La presse marocaine menacée dans son modèle économique
La presse marocaine s’inquiète de la viabilité de ses modèles économiques. Cette inquiétude est désormais exprimée au grand jour, suite à la rencontre entre la FMEJ (Fédération marocaine des éditeurs de journaux) et le ministre de la Communication, Mustapha El Khalfi.
Les éditeurs seront certainement satisfaits de voir le ministère de la Communication évoquer la viabilité des modèles économiques de la presse marocaine.
La crise en effet couve depuis quelques années, tout le monde la voyait venir, mais aucune décision ne se prenait.
L’avènement d’une presse digitale sérieuse, professionnelle et structurée est une évolution irréversible. Mais elle s’est heurtée à une difficulté de reconnaissance sur le terrain et surtout à un problème de modèle économique.
En effet, pour 10 DH qui migrent de la publicité classique vers le digital, seuls 2 DH au maximum restent dans la presse. Le reste va vers les nombreux supports étrangers tels que Google ou Facebook, qui pratiquent des tarifs jusqu’à 100 ou 150 fois moins chers que les supports marocains. Il va également vers des supports non presse, tels que les sites d’annonces ou les newsletters des agrégateurs.
Toute la presse digitale marocaine, hormis Le Desk, a un modèle économique basé exclusivement sur la gratuité de lecture et la monétisation de l'audience à travers la publicité.
Une partie de la presse digitale est soumise à la tentation du produit low cost: un produit qui ne nécessite pas de gros moyens, les informations ne sont pas obligatoirement vérifiées ni sourcées, elles sont "très" emballées, survendues, les termes comme "urgent", "scandale", "alerte", "incroyable" reviennent souvent dans la titraille, les titres des articles sont des pièges à clic et l’objectif final consiste à susciter un maximum de clics.
La presse imprimée souffre d’un recul de la diffusion et de la publicité (pas chez les leaders), de sorte que des titres très connus ont lancé des plans sociaux.
L’ensemble de la presse marocaine est entraîné, à terme, dans une trappe, qui est dangereuse pour le pays.
Le danger en effet, c’est une presse approximative ou médiocre, des produits low cost. Une presse de qualité est indispensable à la démocratie. Seule la presse permet de produire du sens. Aucun autre média ne sait le faire comme elle. Seule la presse permet aux citoyens de se faire leur opinion et de prendre des décisions éclairées, en connaissance de cause.
Mais pour cela, l’indépendance financière de la presse est primordiale. D’où le caractère vital du modèle économique. Ce modèle économique est menacé par l'évasion des investissements publicitaires, par l'impunité des plagiaires et par la concurrence déloyale des agrégateurs et des revues de presse payantes qui cannibalisent ou scannent les contenus sans autorisation préalable.
Dans cet article, par "presse", nous entendons la totalité du spectre, presse digitale ou imprimée. Il y a une seule presse, quel que soit le canal.
Au cours de sa rencontre tenue lundi avec le ministre de la Communication, le bureau exécutif de la FMEJ a présenté un diagnostic de la situation des entreprises de presse au Maroc, affectées non seulement par la crise mondiale que connaît le secteur, mais aussi par des particularités locales, confirmées par une étude sur les tendances de la lecture, réalisée récemment par la Fédération, avec le soutien du ministère, qui fait état d’une lecture gratuite des journaux, faisant perdre au secteur de la presse écrite quelque 1,5 milliard de DH par an.
Le bureau exécutif a demandé au ministre de la Communication de mettre en place un plan d’urgence pour arrêter l’hémorragie que connaît le secteur, dans la perspective de poursuivre la recherche de solutions radicales, à même de permettre à la presse nationale de continuer à jouer son rôle.
En réponse aux revendications de la Fédération dans le cadre du partenariat stratégique entre les professionnels et le ministère, il a été convenu de revoir le contrat-programme de la presse écrite, de manière à alléger les conditions pour bénéficier du soutien relatif au volume de tirage, augmenter le tarif des annonces judiciaires et légales en ouvrant la possibilité d’en faire bénéficier la presse digitale et de centraliser le paiement de ces annonces au ministère de la Communication.
Les deux parties se sont également mises d’accord pour l’introduction d’une disposition au projet de Code de la presse et de l’édition, interdisant la lecture gratuite des journaux dans les lieux publics, la constitution d’un comité de réflexion en vue de la création d’un Fonds financé par l’Etat et dédié à encourager l’achat des journaux marocains, outre la réalisation d’une étude sur le marché de la publicité au Maroc, qui soit de la même profondeur que l’étude sur les tendances de lecture des journaux, réalisée récemment par la FMEJ et le ministère.
Elles ont aussi convenu de la participation d’un représentant de la FMEJ au sein du comité ministériel chargé d’étudier les mesures d’urgence pour la protection du modèle économique de la presse électronique marocaine, ainsi que de la participation de la Fédération dans la négociation prévue avec Google et Facebook au sujet de la concurrence déséquilibrée sur la publicité au Maroc.
Par la suite, M. El Khalfi a présenté un exposé sur l’évolution du débat au Parlement autour du projet du Code de la presse et de l’édition, soulignant que la plupart des propositions contenues dans le mémorandum de la FMEJ ont été prises en considération, auxquelles s’ajoutent d’autres nouveautés, comme le retour des sanctions pour délits d’expression dans le Code de la presse, au lieu du Code pénal, sauf celles concernant les constantes.
Ces nouveautés concernent aussi la stipulation explicite dans le Code de la presse que celui-ci est le seul à régir les sanctions qu’il renferme, a ajouté le ministre, qui a promis d’informer la FMEJ de tous les nouveaux amendements apportés au texte au sein de la Chambre des représentants, parmi les 200 propositions d’amendement présentées par les membres de la Commission de la presse, afin que la Fédération puisse accompagner le projet de texte au niveau de la Chambre des conseillers.
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