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Al Hoceima: quelques leçons à retenir de la crise actuelle

COMMENTAIRE. Derrière les événements quotidiens, les leçons à retenir de la situation à Al Hoceima.

Al Hoceima: quelques leçons à retenir de la crise actuelle
R. B.
Le 31 mai 2017 à 11h17 | Modifié 31 mai 2017 à 11h17

Certes:

-l’histoire du Rif est particulière et celle d’Al Hoceima également ou plus encore.

-les revendications de la population de la province d’Al Hoceima sont légitimes.

-les programmes de développement dans la région sont en retard mais les indicateurs socio-économiques de la ville et de la province sont supérieurs à ceux de la moyenne nationale.

-le discours de Zefzafi est critiquable et souvent inacceptable. Il refuse le dialogue tout en faisant mine de l’appeler de ses vœux. Le lexique salafiste, le refus de toute autorité, la violation répétée de la loi, l’appel à la sédition lancé aux forces de sécurité, à la désobéissance civile, les menaces à répétition sont inacceptables.

-l’existence de liens avec l’étranger sont possibles, mais c’est à la justice de le prouver.

-les connotations identitaires, ethniques, particularistes existent et sont tout autant inadmissibles. Il n’y a pas pire menace pour l’unité d’une nation que celle de la confessionnalisation ou de l’ethnicisation d’un différend ou d’un conflit.

Cela étant dit, Zefzafi et le groupe qui l’entoure arrivent à mobiliser des milliers de personnes, à Al Hoceima, Imzouren, Beni Bouayach ainsi que des dizaines de personnes à Rabat, Casa, Marrakech.

Ceci sans compter la récupération qui en est faite par certains médias étrangers ou les adversaires de la cause nationale.

Voici donc ce qu’il nous paraît essentiel à retenir:

-Zefzafi ou le hirak ont eu une stratégie où ils ne pouvaient que marquer des points. Dès lors que la mobilisation est devenue effective, il n’y a pas eu de recherche de dialogue ou de négociation. Mais une stratégie de confrontation. Zefzafi ne revendique pas, il pose ses conditions. C’est le prix fixe. Si le pouvoir recule, Zefzafi  gagne et pousse encore plus loin. Si le pouvoir campe sur ses positions, les points sont quand même marqués puisque le “hirak“ n’a pas obtenu ses revendications qui paraissent légitimes chez tous ceux qui y participent. Et poursuit l’escalade.

-Zefzafi a repoussé les limites au-delà de l’acceptable et/ou du légal. Son intrusion dans la mosquée au milieu d’un prêche, le discours qu’il y a tenu, sa confrontation directe avec le régime marocain: aucun Etat digne de ce nom ne pouvait accepter cette escalade sans réagir. Dans quelque pays que ce soit.

-l'intrusion de Zefzafi dans une mosquée pour y tenir un violent discours politique est intolérable. Il ne doit y avoir aucune concession sur le principe de monopole de la gestion du champ religieux par le commandeur des croyants. Les conséquences seraient incalculables.

-Il est faux de dire que l’Etat a eu une gestion sécuritaire de la crise. La présence et la réaction sécuritaires s’imposaient par les événements.

-Le gouvernement a commis toutes les erreurs de communication possibles et imaginables. Sa majorité a stigmatisé le hirak, voire tous les habitants. Les ministres sont descendus d'avion, mais n'ont jamais donné l'impression de descendre de leur piédestal. Ils n'ont pas su nouer le contact, restaurer la confiance. Ils n'ont pas été audibles. En politique, ne pas savoir communiquer, c'est échouer. La politique ne consiste pas à avoir raison. Elle consiste d'abord à convaincre.

-La question inévitable est la suivante: comment un individu n’ayant pas de formation politique, ayant un discours si peu structuré et parfois incohérent, manifestement impulsif, peut-il mobiliser autant de personnes?

-L’une des réponses est l’absence de politique. La faiblesse des partis, censés être des structures d’encadrement, d’engagement et de médiation, devient un problème. La majorité des partis, pour ne pas dire tous, sont perçus comme des partis administratifs. On l’a bien vu à Al Hoceima, sur le terrain: les partis et les syndicats sont complètement absents.

Le vide politique est tel que Zefzafi émerge et que Mohamed Ziane arrive à trouver un espace politique et à devenir audible.

-Il y a une montée, au sein d’une partie de la population, d’un sentiment d’injustice à cause des inégalités. Lorsqu’on habite un patelin désolé, marginalisé, enclavé, on voit quand même sur les écrans de télé comment celà se passe ailleurs, par exemple à Casa et Rabat. On se compare. On peut donc développer le sentiment légitime d’un ascenseur social qui ne fonctionne pas, d’une école publique inefficace alors que les écoles performantes sont chères et réservées à une élite….

-Il y a aussi l’affaiblissement de la confiance, le sentiment que les jeux sont faits, que les chances ne sont pas les mêmes pour tous, voire qu’une moralisation des affaires publiques est indispensable.

-Le chômage des jeunes grimpe à une allure vertigineuse, dépassant 40% dans plusieurs villes, sans que le gouvernement précédent n’ait pris la mesure de cette évolution.

-Les Marocains tiennent à leur pays, à sa stabilité. Ils savent que le pays avance. Il existe une majorité silencieuse qui est indignée par les événements en cours, même si elle comprend la légitimité des revendications. Mais elle refuse l’instabilité, l’aventure, le saut vers l’inconnu. Et veut que la sacralité des institutions soit respectée.

Plus l’impasse perdure, et plus les regards se tournent vers le Roi pour trouver une solution.

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R. B.
Le 31 mai 2017 à 11h17

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