Efficacité énergétique: des contrats-programmes sectoriels en attente d’un gouvernement
Ces contrats-programmes concernent plusieurs secteurs énergivores, mais sont victimes du blocage gouvernemental. Outre le volet réglementaire, ils permettront d'introduire des outils financiers nationaux dédiés à l'efficacité énergétique.
Industrie, transports, bâtiment, éclairage public, agriculture… plusieurs contrats-programmes multisectoriels d’efficacité énergétique, proposés par l’ADEREE (Agence Nationale pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique au Maroc), sont en stand-by et bloqués à cause de l'absence de gouvernement.
C’est ce qu’a annoncé Saïd Mouline, directeur général de l’ADEREE, ce 9 mars dans le cadre la seconde édition des rencontres de l’efficacité énergétique à Casablanca: "Le volet réglementaire est très important pour appuyer la concrétisation de l’efficacité énergétique. Les contrats-programmes en question sont prêts, mais il faut un gouvernement pour les entériner", regrette M. Mouline.
L’approbation gouvernementale est également espérée pour mettre en place de nouveaux outils financiers d’accompagnement des stratégies d’efficacité énergétique, au-delà des outils financiers de la coopération internationale: "Aujourd’hui, il est temps de mettre en place des outils financiers nationaux spécialement dédiés à l’efficacité énergétique, qui a d'ailleurs prouvé sa rentabilité", nous confie Saïd Mouline.
En effet, chaque Dirham investi dans l’efficacité énergétique peut en rapporter jusqu’à six. Sans compter les multiples bénéfices pour l’économie dans sa globalité. En 2016, la facture énergétique du Royaume s’est élevée à 70 MMDH, sans parler des années où le prix du pétrole avait atteint son pic et où la facture énergétique frôlait les 100 MMDH: "Rien qu’une réduction de 1% de la consommation d’énergie équivaut à une économie entre 700 MDH et 1 MMDH, selon le prix du pétrole", explique notre interlocuteur. L’impact est évident aussi sur la balance des paiements.
Success story
Au niveau microéconomique, il faut dire que success stories des entreprises et institutions qui ont adopté des programmes d’efficacité énergétique se font de plus en plus nombreuses.
Le secteur cimentier, à titre d’illustration, a entamé ses actions d’efficacité énergétique dès 1999, bien avant que le programme national ne se mette en place: "Nous y étions obligés, et ça nous a permis de gagner en compétitivité. C’était indispensable à notre survie", explique Mohamed Chaïbi, président de l’Association professionnelle des cimentiers.
Le secteur est, à vrai dire, très énergivore. L’énergie représente entre 65% et 75% du coût variable des cimenteries et, selon leur taille, chacune d’entre elles recèle entre 1.200 et 2.500 moteurs et machines qui tournent.
Une situation qui a poussé à la transition. Une transition réussie, d’ailleurs, puisqu’entre 1999 et 2009, les cimenteries ont pu réduire leur consommation d’énergie thermique de 50% et leur consommation d’énergie électrique de 35%. Idem pour leur consommation d’eau, qui a régressé de 60%: "En plus, le secteur cimentier sera bientôt alimenté à 80% en électricité éolienne", se targue M. Chaïbi.
Le financement ne suit pas
La demande pour des programmes d’efficacité énergétique est de plus en plus présente, mais les financements ne suivent pas. Les seuls outils financiers ciblant ce type de programmes émanent des grandes institutions financières internationales.
A titre d’exemple, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a injecté au Maroc, depuis 2012, 280 millions d’euros dans des programmes d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. Ce montant représente 30% de l’investissement global de la banque dans le royaume.
La BERD a également contribué au développement du MORSEFF (Ligne marocaine de financement de l’énergie durable), avec d’autres institutions européennes dont la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Agence française de développement (AFD).
Cette ligne de financement de 110 millions d’euros est prêtée à des banques partenaires marocaines. A partir de ce financement, celles-ci peuvent offrir des crédits aux entreprises privées marocaines, tous secteurs confondus, désirant investir dans des équipements ou projets qui permettent de l’efficacité énergétique ou des projets d’énergies renouvelables à petite échelle.
Jusqu’à aujourd’hui, 61 projets d’un montant dépassant 275 MDH ont été financés par le MORSEFF, dont 61% concernent les procédés industriels, 21% les transports, 13% les projets d’énergies renouvelables et 5% le bâtiment.
À découvrir
à lire aussi
Article : L’Oukaïmeden, station d’hiver et espace culte de transhumance
Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.
Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.
Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.
Article : Animation : Swinga relance sa série sur le Maroc et l'Algérie, dans les coulisses d’un retour très attendu
Trois ans après son premier succès, la série Maroc-Algérie d’Aji-Tfham repart avec un nouvel épisode. Un projet à 1,5 million de dirhams, financé en partie par le public et porté par une équipe en reconstruction. Détails.
Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.
Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".