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Futur gouvernement: la tâche de Benkirane ne s’annonce ni facile, ni impossible

Gagner une élection est un exercice difficile, mais former un gouvernement peut l’être encore plus. Le PJD en fait l’expérience du fait de l‘affaiblissement électoral et des exigences de l’Istiqlal et du RNI, ainsi que de la baisse d’influence de son ancien allié du PPS.

Futur gouvernement: la tâche de Benkirane ne s’annonce ni facile, ni impossible
Jamal Amiar
Le 17 octobre 2016 à 9h05 | Modifié 11 avril 2021 à 1h04

Arithmétiquement, l’enjeu pour le PJD est de réunir une majorité de 198 sièges, avec des partenaires fiables. En réalité, 198 est une majorité simple et étriquée et ne suffit pas pour installer une coalition stable. A une voix près, une majorité est à la merci du moindre incident, absence, démission, … Une vraie majorité serait de 220 à 240 députés.

Scénario “Benkirane avec la Koutla“

Alors que les informations sur l’approche du PJD pour la formation d’un nouveau gouvernement sont rares, hormis la déclaration d’intention de Benkirane de “gouverner avec la Koutla“, il faudra encore patienter pour espérer voir les contours du futur gouvernement. Il faut également se méfier des déclarations des uns et des autres, qui sont surtout des messages et des positions de négociation.

Médias 24 a appris que les instances dirigeantes de l’Istiqlal et de l’USFP se réunissent ensemble ce lundi 17 octobre 2016 pour examiner de manière conjointe l’intention exprimée par le PJD de “gouverner avec la Koutla“ comme premier choix.

Cette option a cependant peu de chances de prospérer. Entre militants aguerris et procédures de démocratie interne du PJD, l’option Koutla, si elle inclut l’USFP, sera difficilement “vendable“ par la direction de Benkirane. Pour les jeunes générations, la Koutla -un concept politique forgé au milieu des années 1990- n’évoque rien de particulier.

Electoralement, la Koutla est une valeur en baisse pour des raisons politiques et démographiques.

Dans ce qui reste de la Koutla, l’Istiqlal a perdu le tiers de ses élus entre 2011 et 2016 et le PPS n’a pas su capitaliser sur sa participation au gouvernement, en passant à 12 députés.

Futur gouvernement: la tâche de Benkirane ne s’annonce ni facile, ni impossible

L’USFP de Lachgar, qui a subi plusieurs vagues de départs, proclame régulièrement sa proximité avec le PAM. Il est passé de 42 à 20 sièges entre 2011 et 2016. Pour Lachgar, le retour de Aziz Akhannouch sur le devant de la scène politique signifie également une baisse d’influence d’Ilyas El Omari, dont il s’était rapproché au cours de la dernière législature.

L’option Koutla sera cependant difficile à mettre en œuvre, réserve faite que la nature du scrutin oblige toujours à négocier. Lorsque l’on additionne les chiffres du PJD (125 députés), de l’Istiqlal (46), de l’USFP (20) et du PPS (12), cela donne un “petit“ 203 sièges pour une majorité nécessaire de 198 sièges.  

Ouverture sur le RNI et/ou le MP?

Malgré la baisse d’influence de l’Istiqlal et du PPS, on peut imaginer le PJD gouverner avec ces deux partis, mais pas avec l’USFP, d’où l’obligation pour le parti de Benkirane d’aller chercher des alliés ailleurs. Parmi le Mouvement populaire ou du côté du Rassemblement national des indépendants, qui tient congrès le 29 octobre prochain pour désigner Aziz Akhannouch à sa tête.

Si le PJD a indiqué son intention de “gouverner avec la Koutla“, il faut donc l’entendre comme un “premier choix“ souhaité et/ou tactique, mais certainement pas comme un choix exclusif. Un système de scrutin proportionnel ne prive pas un parti d’énoncer ses préférences, mais il l’oblige à garder toutes ses options ouvertes, s’il souhaite être un parti de gouvernement.

Futur gouvernement: la tâche de Benkirane ne s’annonce ni facile, ni impossible

Rappel des chiffres. Le fait que le PAM se place de facto dans l'opposition rend plus compliquée la recherche d'une majorité, car cela soustrait 102 députés à la marge de manoeuvre du Chef de gouvernement. Le RNI a déclaré qu'en l'état actuel, la participation n'est pas envisagée. Si cela se confirme, l'Istiqlal devient incontournable et il faudra de plus ajouter au moins l'USFP ou le MP.

Pour cela, la tâche de Benkirane ne sera certes pas aisée –qui le dirait ?- mais elle n’est pas impossible.

 Médias 24 a pu apprendre cette fin de semaine que le PJD n’a pas encore officiellement contacté l’Istiqlal ni l’USFP, mais cela pourrait se faire en ce début de semaine. Hamid Chabat en revanche s’était déjà réuni avec le PAM et l’USFP dès le 8 octobre.  Ce qui suit n’est peut-être pas connu de la majorité de nos lecteurs, mais le PJD lui le sait déjà: L’Istiqlal est un parti “gourmand“.

Selon nos sources, Hamid Chabat souhaite obtenir la présidence de la Chambre des représentants pour lui-même et “une représentation au gouvernement qui tienne compte du poids du parti à la première et à la deuxième chambres“.

A la Chambre des conseillers, l’Istiqlal dispose du premier groupe d’élus avec 24 conseillers sur un total de 120. Le PAM y est second avec 23 sièges, le PJD troisième avec 12 élus. “Cela équivaut à presque 40% des postes ministériels“, indique un cadre de l’Istiqlal à Médias 24.

Le PJD n’est captif d’aucune option

Le PJD n’est pas captif de l’option Koutla. Le PJD a une expérience de gouvernement avec le RNI et le MP et cela constitue aussi une option. Le mode de scrutin rend les options de base de chaque force politique plus flexibles et suscite de l’opportunisme.

Pour le RNI, qui s’apprête à élire Aziz Akhannouch à sa tête et à absorber l’Union constitutionnelle au sein d’un groupe parlementaire commun, les options restent aussi ouvertes.

La stratégie actuelle du RNI de se rapprocher de l’UC en annonçant la formation d’un groupe parlementaire commun ne peut avoir que des effets positifs de son propre point de vue:

1. Elle réduit la balkanisation du camp libéral dans une perspective d’opposition et une «perspective 2021»;

2. Elle redonne du poids à un Rassemblement qui a perdu le tiers de ses sièges de députés entre 2011 et 2016, notamment faute de combattants pour aller défendre son bilan devant les électeurs.

Si l’Istiqlal demande la lune au PJD et que la future alliance RNI-UC se consolide, on ne sera pas surpris d’apprendre que le PJD gouverne finalement avec l’appui de l’alliance RNI-UC et du MP et avec ou sans l’Istiqlal ou le PPS. Ces partis, -sauf l’UC, mais le RNI lui dira comment cela se passe- ont déjà gouverné ensemble. Le PJD compte 125 sièges dans la nouvelle Chambre, le RNI 37, l’UC 19, le MP 27 et le PPS 12. Sans le PPS, cette coalition compterait 208 députés, 220 avec lui. La majorité est de 198 sièges.

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Jamal Amiar
Le 17 octobre 2016 à 9h05

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