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PORTRAITS

Portrait. Un trublion nommé Ali Elyazghi

Qui est Ali Elyazghi, leader du dernier-né des partis politiques marocains? Depuis samedi 7 mai, c’est lui qui tient les rênes d’Alternative démocratique, nouveau parti de gauche.

Portrait. Un trublion nommé Ali Elyazghi
O. A.
Le 8 mai 2016 à 16h12 | Modifié 8 mai 2016 à 16h12

Impulsif, impatient, Ali Elyazghi ne sait guère donner du temps au temps. Le temps, il préfère le croquer, le mordre à pleine dents. Et il les a longues, ce qui est tout sauf un défaut, quand on vise haut.

A 36 ans,  il rejoint le club très fermé des patrons de partis, même s’il refuse les appellations classiques – président, secrétaire général, premier secrétaire- préférant le terme de coordonnateur national.

Il n’en reste pas moins le «maillot jaune» du peloton des dissidents socialistes. Promis, il ne sera pas le «Zaim», l’homme providentiel que tout le monde attendait pour sauver la gauche. Son rôle de coordonnateur sera uniquement celui d’un facilitateur, d’un agitateur d’idées.

Refuser le leadership? Difficile à croire, pour quelqu’un dont la vie se résume aux ambitions, aux quêtes et aux conquêtes.
«A moi la Chabiba de l’USFP!» Ali a conquis en 2010 la tête de cette structure historique, qui était réputée plus hargneuse, plus rebelle que le parti lui même.

Après un court passage à la tête de la section r'batia de la jeunesse socialiste, il s’empare définitivement de la structure centrale, un samedi 20 février.

Ses années en tant que leader de jeunesse seront marquées par beaucoup d’hésitations et de faux pas, lui qui s’était pourtant fixé l’objectif de restructurer la jeunesse Ittihadia.

Raillé d’une part par les membres de la Chabiba, qui ont le népotisme en horreur et prisonnier d’autre part des vieilles lunes socialistes et du respect qu’il doit à ses aînés, c’est sur la scène internationale, au sein de la jeunesse de l’Internationale socialiste, que Ali s’épanouira. C’est bien connu: «Nul n’est prophète en son pays!». Ce passage obligé à la tête de la Chabiba lui donnera néanmoins la légitimité de viser plus haut.

«A moi, le Parlement!».Il prend alors la deuxième place sur la liste nationale, pas la première, il ne faudrait surtout pas donner du grain à moudre aux adversaires de la rente politique.
Et c’est sur les bancs du Parlement que Ali va parfaire sa formation politique. Aux côtés d'Ahmed Zaidi, il apprend la fougue politique, aux côtés d'Ahmed Réda Chami, le pragmatisme, et aux côtés de Mehdi Mezouari et de Hassan Tariq, il renforce l’esprit de camaraderie.
A la tribune de la Chambre des représentants et dans les médias nationaux, Ali Elyazghi est toujours prêt à dégainer, s’indigner, pourfendre les méchants, leur donner l’estocade. Avec en ligne de mire «le grand soir», celui où il jouera enfin le premier rôle, celui où il  «tuera le père».

Alors, du haut de l’estrade du théâtre Abderrahim Bouabid à Mohammédia, samedi, n’écoutant que son culte du moi, Ali Elyazghi toise les barons de la politique, il les défie au vu et au su de tout le Maroc.

Le choix du lieu n’est pas laissé au hasard. A la veille de ses quarante printemps, Ali assume enfin ce qu’on lui a toujours reproché, et ce qu’il a toujours été, d’une certaine façon: un héritier. Il souhaite s’inscrire dans la continuité de Abderrahim Bouabid, résistant de la première heure, véritable école politique, figure tutélaire et icône de la gauche marocaine.

Voici donc Ali Elyazghi, l’héritier d’une certaine gauche, fondamentalement contestataire, indéniablement authentique et infatigablement rebelle… une gauche tant prisée par le Makhzen.

Cette gauche qui a joué longtemps à «je t’aime, moi non plus» avec le pouvoir, avant de s’offrir à lui.

A Mohammedia, Ali se tient droit: ne comptez pas sur lui pour faire le rase-muraille. Quel bonheur! Quel buzz!  Menton haut, l’œil qui frise, Ali est encore un enfant, mais un enfant belliqueux, prêt à en découdre, à défier les opportunistes, ceux qui veulent brader les idées de la gauche aux puissants.

«L ’USFP est morte, vive l’Alternative Démocratique»,semble-t-il dire. Ce Congrès n’est pas un baptême pour ses participants, c’est l’enterrement de leur maison-mère, celle à qui ils ont tant donné, l’USFP.

Ce congrès est un accouchement dans la douleur, un divorce avec les siens, mais c’est un mal nécessaire pour ceux qui prétendent aujourd’hui vouloir sauver la gauche.

Devant une USFP fragilisée par les luttes intestines et désormais assujettie à plus forte qu’elle- le PAM- il n’y avait plus d’autres choix.

Alors Ali et ses camarades foncent, comme des béliers, avec en ligne de mire les «social-traîtres», comme on disait alors.
Lorsqu’on le voit dégainer son discours contre la politique politicienne, on se demande si Ali Elyazghi joue un rôle. Un enfant de ministre d’Etat, qui baigne dans la politique depuis tout petit, peut il encore croire à ses propres fureurs?
Qu’importe! Ali enveloppe les idées d’antan, celles de feu Bouabid & Co, dans une structure qu’il veut résolument moderne. Il est allé chercher ses inspirations sur la scène progressiste internationale, dans ses lectures et ses voyages.

Une organisation partisane fortement inspirée de Podemos et de Syriza. Un discours économique, légèrement emprunté à Varoufakis et à Montebourg.

Et une posture politique semblable à celle de Marco Enriquez-Ominami, le leader du parti progressiste chilien.

Horizontalité, réseaux sociaux, forum de participation, démocratie participative.

«Hé Ho la gauche!». L’Alternative démocratique veut ressembler à tout sauf aux partis classiques. Faire de la politique autrement et s’inscrire dans une mouvance internationale des gauches radicales, qui veulent réconcilier les citoyens et la politique. New look certes, mais les valeurs restent les mêmes. Les totems de la gauche, ils s’y accrochent. Par conviction? Peut-être…

Bon camarade, disciple parmi les disciples de feu Zaidi, Ali se sent investi d’une mission, à la vie à la mort. C’est une question d’honneur. Et de survie (politique).

Si Ali est le fils biologique de Mohammed Elyazghi, il n’en est pas moins le fils spirituel d’Ahmed Zaidi.
L’Alternative démocratique, c’est le bébé qu’on lui a confié. Les ténors et les caciques,  il les a eus à l’usure. Au fond, les Doumou et autres Kabbage étaient moins sûrs d’eux, plus archaïques qu’ils ne paraissaient et surtout moins méchants qu’on ne le disait.

Pas assez aventuriers pour risquer le tout pour le tout.

Elyazghi junior a, lui, fait main basse sur les frondeurs de l’USFP et les ténors se sont vus écartés les uns après les autres. Les jeux sont faits, rien ne va plus!

Ali a désormais toutes les marges de manœuvre et les coudées franches pour imaginer, et construire, un parti qui lui ressemble. Audacieux, libre, et un peu brouillon.

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O. A.
Le 8 mai 2016 à 16h12

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