Atlantic Dialogues: l’Afrique face à ses défis
Convergence économique, gouvernance, ressources humaines et migration… Les thématiques abordées lors des travaux de la 1ère journée des Atlantic Dialogues mettent en évidence aussi bien le potentiel de croissance du continent que l’ampleur des enjeux et défis à relever.
Organisée par le think tank OCP Policy Center, cette 6e édition des Atlantic Dialogues réunit à Marrakech - du 13 au 15 décembre, des experts issus de différents horizons, venus débattre de thématiques africaines et mondiales, liées essentiellement au développement économique, aux enjeux sécuritaires, ainsi qu'à la place du capital humain dans cette équation.
Globalement, deux tendances macro-économiques se distinguent en Afrique. Malgré la persistance de disparités régionales, la plupart des pays ont vu l’amélioration de leurs principaux indicateurs (inflation, déficit budgétaire, balance des paiements…) et une croissance portée de plus en plus par la demande interne. Le Rwanda et l’Ethiopie affichant les meilleurs taux de croissance du continent.
Gouvernance et ressources humaines: les talons d’Achille
Les clivages régionaux représentent toujours un frein à une réelle convergence économique. Principalement en raison de carences en matière de gouvernance, ainsi que de restrictions portant sur la libre circulation des capitaux productifs et de la main-d’œuvre.
Conséquence directe: les flux migratoires s’intensifient, bien que 80% des migrants s’orientent en premier lieu vers des pays africains. "Investir dans les infrastructures est nécessaire, mais c’est le capital humain qui fera réellement la différence", souligne Njoya Tikum, conseiller en matière de politique anti-corruption auprès du PNUD. Un constat qui prend tout son sens à la lumière des évolutions technologiques.
"L’automatisation bouleverse le marché du travail et modifie en profondeur les chaînes de valeur. Les pays africains doivent sérieusement réfléchir à la manière d’aborder ce virage technologique, en raison de son impact sur la main-d’œuvre, le système éducatif ainsi que sur le modèle économique de manière générale", observe Luiz Pereira Da Silva – ancien économiste de la Banque mondiale.
L’expert pointe également du doigt les niveaux élevés de la dette publique en Afrique sub-saharienne. "C’est une tendance insoutenable sur le moyen terme, qui risque d’étouffer le secteur privé".
Manque de vision stratégique
L’absence d’une réelle stratégie de collaboration entre pays africains – ainsi qu’un cruel manque de vision stratégique, représentent les principaux obstacles à une intégration économique efficace. "Certains pays africains peuvent profiter de la croissance mondiale, mais pas tous, en raison d’un modèle économique qui repose essentiellement sur les exportations de matières premières. La chute des cours mondiaux – notamment du pétrole, continuera de pénaliser ces économies", avertit Dominique Strauss-Kahn – ancien directeur général du FMI.
L’économiste appelle à la vigilance: "Malgré la légère reprise de la croissance mondiale, on constate aussi une baisse de la productivité. Cette tendance est préoccupante si elle s’installe dans la durée. Cela pourrait générer une crise dont on pourrait difficilement se relever. Les inégalités et les bas salaires peuvent générer de dangereuses tensions géopolitiques".
Reprendre en main son destin
Curieusement, l’existence de structures régionales de coopération ne garantit pas pour autant l’essor des échanges commerciaux. On connaît bien sûr le fiasco que représente l’Union du Maghreb Arabe, mais des cas similaires interpellent les économistes. A titre d’exemple, alors que les pays d’Afrique australe réussissent à porter à 20% leurs échanges régionaux, les mêmes flux commerciaux ne dépassent pas les 5% au sein des pays de la Cedeao! Ce qui peut tout de même représenter une opportunité pour le Maroc…
Continent des opportunités mais aussi des paradoxes, l’Afrique présente un énorme potentiel de croissance. A condition toutefois de se retrousser les manches, comme le rappelle Obiageli Katryn Ezekwesili, conseillère au sein de l’Initiative africaine pour le développement économique: "Cela fait plus de 50 ans que nous avons accédé à l’indépendance, il est grand temps de reprendre notre destin en main car nous avons beaucoup de retard à rattraper. Le continent a fait beaucoup d’erreurs et nous devons arrêter de pointer du doigt les autres pays comme principaux responsables du retard africain".
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