarations du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, sur la question du Sahara marocain constituent une atteinte au droit international, qui aura des répercussions concernant la position du Maroc, a déclaré le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine Mezouar.
M. Mezouar a souligné que "ce qui s'est passé porte atteinte au principe de l'impartialité de l'ONU et au droit international et aura des répercussions concernant la position marocaine, affirmant que le Maroc n'acceptera pas de tels dépassements, qui auront des répercussions dans les prochaines semaines".
M. Mezouar a déclaré que les propos du SG de l'ONU montrent qu'il a cédé au chantage exercé par les autres parties, en totale violation des engagements et du principe d'impartialité que les Nations-Unies sont tenues d'observer.
Le SG de l'ONU est tenu de respecter les constantes faisant l'objet de consensus et d'observer la neutralité, en vue de parvenir à une solution politique juste et acceptable, tout en prenant en considération la proposition marocaine d'autonomie.
Les dépassements commis par Ban Ki-moon sont loin de réaliser l'objectif de cette visite annoncé initialement, en l'occurrence la reprise des négociations, mais attisent au contraire les hostilités dans la région, a-t-il soutenu, indiquant qu'à travers ses déclarations, s'alignant sur la thèse des séparatistes, il a fait preuve de sympathie manifeste envers les autres parties et a donné de la crédibilité aux prétentions d'un "Etat fantoche".
Pour M. Mezouar, les déclarations de Ban Ki-moon portent atteinte à l'essence même de la mission de l'ONU, à savoir la neutralité, et aux dispositions du droit international, relevant que le SG de l'ONU a utilisé des termes graves, qui n'ont aucune base juridique ou politique, en qualifiant le recouvrement par le Maroc de son intégrité territoriale "d'occupation".
La partialité de Ban Ki-moon envers les autres parties s'est également illustrée à travers le choix du timing de la visite, a-t-il relevé, précisant que le Maroc avait proposé le mois de novembre 2015 comme date de cette visite, acceptée initialement par l'ONU, avant de se rétracter sous prétexte que l'agenda du SG ne le permettait pas.
Puis le Maroc avait proposé aussi le mois de janvier, cependant l'ONU s'est rétractée une nouvelle fois pour les même raisons, après avoir accepté cette proposition.
La proposition du mois de mars comme date de visite par le SG a été rejetée par le Maroc, en raison de l'agenda royal, mais le SG a insisté sur sa visite qu'il a répartie sur deux étapes malgré le refus du Maroc, a rappelé le ministre, expliquant que le refus du Maroc de répartir la visite est justifié par le fait qu'un rapport partiel sur le Sahara sera présenté au Conseil de sécurité en avril.
Le SG n'a pas daigné soulever la question des droits de l'homme dans les camps de Tindouf, notamment les enlèvements ayant touché un grand nombre de femmes séquestrées à Tindouf, outre la question du recensement de la population des camps de Tindouf et les détournements depuis quatre décennies des aides humanitaires destinées aux séquestrés de Tindouf.
Il a fait remarquer que Ban Ki-moon s'est départi de sa neutralité et de son objectivité, non seulement à travers ses déclarations, mais aussi avec de dangereux signes symboliques comme le fait de s'incliner devant le drapeau des ennemis, le signe de la victoire et la présence des dirigeants du +Polisario+ à ses côtés, notant que cela est une expression claire d'un comportement condamnable, qui s'inscrit aux antipodes de ses engagements présentés auparavant, à savoir qu'il allait se contenter de visiter la MINURSO.
Ce genre de violations ne sont pas les premières du genre enregistrées au cours de ces dernières années, en particulier depuis la nomination de l'envoyé personnel du SG de l'ONU, Christopher Ross en 2008, a dit le ministre, faisant observer qu'entre 2008 et 2013, Ross a organisé neuf rencontres informelles entre les parties qui n'ont donné aucun résultat.
"Le mandat du SG de l'ONU et de son envoyé personnel au Sahara s'approche de son terme, sans réaliser le moindre progrès", a-t-il fait remarquer.
Le ministre a fait part de son étonnement que ces développements interviennent suite à l'initiative royale de lancer une nouvelle Marche Verte dans les provinces du Sud, basée sur la régionalisation avancée, un plan de développement d'envergure, qui fera de la région du sud une zone exceptionnelle et un trait d'union important entre le Maroc et l'Afrique, ajoutant qu'on "ne peut que s'attendre à une campagne farouche contre le Maroc, qui ne cessera de s'amplifier jour après jour". (Avec MAP)
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