Poulet/Vague de chaleur: Pas de mortalité inquiétante et prix stables
La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole dément l'information selon laquelle 20% de l'élevage avicole est décimé à cause de la canicule. Elle donne pour preuve le prix de vente du poulet vif, resté stable à 12,50 DH le kilo à la ferme.
Un confrère de la presse écrite a publié, le samedi 5 août, un article intitulé «Canicule : 20% de l’élevage avicole décimé», en citant les propos de Jaber Abou Bakr, président de l’Association marocaine des aviculteurs. L’article a été relayé par un journal espagnol.
Depuis mardi 31 juillet, une vague de chaleur frappe les différentes régions du Maroc, avec des températures pouvant atteindre 47°C.
Contactée par Médias24, la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), représentant officiel des éleveurs selon la loi 03-12 sur les interprofessions agricoles, dément catégoriquement cette information.
«On ne sait pas comment cette personne, dont l’association ne représente pas la profession, peut communiquer à la presse un tel chiffre (taux de mortalité de 20%, ndlr). Comment a-t-elle réalisé ses statistiques ? Il y a plus de 9.000 fermes avicoles au Maroc, les a-t-elle toutes contactées ? Le ministère de l’Agriculture est là, l’ONSSA aussi. Toutes les fermes sont encadrées par des vétérinaires qui ont l’obligation d’aviser les services provinciaux de l’ONSSA au delà du taux de mortalité normal dans le secteur. Or aucune alerte n’a été donnée», s’étonne Youssef Alaoui, président de la FISA.
Et d’ajouter: «Le seul organisme habilité à communiquer un chiffre officiel est l’ONSSA. Même la FISA ne peut pas avancer de statistiques. Mais nous sommes en contact direct et permanent avec les éleveurs et je peux vous dire qu’on n’est pas dans cette situation».
Le représentant du secteur avicole reconnaît qu’en période de forte chaleur, il peut y avoir de la mortalité supplémentaire. «Le taux de mortalité normal dans une ferme bien gérée est de 3% (sur la durée d’élevage qui peut varier de 40 à 45 jours, ndlr). A cause de la chaleur, on peut arriver à 5% voire 6%. Mais pas à 20%. Il peut y avoir des pertes dans quelques régions et quelques fermes, mais ça n’atteint pas des niveaux alarmants».
Chaouki Jerrari, directeur exécutif de la FISA, explique que le taux de mortalité de la volaille lors des périodes de canicule était important par le passé quand les éleveurs étaient sous-équipés en matériel de refroidissement. «Mais depuis la mise en place du soutien étatique (subventions, ndlr) pour l’achat d’équipements, les éleveurs se sont dotés du matériel nécessaire».
Ces équipements, appelés «Pad Cooling» permettent de réduire de 10°C la température à l’intérieur des bâtiments d’élevage.
Pour M. Jerrari, il peut y avoir une baisse de la productivité. «A cause de la chaleur, le poulet est nourri la nuit, d’où un engraissement plus lent. Pour atteindre le poids cible (2 kg ou un peu plus), la volaille peut nécessiter 46 jours au lieu de 40 à 42 jours», précise-t-il.
Selon lui, la situation est normale par rapport à la saison. «Les éleveurs se préparent à cette période. Ceux qui sont équipés sont actifs et travaillent avec la densité normale, à savoir 10 poulets au mètre carré. Ceux qui ne le sont pas sont à l’arrêt. Pour ceux qui prennent des risques sans équipements, ils travaillent avec une densité inférieure, par exemple de 6 poulets au mètre carré».
Le kilo est à 12,50 DH au marché de gros de Casablanca, selon le système Asaar
Aussi bien pour le président de la FISA que son directeur exécutif, le meilleur baromètre sur l’état de l’offre et de la demande reste le prix.
Selon Youssef Alaoui, les prix du kilo de poulet vif à la ferme sont restés stables à 12,50 DH la semaine dernière. «S’il y avait une mortalité de 20%. Les prix auraient augmenté de 40 à 50%. Le kilo serait vendu à 17-18 DH à la ferme et à 25 DH sur les marchés».
Sur le marché de gros de Casablanca, les prix relevés le 6 août via le système Asaar du ministère de l’Agriculture étaient de 12,50 DH le kilo. «On aurait espéré plus, vu qu’on est en août (période de forte consommation, ndlr) et que c’est maintenant que les éleveurs se rattrapent en termes de marge. On aurait dû être à 14 DH le kilo sortie ferme, ce qui n’est toujours pas le cas», conclut Youssef Alaoui.
Notons que le secteur avicole est structurellement en situation de surproduction en raison des investissements réalisés par les éleveurs au cours des dernières années, du soutien du ministère de l’Agriculture et des contrats programmes signés entre la profession et l’Etat.
En 2017, la production de viande de poulet s’est élevée à 550.000 tonnes, en hausse de 17% par rapport à 2016. Celle de viande de dinde à 90.000 tonnes, stable sur une année. La consommation de volaille (tous types confondus) s’élève, elle, à 19,7 kg par habitant et par an (+13%).
Le prix de vente moyen du poulet vif à la ferme s’est établi à 11,50 DH le kilo en 2017, en baisse de 15%.
Le secteur a réalisé un chiffre d’affaires de 28,5 milliards de DH (-2%) et des investissements de l’ordre de 12 milliards de DH (+6%). Il emploie 145.000 personnes en direct et 330.000 en indirect.
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