Animation : Swinga relance sa série sur le Maroc et l'Algérie, dans les coulisses d’un retour très attendu
Trois ans après son premier succès, la série Maroc-Algérie d’Aji-Tfham repart avec un nouvel épisode. Un projet à 1,5 million de dirhams, financé en partie par le public et porté par une équipe en reconstruction. Détails.
Sur YouTube, c’est une des grandes tendances du weekend. Plus de trois ans après un premier épisode sur les relations entre le Maroc et l’Algérie vu par plus de trois millions d’internautes, la chaîne Aji-Tfham, animée par le créateur de contenu Mustapha Swinga, est revenue ce vendredi 24 avril 2026 avec un deuxième volet qui s’attarde sur une période très précise de l’histoire de l’Afrique du Nord-Ouest : les années 1830-1847, fortement impactantes pour les deux siècles suivants, jusqu’à nos jours.
Sous la direction scientifique de l’historien Nabil Mouline, un des spécialistes les plus en vue du Maroc et plus généralement de ce que l’on appelle l’Occident musulman, les équipes d’Aji-Tfham traitent plus particulièrement de la première période d’occupation française de l’Algérie, au cours de laquelle la France s’arroge le Watan, c’est-à-dire l’Oranie, au détriment de l’Empire chérifien.
On y va de la fameuse allégeance de Tlemcen au sultan marocain Moulay Abderrahmane, consécutive à la prise d’Alger par les troupes du général de Bourmont le 5 juillet 1830, à la résistance menée plus de quinze ans durant par l’émir Abdelkader (novembre 1832-décembre 1847), en passant bien évidemment par la défaite d’Isly qui met fin à plusieurs siècles d’invincibilité du Maroc face aux armées européennes (le 14 août 1844).
Dans l’ensemble, les choses sont racontées avec une volonté tangible de dire la vérité ; aucune partie n’est épargnée par un regard qui se veut foncièrement juste et lucide. Il en va, de toute façon, de la crédibilité de l’entreprise, même si au bout du compte, les faits, dans une certaine mesure, finissent fatalement par absoudre la partie marocaine — quoi qu’en disent ses contempteurs, qu’ils soient de bonne ou de mauvaise foi.
“L’histoire, comme vous n’êtes pas sans le savoir, donne généralement raison aux vainqueurs. Et il se trouve que dans le cas présent, c’est aux Occidentaux que la victoire a appartenu, et de ce fait c’est aussi leur narratif qui a fini par prévaloir, sans jamais discontinuer”, nous lance Swinga, que Médias24 a joint au téléphone pour une interview au sujet de la vidéo réalisée par ses soins.
Une relance après trois ans de silence
Tout au long de notre échange, qui a duré une bonne demi-heure, il est clairement ressorti que notre interlocuteur était plus que soulagé d’avoir pu, enfin, relancer cette série maroco-algérienne qui doit, au total, comporter quatre épisodes.
Entretemps, il a vécu des déconvenues entrepreneuriales sur lesquelles il ne s’est pas vraiment répandu mais qui, au bout du compte, l’ont forcé à reprendre quasiment de zéro à travers sa nouvelle société, MS-STOON. Ce qui implique aussi qu’au niveau du capital humain, il a dû faire avec un effectif recomposé, constitué de deux séniors seulement sur vingt-deux personnes au total, avec tout ce que cela requiert en termes de formation et de perfectionnement du travail.
Ainsi, si ce n’est que le 22 janvier 2026 qu’Aji-Tfham avait initié une campagne publique sur la plateforme de fundraising Kiwi pour financer le nouvel épisode, c’est depuis bien plus longtemps que ses équipes étaient à l’œuvre pour le mettre au point. Les quelque 430.000 dirhams qui ont finalement été collectés n’ayant servi qu’à couvrir une partie des dépenses (que Swinga estime à un total de 1,5 million de DH).
“Il y a beaucoup de jeunes qui ont été formés à la Flow Motion School, que j’ai contribué à lancer il y a quelques années à Hay Hassani [à Casablanca, NDLR], mais aussi de l’EPAG Rabat. Franchement, ils sont très bons, mais il fallait qu’ils fassent leurs armes dans des projets avant de pouvoir faire aboutir celui du deuxième épisode des relations Maroc-Algérie. Et forcément, cela prend du temps. Du coup, pendant une période que je dirais longue, cela a été un ‘work in progress’”, nous confie Swinga.
De YouTube au dessin animé
Et ce dernier d’insister qu’Aji-Tfham ne constitue désormais qu’une partie du travail qu’il effectue, son crédo couvrant de manière plus globale la production de dessins animés. À cet égard, il cite notamment la réalisation, au profit de 2M, de la série Marocains dans le ciel, diffusée sur la deuxième chaîne au cours du mois de Ramadan 2026 et dont les héros sont le précurseur de l’aviation moderne, Abbas bin Firnas, et l’aviatrice Touria Chaoui.
Quelques années plus tôt, mais cette fois pour le compte d’Al-Aoula, il avait également été aux manettes de Hikayat wa Ibar (Histoires et morales), inspiré des contes traditionnels marocains et qui, en 2022, avait été la première animation 100 % marocaine à être programmée sur la télévision publique.
Quant à la série sur les relations Maroc-Algérie, Swinga en fait une affaire de cœur. “Ce sont des projets dans lesquels on doit s’investir non principalement pour gagner de l’argent, mais parce qu’il faut tout simplement le faire. Parce que le Maroc a besoin de telles productions”, expose-t-il.
Une production pensée comme un bien commun
Mais pour ce faire, poursuit-il, il faut forcément un soutien du public. Dans ce sens, il nous indique qu’en dehors de Kiwi, MS-STOON essaie aussi de convaincre des bailleurs de fonds, que ce soient des ONG ou des philanthropes, à y mettre du leur. Sans beaucoup de succès pour l’instant, d’après ce que l’on croit comprendre, mais sans pour autant lui faire abandonner son objectif.
Par ailleurs, il explique avoir délibérément choisi de ne pas faire appel aux institutions publiques nationales, de crainte d'être taxé de servir la soupe à quelque partie ou à une autre. “Au final, il faut que ce soient les Marocains, le peuple, qui se mobilisent pour que ce soit quelque chose qui fondamentalement leur appartient”, commente-t-il.
De façon plus générale, Swinga estime que l’animation est un créneau sur lequel il faut focaliser au Maroc, dans la mesure où elle offre un relais d’influence puissant et incontournable, potentiellement au-delà des frontières du pays. Et il souligne aussi que c’est la raison pour laquelle pour le deuxième épisode de la série sur les relations Maroc-Algérie, il a tenu à prévoir des pistes audio anglaises et espagnoles, afin que de nouveaux publics puissent aussi découvrir l’histoire maghrébine sous une perspective différente de celle qui a communément cours une fois que l’on quitte la région.
Une affaire bien sérieuse, en somme, et dans laquelle Swinga et sa team ont en tout cas tout le mérite de contribuer à la porter à un niveau d’exigence digne du récit national marocain.
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