Nabil Chlieh (PJD): “Le développement du Rif, avant la légalisation du kif”
La majorité PAM-Istiqlal et RNI a organisé les 18 et 19 mars à Tanger une conférence sur le cannabis, principale culture -illicite- du Rif marocain. La rencontre, première du genre au Maroc, a été boycottée par les élus de l’opposition du PJD. Entretien.

Nabil Chlieh, président du groupe du PJD au Conseil de la région Tanger-Tétouan- Al Hoceima.
Médias24: Pourquoi avoir refusé de participer à la conférence sur la légalisation du cannabis, organisée par Ilyas El Omari, au siège du Conseil régional?
Nabil Chlieh: J’ai reçu une invitation pour participer à une commission d’organisation en tant que président de groupe. Mais ayant d’autres engagements, j’ai demandé à ma collègue et élue Fatima Belahssen de m’y représenter.
Au cours de la même journée, ayant contacté Mme Belahssen pour un compte-rendu, elle m’informe que la réunion de cette commission n’était pas la première.
Lors de cette réunion, les thèmes principaux tenaient à l’organisation et à la logistique, pas au contenu d’une conférence que le président du Conseil régional veut faire passer comme un événement organisée par l’institution constitutionnelle.
Les noms des invités étaient déjà arrêtés, ainsi que l’intitulé de l’événement “Conférence internationale sur le cannabis et les drogues“.
Suite à ces informations, j’ai contacté le chef de cabinet du président du Conseil régional, pour lui dire que nous n’avions pas été invités aux premiers “épisodes“ de l’organisation de la conférence sur le cannabis.
-Le PJD est-il par principe opposé au débat sur le futur du cannabis au Maroc et à ses éventuels usages industriels ou médicinaux? Est-ce que le débat public sur le cannabis est tabou, halal ou illicite?
- Nous sommes un parti politique et naturellement, nous abordons les sujets et les dossiers qui se présentent à nous d’un point de vue politique et sociétal. Nous sommes originaires du nord et des provinces où la culture du cannabis est importante.
-Vous-même, vous avez grandi à Chaouen et vous être élu local à Chaouen…
- Oui. Le monde rural autour de Chaouen a donné 12.000 voix au PJD en septembre dernier. La campagne de Chaouen produit plus de 80% du cannabis marocain. Le reste vient d’Al Hoceima, Taounate et Beni Arous, près de Larache.
Les agriculteurs ont pour principale activité la culture du cannabis. Ce que je voudrais vous dire, c’est que nous n’évitons pas le sujet et nous devons l’aborder. C’est une situation qui dure depuis les années 1970 et qui concerne plusieurs générations. Notre approche du sujet est naturellement particulière, d’abord parce que sur le plan de la loi, ces cultures sont illicites, car elles produisent de la drogue. Le sujet touche à l’image et à la crédibilité du pays.
“Les gens ressentent cette situation comme une atteinte à leur dignité“
Comme d’autres partis, nous sommes allés aux dernières élections régionales et communales à Chaouen et Al Hoceima en traitant le sujet. Nous avons d’ailleurs un jeune élu d’Al Hoceima à la Chambre des conseillers.
Les gens de Chaouen et d'Al Hoceima n’aiment pas cette situation où le cannabis domine leur vie et leur gagne-pain. Ils n’aiment pas le fait qu’ils se retrouvent acculés à ne pas vivre dignement.
Lors d’une caravane électorale cet été, des élus du Sahara nous ont accompagnés et l’un d’eux a constaté: “Nous qui vivons en zone militaire au Sahara, nous n’avons pas autant de barrages de contrôle de la gendarmerie. Entre Chaouen et Bab Berred, il y a une dizaine de barrages de contrôle de sécurité et il s’est demandé pourquoi“.
-Pourquoi y a-t-il tant de barrages?
-C’est une question à poser aux autorités en charge de la sécurité. Si vous roulez dans une voiture avec des plaques d’immatriculation de Chaouen ou des provinces voisines, vous vous faites automatiquement contrôler et interroger sur votre origine, votre destination et le motif de votre déplacement.
Parallèlement, nous avons de nombreux véhicules qui circulent sans plaques d’immatriculation. Ce sont de puissants véhicules tous-terrains ou des véhicules donnés comme monnaie d’échange par des acheteurs de drogue. Sur ce point, la loi n’est pas appliquée.
Pas d’eau à Bab Berred 6 mois par an …
Notre position est claire. Pour nous, le développement, c’est d’abord l’investissement dans les infrastructures, les routes et les écoles, pas dans un lobbying pour la légalisation du cannabis ou de certains de ses usages.
A Bab Berred, à 60 km de Chaouen, il n’y a pas d’eau. La commune de Bab Berred où il pleut et neige passe la moitié de l’année sans eau.
Dans le même temps, c’est l’une des communes qui achète le plus d’engrais par tête d’habitant, pour la culture du cannabis. Quand on voit le volume d’engrais vendus à Bab Berred, on penserait être dans les campagnes de Doukkala.
Nous demandons à l’Etat de faire pour Chaouen et pour les localités du Rif ce qui est fait pour Tanger et maintenant pour Tétouan et Al Hoceima. Ces histoires de légalisation, c’est d’abord la volonté de fuir ses responsabilités politiques par rapport au développement de notre région.
… et surconsommation d’eau pour l’irrigation et déboisement des forêts
N’oublions également pas les dégâts subis par l’environnement avec les eaux détournées pour l’irrigation du cannabis, le vol d’électricité par les “raffineurs“ de cannabis, l’énorme déboisement. Notre région a vécu des années d’or dans la culture de l’abricotier, de l’amandier et du grenadier. Ces cultures reculent.
-Pourquoi le PAM et l’Istiqlal font tous ces efforts pour la légalisation du cannabis, à votre avis?
- Ce sont des calculs politiques. La province de Chaouen compte moins de 500.000 habitants, dont 10% vivent à Chaouen.
Le PJD a obtenu la majorité au conseil communal de Chaouen, avec un peu plus de 4.200 voix. Les réservoirs de voix se trouvent à la campagne. Et lorsque vous parlez du kif aux gens de la campagne et d’amnistie possible, car beaucoup d’agriculteurs sont formellement poursuivis par la justice et recherchés, ils sont intéressés.
Ces agriculteurs ont besoin d’une solution. Aux dernières élections, un candidat a remporté son siège avec le slogan «alyaoum wa ghada, khardala oualaboudda», ce qui donne à peu près «aujourd’hui et demain khardalla, nécessairement» ; la “khardala“ étant une variété de cannabis. D’ailleurs, lorsque l’on parle de légalisation, on parle de quelles variétés?
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