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Environnement

“Et d’ici 2020, on fait comment?” Le paradoxe du succès de l’Accord de Paris

Des Nations unies en passant par Paris, Bruxelles, Pékin ou Rabat, l’ensemble des capitales internationales sont plus que satisfaites de l’adoption rapide de l’Accord de Paris. 105 Etats l’ont ratifié au 12 novembre et 95 autres ont déposé leurs NDC. Paradoxe: ce succès n’est pas sans poser de sérieux problèmes écologiques, financiers et diplomatiques.

“Et d’ici 2020, on fait comment?” Le paradoxe du succès de l’Accord de Paris
Jamal Amiar
Le 14 novembre 2016 à 11h52 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

L’Accord de Paris (AP) adopté en décembre 2015 au Bourget puis signé en avril 2016 à New York a connu une ratification rapide et inattendue.

Là où ce type d’accord prend 3 à 4 ans pour entrer – ou pas – en vigueur, celui de Paris l’a été en une année. Le mouvement s’est accéléré à la veille et au lendemain du G20 en septembre dernier lorsque la ratification des USA et de la Chine a été suivie par l’Inde, l’Union européenne et le Brésil.

Côté NDC, les contributions nationales des États à la lutte contre les émissions de carbone, le nombre des officialisations des dépôts a atteint le chiffre respectable de 95 États

L’Accord de Paris ratifié par 105 États et les NDC déposées par 95 capitales

Pour entrer en vigueur, l’AP avait besoin de la ratification de 55 pays représentant 55% du total des émissions de CO². Cet objectif fut rapidement atteint le 5 octobre dernier. Cela a permis son entrée en vigueur, à la veille de la COP22, 30 jours plus tard selon les usages diplomatiques internationaux en vigueur. D’où l’éclairage en vert au soir du vendredi 4 novembre de la Ménara de Marrakech (COP22) et de la tour Eiffel parisienne (COP21)…

Le paradoxe de ce succès est que la communauté internationale tablait sur une ratification en 2017, au mieux en 2018 ou en 2019 de manière réaliste. La COP22 de Marrakech devait uniquement servir à travailler sur la mise en œuvre de l’AP et à l’organisation de la transparence et de la méthodologie des fameux NDC afin de bien gérer l’allocation, la gestion et le suivi des financements internationaux.

Dès l’ouverture de la COP22, le négociateur en chef du gouvernement indien, Ravi Prasad, l’avait rappelé en termes diplomatiques : «Nous sommes ici pour contribuer au dialogue sur la mise en œuvre de l’AP ainsi que pour faciliter le dialogue pour la mise en œuvre d’actions immédiates».

«Comment allons-nous faire la transition en termes de financements et d’émissions carbone entre 2016 et 2020?», s’interroge le responsable de New Delhi. 1

00 MM de dollars annuels avaient été promis pour la période 2016-2020 à Paris. Mais en 2013, 2014 et 2015, seuls 25 MM de dollars (c’est une moyenne) avaient été mobilisés et la courbe pour 2016 se dirige au maximum vers les 67 MM de dollars… Pourtant les enjeux sont importants autant au Nord qu’au Sud.

Un récent rapport de l’UE montre que les 28 ont dépassé leurs objectifs de pollution et s’éloignent donc de l’objectif maximal de +2 °C à la fin du siècle.

Selon Sir Nicholas Stern du GIEC, le seuil maximal de 400 ppm de CO² dans l’atmosphère a été atteint partout sur la planète. Dans ses mémoires diplomatiques publiées début novembre, Laurent Fabius rappelle par deux fois dans la même page que «la situation est désastreuse».

Le négociateur chinois à Marrakech Xie Ji ne dit pas autre chose : «Il est temps d’agir et il faut agir maintenant,» a-t-il martelé à Marrakech dès le 7 novembre, glissant au passage que «le transport de certaines navettes de la COP22 se fait déjà avec des bus 100% électriques made in China». Tous les arguments sont bons.

Les ONG et centres de recherche du Sud sont eux moins diplomatiques et, surtout, n’ont rien à vendre et beaucoup de dommages à limiter face à la sécheresse, la pollution et la montée des eaux. Un Malien par exemple émet 0,5 tonne de CO² contre 16 tonnes pour un Américain.

Une question de justice climatique

Les ONG sont inquiètes et virulentes car aussi déjà échaudées. Pour Asad Rehman des Amis de la Terre, cela n’est pas surprenant : «Les gouvernements ratifient des accords mais n’agissent pas en conséquence en termes de choix stratégiques et de choix moins polluants».

Asad Rehman et Meena Raman de Third World Network fustigent «l’hypocrisie du Protocole de Kyoto sabordé par Washington, le Canada avant l’arrivée de Justin Trudeau, et ignoré par Moscou».

Meena Raman n’hésite pas également devant les journalistes japonais à sévèrement critiquer Tokyo : «C’est une honte de continuer à financer des centrales au charbon en Asie du sud-est », leur lance-t-elle.

A valeur aujourd’hui, le Protocole de Kyoto est dans une sorte de no man’s land diplomatique, sans effet, inappliqué et inapplicable. Les pays industriels ignorent ses contraintes même si ceux qui l’ont ratifié en sont à leur 12e réunion de haut niveau, la fameuse CMP12. «Il faut arrêter de reporter les actions à prendre», assène Meena Raman. «Notre responsabilité entre le Nord et le Sud est commune certes, mais différenciée», insiste-t-elle. C’est sur cette conception que l’Accord de Paris a été rendu possible».

NDC, euros, dollars et yuans

Pour Mariama Williams du South Center qui présente une analyse critique du rapport «Road to 100 billions dollars» lors de la COP22, «la lenteur des réponses à ce problème de la transition entre 2016 et 2020 vise à acculer les pays du Sud à emprunter». Les 100 MM de dollars sont une proposition américaine faite par… Hillary Clinton au Sommet du climat à Copenhague en 2009.

Peu d’éléments filtrent sur cet aspect des négociations en cours, signe que les échanges doivent être très «francs».

On sait que les négociateurs africains, les Indiens ou encore les pays du sud-est asiatique sont sensibles à «une organisation crédible» de la transition financière et carbone entre 2016 et 2020. C’est leur rôle et leur responsabilité.

Du côté de la CCNUCC, la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, on reste optimiste. Ce week-end à Marrakech, Patricia Espinosa, Mme Climat de l’ONU, rappelait pour réponse aux débats en cours que la volonté politique d’avancer est là : au samedi 12 novembre, 105 pays ont ratifié l’Accord de Paris et 95 Etats ont déposé leurs NDC, sur un total de 197 parties.

Avec Fabius, Mezouar, El Haité et Ban Ki-moon notamment, Mme Espinosa peut en effet être fière de ce premier résultat.Si la communauté internationale coopère, ce qui devait démarrer en 2020 sur les nouveaux financements et les NDC pourra l’être en 2018 avec une première évaluation des progrès accomplis et de l’application des NDC dès 2023.

 

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Jamal Amiar
Le 14 novembre 2016 à 11h52

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