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Biadillah et Bensaïd: Ban Ki-moon s'est disqualifié de toute médiation

Les récentes déclarations du secrétaire général de l’ONU n’en finissent pas de provoquer l'indignation des Marocains. Mohamed Cheikh Biadillah, ancien président de la Chambre haute et Mehdi Bensaïd, président de la commission des Affaires étrangères, nous déclarent que Ban Ki-moon n’est plus habilité à arbitrer le dossier du Sahara. 

Biadillah et Bensaïd: Ban Ki-moon s'est disqualifié de toute médiation
Samir El Ouardighi
Le 15 mars 2016 à 17h00 | Modifié 15 mars 2016 à 17h00

La déclaration du secrétaire général publiée lundi 14 mars à l’issue de sa rencontre avec Salaheddine Mezzouar, ministre des Affaires étrangères, ne risque pas d’arranger les choses avec le Maroc.

Ban Ki-moon a laissé entendre que la manifestation du dimanche 14 mars avait été orchestrée par des sponsors et qu’il avait pris note du "malentendu" consécutif à son utilisation du mot occupation.

Cette escalade verbale provoque un tollé au Maroc, où des manifestations de protestation vont se dérouler sur tout le territoire (Smara, Laayoune …) à partir d’aujourd’hui.

 "Les déclarations du secrétaire général de l’ONU ont été préméditées"

Contacté dans la ville de Smara par Médias 24, Mohamed Cheikh Biadillah, qui est une grande figure sahraouie, affirme que la dernière déclaration de Ban Ki-moon est une escalade verbale qu’il ne faut pas prendre à la légère.

«Le secrétaire général a complètement abandonné sa neutralité et l’objectivité qui va de pair avec sa fonction d’arbitre, censée le mettre à égale distance des parties au conflit. Il a par ses paroles choisi son camp et cela entraîne de facto la dissolution de la confiance que le Maroc avait en lui».

A la question de savoir si le secrétaire général a sciemment qualifié à Tindouf le Maroc de «pays occupant» ou s’il a agi sous le coup de l’émotion comme il l’a laissé entendre dans son communiqué, l’ancien président de la Chambre des conseillers estime qu’il avait «mijoté ses paroles à l’avance».

«A son niveau de responsabilité, on n’a pas le droit de se laisser guider par les émotions. Si réellement c’était le cas, il n’avait qu’à s’enfermer dans sa chambre d’hôtel et pleurer un bon coup.

«Sa position de chef de la plus haute instance internationale responsable de la sécurité du monde ne lui donne pas droit aux états d’âme. Je penche plutôt pour un plan prémédité et me pose la question de savoir qui sont les cercles de décision qui tirent les ficelles derrière lui».

Notre interlocuteur affirme que les propos agressifs à l’égard du Maroc aggraveront la situation en créant de nouvelles tensions dans une région où l’instabilité est de rigueur (mafias, trafic humains, armes, drogues, terrorisme …).

«Ses accusations ne sont pas innocentes, car son rôle est de faire baisser la tension et pas de l’alimenter. Quand on travaille sur des dossiers explosifs, il faut faire profil bas, sinon la marmite explose. Les dernières déclarations signent la rupture de la confiance avec la partie marocaine».

Mohamed Cheikh Biadillah exclut tout éventuel mea culpa du secrétaire général, qui n’aurait de toute façon aucune incidence positive pour restaurer une neutralité désormais perdue.

"Ban Ki-moon est hors-jeu"

Dans une déclaration à notre rédaction, Mehdi Bensaïd, président de la commission des affaires étrangères à la Chambre des représentants, pense que la portée des déclarations de Ban Ki-moon ne doit pas être analysée sur un plan strictement maroco-marocain ou régional, mais plutôt à l’échelle mondiale.

«C’est un précédent qui poussera les Etats à réfléchir au rôle d’un secrétaire général qui décide de mettre en avant des positions politiques personnelles, alors que sa position de médiateur le lui interdit. C’est d’autant plus grave que lors de l’élection du futur secrétaire général, chaque pays pourra voter pour le candidat en fonction de ses intérêts nationaux et pas de l’intérêt général».

Interrogé sur l’avenir des relations entre le Maroc et Ban Ki-moon, le député Bensaïd pense que ce dernier a perdu toute crédibilité pour arbitrer le conflit du Sahara.

«Il s’est clairement disqualifié avec le Maroc et hormis les Etats permanents et non permanents du Conseil de sécurité, il n’y a plus d’arbitre à bord de l’ONU. Le secrétariat général est un siège vacant, même s’il reste à Ban Ki-moon quelques mois de mandat».

Malgré l’hostilité du secrétaire généra vis à vis du Maroc, Mehdi Bensaïd exclut tout nouveau coup de force, car les sages du Conseil de sécurité veillent à l’équilibre du monde et au respect des institutions onusiennes.

«Le secrétaire général n’a pas un mandat absolu sur l’avenir de l’humanité et des relations internationales. Le Maroc a des alliés au Conseil de sécurité, qui soutiennent son plan d’autonomie».

Selon lui, la priorité du Maroc est de se concentrer sur les membres du Conseil de sécurité et d'oublier un Ban Ki-moon «hors-jeu» de par sa position assumée pour la partie adverse.

«En utilisant des termes inadéquats avec sa fonction de diplomate, le secrétaire général a remis en cause sa crédibilité marocaine, mais aussi internationale. L’ONU a toujours essayé de rester neutre, mais avec ses déclarations belliqueuses, il est passé d’un statut de médiateur à celui de politique».

Bensaïd conclut que l’utilisation du terme sponsor pour désigner des soi-disant commanditaires des millions de Marocains ayant défilé dimanche 14 mars est une nouvelle insulte qui multipliera les manifestations de protestation au Maroc dès aujourd’hui. 

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Samir El Ouardighi
Le 15 mars 2016 à 17h00

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