Najat Rochdi, une mathématicienne à la tête de la Minusca
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a nommé cette Marocaine qui a occupé plusieurs fonctions importantes au Maroc et à l’international comme sa représentante spéciale adjointe en République Centrafricaine. L’occasion de revenir sur le parcours de celle qui devra gérer une force d’interposition militaire et un budget de 2 milliards de dollars pour reconstruire le Centrafrique.
Connu du grand public marocain a travers les fonctions qu’elle a occuppees par le passe, Najat Rochdi qui est de passage à Rabat pour saluer sa famille avant de rejoindre son affectation à Bangui, a levé le voile, pour Médias24, sur son expérience qui l’a amenée à occuper un poste dont peu de femmes peuvent se prévaloir.
Titulaire d’un doctorat en mathématiques obtenu conjointement à l’INSEA et l’université de Montréal, son expérience passée de professeure à l’Ecole des sciences de l’information a permis à la fonctionnaire de l’ONU qu’elle est devenue de se préparer à contribuer à un avenir meilleur pour les générations futures.
Après cette première expérience d'enseignement, la mathématicienne rejoint le cabinet du ministre Larbi Ajoul en charge du département des Telecoms et des technologies de l’information dans le premier gouvernement d’alternance (1998) de Abderahman Youssoufi.
À l’époque, elle devient conseillère du ministre puis dirigera l'ambitieux chantier du ministère qui aura pour tâche de faire entrer la societe de l’information et du savoir dans les foyers marocains grâce au programme e-Maroc (améliorer le service public, valoriser les territoires, tourisme , meilleur acces a l’enseignement et aux services de santé,…).
"J’ai fait partie des pionniers de la politique de l’utilisation des technologies de l’information pour le développement en Afrique, dans le monde arabe et du Maroc en devenant la première présidente de l’Internet Society (monde arabe et Afrique), association mondiale œuvrant à la généralisation du net dans le quotidien des citoyens", précise-t-elle.
En 2001, elle s’installe au Liban et rejoint les rangs de l’ONU en intégrant le programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) comme conseillère politique pour le monde arabe.
"Je conseillais les Chefs d’État et de gouvernements des 22 pays arabes, dont le Maroc, sur les politiques de développement et les méthodologies pour traduire leurs visions en réalité économique (justice sociale, amélioration des droits humains, autonomisation des femmes, désenclavement …".
Rappelée au Maroc après une année, Najat Rochdi est nommée pour la première fois de l’histoire du Maroc, première femme secrétaire général d’un ministère, en l’occurrence celui de la petite et moyenne entreprise et de l’economie sociale.
"C’était un double challenge, car hormis cette casquette inédite de numéro 2 d'un ministère, c’était aussi la première fois qu’une femme prenait la tête d’un département technique, économique alors que dans le passé, elles étaient reléguées à la condition féminine ou aux questions des personnes handicapées".
Cette expérience qui prendra fin en 2003 précèdera son retour définitif au sein de l’organisation internationale dans le centre régional du Caire où elle assurera la fonction de directrice regionale du Programme de la societe de l’information du PNUD et politique de développement des pays arabes.
Après avoir résidé cinq années dans la capitale égyptienne, elle est propulsée en 2008 numéro 2 du siège du PNUD basé à Genève pour s’occuper de questions internationales de développement et des negociations avec les Pys Donateurs pour le financement du developpement.
C’est en 2013 qu’elle sera affectée au Cameroun comme ambassadrice des Nations-Unies, coordinatrice humanitaire et représentante de l'instance internationale de développement pour ce pays situé en Afrique du centre-ouest.
"Je coordonais toutes les agences de l’ONU (Unicef, OMS, PNUD, HCR, PAM, ONUFemme, FNUAP, BIT, OIM, …) avec plusieurs missions politiques, économiques et humanitaires comme la gestion des 400.000 réfugiés centrafricains et Nigerians, la lutte contre Boko Haram, la prévention de l’extrêmisme violent et la deradicalisation, la lute contre la pauvrete, la protection sociale, la lute contre la violence faite aux femmes, l’insertion des jeunes, la lute contre le changement climatique …, en collaboration avec les partenaires et les donateurs et avec l'appui au gouvernement du Cameroun".
Tout juste nommée représentante spéciale-du Secretaire Generale adjointe pour la Minusca (mission multidimensionnelle intégrée des NU pour la stabilité en République de la Centrafrique), Rochdi s’est dite très émue de devenir également, par voie de conséquence, sous-secrétaire générale de l’ONU.
Rappelons que la Minusca est l’équivalent de la Minurso au Maroc, c'est-à-dire une force de maintien de la paix. De passage au Maroc pour saluer ses enfants et sa maman, cette mère de 4 enfants s’installera à Bangui dans quelques jours pour commencer son mandat qui devrait durer 3 à 4 ans.
"Comme dans le passé, je m’occuperai de dossiers économiques et humanitaires, mais ça sera la première fois que j’aurai en charge une mission de maintien de la paix avec plusieurs milliers de d'éléments militaires (dont un contingent marocain). La médiation occupera une partie importante de mon travail pour désarmer, deradicaliser les groupes armés et les réinsérer dans la vie civile".
Elle aura aussi pour tâche de s’assurer que les fonds recueillis par la conférence des donateurs de Bruxelles en 2016 serviront à reconstruire le pays pour assurer son développement économique, sociale et consolider sa paix.
"Avec le représentant spécial du Secretaire general et nos equipes, nous devrons gérer une enveloppe de 2 milliards de dollars qui financeront un certain nombre de projets tout en essayant de reconstruire les âmes éplorées des populations meurtries par ce conflit qui sevit", conclut la représentante special adjointe du secrétaire général de l’ONU.
La diplomate marocaine aura donc fort à faire pour consolider la paix en Republique centre africaine sans quoi ce conflit peut contaminer toute la région, mais hormis deux collègues féminines qui occupent la même fonction au Mali et en Libye, elle peut se targuer d’être une des seules femmes au monde à gérer un dossier international aussi lourd.
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