Lait. Le gouvernement prend acte du boycott et des dommages économiques et appelle à son arrêt
Un communiqué reçu par les rédactions à 23H57 dans la nuit du jeudi au vendredi. Ça en dit long sur la réactivité du gouvernement, alors que Centrale Danone a pris ses décisions de baisse de la collecte de lait et de suppression de postes d'intérimaires, quatre jours auparavant. Sur le fond, les arguments du gouvernement sont justes. Sur la forme, sa communication est ratée.
Les boycotteurs n'ont eu droit qu'à une seule petite phrase reléguée en fin de communiqué. Elle évoque le cœur du problème: le pouvoir d'achat, les prix, la qualité, les contrôles. Et cela, avec une simple promesse: "le gouvernement est déterminé à...". Tout le reste apparaît dans sa forme comme la défense des "autres".
Depuis le début, la communication gouvernementale a été absente, maladroite, décalée, inadaptée. Le gouvernement n'a pas su assumer ses responsabilités, montrer de l'empathie à un mouvement concret, réel, massif, inédit. Il n'a pas su évoquer les points essentiels qui alimentent cette protestation sociale appelée boycott: sentiment d'inégalité des chances et d'injustice sociale, éducation des enfants (et faillite de l'école publique), coût des dépenses de santé (et faillite de la santé publique).
La réunion de la Majorité qui s'est tenue en début de semaine, a évoqué ces différentes questions: nouveau modèle de développement, mesures de préservation du pouvoir d'achat... Selon nos sources, la primature n'envisage pas d'annonces immédiates.
Le communiqué de jeudi soir est consacré exclusivement au lait. Il a été publié par la primature, mais il est signé du gouvernement. Il n'y a pas de visage derrière cet appel, alors qu'en situation de crise, toute communication doit être portée par une personne, un visage. C'est le rôle du porte-parole ou du Chef du gouvernement.
Bref, on donne l'impression de n'avoir pris la mesure de l'ampleur du boycott que par ses effets économiques ou financiers, alors que le boycott est le symptôme d'un malaise social. C'est ce malaise qu'il faut voir. Il faut prendre des mesures immédiates, et ne pas se contenter de promesses.
Jeudi soir, Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la gouvernance, a expliqué sur la chaîne Al Aoula, une partie des dommages économiques et sociaux provoqués par le boycott du lait. Il a cité les 500.000 à 600.000 personnes (120.000 éleveurs et leurs familles) concernées par la collecte du lait par Centrale Laitière, les 866 intérimaires licenciés (il a arrondi à 1.000). Il a souligné que Danone est une multinationale pour laquelle le Maroc n'est qu'une infime partie du résultat et du chiffre d'affaires, rappelé que les prix n'ont pas augmenté depuis plusieurs années. Ce discours, qui est vrai, sera-t-il audible?
Cela étant dit, les arguments qui figurent dans le communiqué gouvernemental sont justes: les dommages causés à l'économie et à l'emploi sont certains; les milieux d'affaires éprouvent une inquiétude; l'investissement privé est freiné; le ralentissement économique est patent; l'attentisme est de retour, tout le monde attend qu'il se passe quelque chose; les investisseurs étrangers sont effrayés...
Voici le texte intégral du communiqué:
Le gouvernement a appelé les citoyens à apprécier la situation à sa juste valeur et à éviter davantage de dommages pour les agriculteurs, le secteur agricole et l'investissement national en général, et ce à la lumière de l'évolution du boycott du lait.
Dans un communiqué publié jeudi, le gouvernement affirme "suivre avec un grand intérêt l'évolution du boycott du lait, qui se caractérise essentiellement par la décision de la société concernée de réduire de 30 pc la quantité de lait achetée auprès des coopératives, avec tout son impact sur les agriculteurs et le secteur agricole".
Cette situation a fait que de nombreuses coopératives laitières et professionnels "ont réagi en appelant à redresser la situation", note le communiqué qui met l'accent sur les effets "négatifs" de ce boycott sur l'emploi au sein de la société concernée et des coopératives laitières qui y sont liées.
Partant de ses responsabilités, ajoute la même source, le gouvernement souligne que le secteur laitier revêt une grande importance au sein du système social et économique de notre pays, car il concerne un réseau d'opérateurs qui traitent avec la société concernée, soit 120.000 agriculteurs et 600.000 membres de leurs familles.
La poursuite du boycott est à même de causer de gros dommages pour les coopératives laitières et les producteurs qui y adhèrent, dont une majorité de petits agriculteurs, ainsi que le tissu économique national dans ce secteur et les secteurs qui y sont liés, relève la même source précisant que ce boycott "pourrait également avoir un impact négatif sur l'investissement national et étranger et, par conséquent, sur l'économie nationale".
"Le gouvernement est déterminé à entreprendre des initiatives visant à améliorer le pouvoir d'achat des citoyens et à agir avec fermeté en matière de contrôle du marché, de la qualité des produits et de lutte contre la spéculation et le monopole", assure le communiqué.
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