Stress hydrique au Maroc: les experts tirent la sonnette d'alarme
Réchauffement climatique et stress hydrique touchent particulièrement le Maroc – à l’instar de l’ensemble de la région Mena, avec des répercussions préoccupantes en termes d’accessibilité aux ressources et de sécurité alimentaire. L’évaluation de la vulnérabilité du royaume à la sècheresse était au cœur des débats lors d’un atelier scientifique organisé conjointement, le 17 septembre, par le ministère de l’Agriculture et l’ICBA (International Center for Biosaline Agriculture).
Comme l’ensemble des pays de la région Mena, le royaume connaît une situation de stress hydrique sévère. Alors qu’elle était considérée comme un phénomène épisodique, "la sécheresse est désormais une donnée structurelle du climat dans la région Mena, et constitue une réelle menace pour la sécurité alimentaire", souligne Mohamed Sadiki, SG du ministère de l’Agriculture.
Selon les statistiques avancées par le Dr Rachid Zaaboul de l’ICBA, le Maroc a connu 30 années de sécheresse "sévère" entre 1912 et 2015. Le plus inquiétant étant le rapprochement de ces épisodes au cours des dernières années, avec un impact négatif sur le renouvellement des nappes souterraines et la disponibilité des ressources hydriques au sens large.
Les chiffres sont en eux-mêmes éloquents. Alors qu’un pays est considéré en stress hydrique lorsque la disponibilité en eau est inférieure à 1.000 m3/habitant/an, les ressources marocaines en eau sont aujourd’hui évaluées à 650 m3/habitant/an et vont descendre en deçà de 500 m3 à l’horizon 2030!
Sommes-nous outillés pour faire face à cette pénurie? Le Maroc travaille actuellement sur un Plan national de l’Eau à l’horizon 2050, destiné à couvrir les besoins en eau potable et en irrigation.
Sur ce dernier point, grâce notamment au Plan Maroc Vert, le Maroc a adopté une stratégie volontariste en matière d’utilisation efficiente des ressources hydriques en agriculture. L’irrigation au goutte-à-goutte couvre actuellement plus du tiers des surfaces irriguées, ce qui permet de réaliser une économie annuelle de 1 milliard de mètres-cubes.
Pour autant, ces stratégies risquent de montrer leurs limites compte tenu des facteurs climatiques auxquels le Maroc doit faire face. "La pluviométrie connaît une tendance structurelle à la baisse au cours des trois dernières décennies, ce qui se traduit notamment par une baisse encore plus rapide du niveau des nappes souterraines", observe le Pr Saâd Belghazi, économiste et consultant auprès de la Banque mondiale.
Risque-t-on de s’acheminer vers un scénario "à la Zagora"? C’est plus que probable selon certains experts qui, chiffres à l’appui, tirent la sonnette d’alarme:
-Nappe souterraine du Haouz: baisse d’environ 20 mètres en 25 ans.
-Nappe du Souss: baisse de plus de 25 m en 30 ans.
-Nappe du Saiss: baisse de 64 m sur 25 ans.
A l’échelle nationale, "la surexploitation des nappes souterraines est évaluée à 1 milliard de mètres-cube par an", précise Abdeslam Issami, responsable de la Planification des ressources hydriques – ONEE. Soit une déperdition équivalente à l’économie réalisée grâce à l’irrigation au goutte à goutte…
Pourtant, l’exploitation des nappes souterraines peut être régulée via l’adoption des "contrats de nappe", qui précisent les modalités d’une gestion durable et concertée de ces ressources. Selon Issami, le Maroc vise à court-terme l’élaboration d’une trentaine de contrats de nappe, et de 130 contrats à long terme.
Curieusement, 5 de ces contrats de nappe ont déjà été finalisés d’un point de vue technique et législatif. Sauf qu’ils n’ont pas encore été activés. "Bien que tout soit prêt, nous en sommes réduits à attendre une décision politique", regrette le Dr Driss Hasnaoui, chef de la division des Ressources hydriques au ministère de l’Equipement.
En clair, le Maroc est, techniquement, déjà en mesure de mieux gérer ses ressources en eau. Pour peu que la gouvernance politique soit au rendez-vous…
Cette situation est d’autant plus problématique que le stress hydrique menace la sécurité alimentaire au Maroc et dans l’ensemble de la région Mena. Dans le rapport 2018 de la FAO sur la situation des marchés des produits agricoles, publié le 17 septembre, on relève notamment que les pays d’Afrique du Nord seront contraints, dans les années qui viennent, d’accroître leurs importations de 2,6% - avec un renchérissement des prix estimé au minimum à 1,2%.
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