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L'Istiqlal de Nizar Baraka veut se positionner en alternative crédible

Après avoir basculé dans l’opposition, l’Istiqlal a proposé au Chef du gouvernement une loi de Finances rectificative pour améliorer le pouvoir d’achat des Marocains et booster le marché de l’emploi. Selon un proche du nouveau secrétaire général, ses initiatives vont permettre au parti de se positionner pour constituer, dans l’idéal, une alternance au PJD, ou a minima, devenir un allié incontournable à l’horizon 2021.

L'Istiqlal de Nizar Baraka veut se positionner en alternative crédible
Samir El Ouardighi
Le 4 juillet 2018 à 16h11 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Nizar Baraka a encore fait des siennes. Le communiqué du comité exécutif du parti de l'Istiqlal, publié mardi 3 juillet, est ciselé comme un fleuret. Un fleuret pour le gouvernement s'entend. Dans le style sobre, presqu'austère qui caractérise le nouveau secrétaire général, les mots sonnent juste et les phrases sont pertinentes dans le contexte ambiant de morosité socio-économique.

L'Istiqlal pousse son avantage. Après avoir présenté des propositions pour améliorer le pouvoir d'achat des Marocains, il avait publié des propositions au profit des PME. Le Chef du gouvernement a reçu Nizar [ses camarades le désignent par son prénom] il y a quelques jours. En l'absence du ministre des Finances. Cela ressemblait davantage à une rencontre PJD-Istiqlal qu'à une réunion entre un chef de gouvernement et un parti de l'opposition. Il n'y avait que des responsables PJD d'un côté et Istiqlal de l'autre.

Elotmani a soulevé le contenu des propositions de l'Istiqlal relatives à une loi de finances rectificative. Il a surtout suggéré qu'il y ait de futures rencontres entre les deux partis. On ne sait pas s'il s'agit d'une simple clause de style et de politesse ou si cela correspond à une volonté réelle du PJD. En tous les cas, la porte est ouverte.

Mardi, le comité exécutif de l'Istiqlal a enfoncé un nouveau clou, en ces temps où les partis politiques rasent les murs et où le gouvernement donne l'impression de se cacher.

Dans son communiqué, l'Istiqlal accuse le gouvernement de ne pas faire face à la situation actuelle. Le gouvernement "met la patience des citoyens à rude épreuve face au chômage, à la hausse des prix et à la détérioration du pouvoir d'achat". Il accuse l'exécutif de tergiverser, de vouloir reporter à l'exercice 2019 les mesures qui s'imposent et qui sont urgentes, de ne pas avoir pris la mesure de la situation économique et sociale, de ne pas avoir fait preuve d'écoute ni d'empathie...

Dans la situation actuelle, ce discours est audible et remet progressivement l'Istiqlal en selle, un Istiqlal que beaucoup estimaient en perte de vitesse.

Depuis son élection à la tête du PI, Nizar Baraka est resté fidèle à lui-même. Le nouveau secrétaire général est resté avare de déclarations à la presse.

Si ses détracteurs l’accusent d’être dépendant du puissant notable des provinces du sud, Hamdi Ould Rchid, qui serait le vrai initiateur de la politique du parti, les récentes propositions à caractère économique, dont il est l’auteur, démontrent tout le contraire.

Le 29 mai dernier, les parlementaires du parti ont, en effet, adressé au gouvernement un mémorandum demandant l’adoption d’une loi de finances rectificative de la LF2018 pour améliorer les revenus des citoyens, protéger leur pouvoir d’achat et soutenir le marché de l’emploi.

Si ce mémorandum a peu de chanced’être retenu, il n’en demeure pas moins que la rencontre chaleureuse entre le Chef du gouvernement et l’ex-ministre des Finances, en l’absence de l’actuel, montre que ses propositions sont prises au sérieux. Au point que les mordus de politique ainsi que des personnalités proches de l'Istiqlal, n'écartent pas la possibilité d'une coalition PI-PJD, soit à l’horizon 2021, soit avant cette échéance si l'actuel gouvernement est remanié.

Joint par Médias24, un important responsable du parti de la balance, requérant l’anonymat pour ne pas être accusé de briguer un maroquin ministériel aux prochaines élections, confirme que la multiplication des propositions économiques a pour objectif de donner une visibilité à une opposition partagée entre PI et PAM.

"Quelques mois après son élection à la tête du parti, Nizar est passé d’un soutien critique à la politique gouvernementale à une vraie opposition. Devant l’atonie du PAM, l’Istiqlal a décidé d’accomplir sa mission d’opposant en attirant l’attention de l’opinion publique par des propositions sérieuses et constructives. Ce n’est pas une opposition frontale mais une opposition élégante qui veut préparer les Marocains à une alternative au gouvernement actuel mené par le parti de la lampe.

"Il est évident que Nizar met en avant ses talents d’économiste pour se positionner à l’horizon 2021.

"Ses compétences en économie le distinguent de ses adversaires car tous les problèmes actuels qui se posent aux Marocains sont par excellence de nature économique. Ainsi, les revendications sociales (santé, éducation, chômage …) et les réactions populaires (boycott …) découlent toutes de l’économie", affirme notre interlocuteur qui est un militant de la première heure à l’Istiqlal.

A la question de savoir pourquoi son parti ne s’est pas vraiment préoccupé des questions sociales lorsqu’il dirigeait le gouvernement Abbas El Fassi ou faisait partie de celui mené par Abderrahmane Youssoufi, il rétorque que l’Istiqlal a fait son possible dans une période de crise mondiale.

"N’oublions pas qu’à l’époque, le baril de pétrole était à 160 dollars (147 en réalité, NDLR) et que le poids de la caisse de compensation impactait négativement les caisses de l’Etat.

'Certes, nous n’avons pas fait de miracles mais nous avons eu le mérite d’être réactifs aux revendications (dialogue social …) et pas amorphes comme l’actuel gouvernement", se défend notre source.

"Avec le temps, cela finira certainement par s’arranger car d’ici 2021, beaucoup d’eau va couler sous les ponts", temporise notre interlocuteur en refusant de "jouer le rôle de madame Soleil".

Selon lui, la situation actuelle avec un PJD amorphe, un RNI bousculé, un PAM inexistant dans l’opposition, fait que le parti d’avenir, "à valeur d’aujourd’hui", est incontestablement le PI.

"Il est difficile d’émettre des pronostics pour les élections législatives de 2021 car au Maroc, la politique et le pouls de l’opinion publique fluctuent chaque matin un peu comme la bourse.

"Malgré tout, notre leader est en train d’introduire dans les deux chambres, une forme d’opposition inédite car élégante. Ceux qui le connaissent savent que les propositions de l’Istiqlal portent sa griffe.

"Sa principale force est de mettre en avant son domaine d’expertise qui est l’économie. C'est notamment le cas des dernières propositions pour protéger les PME-TPE. De plus, il bénéficie d’un avantage magnifique sachant qu’il profite de la transversalité du CES qu’il préside.

"Cela lui donne la possibilité d’être au courant, en temps réel, de tous les dossiers d’actualité pour trouver des solutions pertinentes aux préoccupations socio-économiques de nos concitoyens", conclut notre source qui pense que grâce à lui, l’Istiqlal a désormais une autoroute pour constituer une alternative au PJD ou au minimum un rôle de partenaire incontournable en lieu et place du RNI si celui-ci quitte le gouvernement.

 

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Samir El Ouardighi
Le 4 juillet 2018 à 16h11

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