Covid-19 : Tout ce qu'il faut savoir sur le respirateur marocain
Le Maroc a commencé la production de 500 respirateurs qui seront prêts dans deux semaines. Les propos du ministre de l'Industrie suscitent de l'intérêt mais également des questions sur la qualité de ces respirateurs et sur leur degré d'efficacité. Eclairage.
Le Maroc a décidé de relever un défi de taille : La fabrication du premier "respirateur artificiel" 100% marocain. Le respirateur est un appareil indispensable en réanimation pour les cas graves de Covid-19.
"Dans le monde entier, les respirateurs se font rares. Même si on veut les acheter, ils sont indisponibles. De ce fait et sur instruction de Sa Majesté le Roi, toutes les compétences marocaines pouvant contribuer à mettre à la disposition du ministère de la santé cet équipement ont été sollicitées. Des médecins, des experts et des ingénieurs notamment du secteur aéronautique se sont mis à travailler pour concevoir une première version d'un respirateur qui a été améliorée suite aux recommandations des médecins (membres du groupement, ndlr)", a expliqué le ministre de l'Industrie et du Commerce Moulay Hafid Elalamy, dans une interview accordée le mardi 07 avril à une chaîne télé nationale.
"Dans deux semaines, nous aurons 500 respirateurs prêts. Après, nous passerons à une production à plus grande échelle. Nous envisageons de produire toutes les quantités dont aura besoin le Maroc. Et si les conditions le permettent, pourquoi pas en exporter", ajoute le ministre.
Une prouesse en ces temps de crise. Le ministère a rassemblé une vingtaine d'experts représentant différentes institutions pouvant contribuer à la conception du respirateur. On peut citer en plus des équipes des ministères de l'Industrie et de la Santé, des chercheurs de l'UM6P, de la Fondation Mascir, de l'INPT, des professeurs de médecine, des ingénieurs aéronautiques,...
Des interrogations
Néanmoins, certaines voix estiment qu'il est important que le ministère précise davantage la nature du respirateur qu'il est en train de développer.
"Les propos du ministère sont intéressants. Je ne suis pas expert dans l'ingénierie médicale, mais je suis ingénieur de formation et par conséquent je connais grosso modo le processus de fabrication des produits d'ingénierie. C'est un équipement qui sera utilisé pour maintenir des patients en vie. On ne doit pas brancher un équipement en phase de prototype sur des citoyens marocains", affirme Najib Mokhtari, ingénieur et créateur de contenu de vulgarisation scientifique. Il a partagé ses interrogations sur les réseaux sociaux.
Les responsables marocains ne se sont-ils pas emballés trop vite ? Qui compose le comité médical ? Qui travaille sur ce projet ou qui a approuvé cet appareil ? Et quelles sont les fonctionnalités de ce respirateur marocain ?
Voici les membres de l'équipe projet
Ces questions et d'autres, Médias24 les a posées au ministère de l'Industrie qui a apporté des précisions importantes sur ce projet pionnier. D'abord, qui compose le groupe de travail ? "C'est un projet sérieux qui regroupe des experts qui maîtrisent leur métier. De plus, nous avons sollicité le ministère de la Santé. Des médecins réanimateurs sont directement impliqués, sans oublier une équipe d'ingénieurs", nous explique une source autorisée au ministère. A ces compétences, s'ajoutent des entreprises qui chacune dans son domaine intervient dans une partie du projet :
- Le Professeur Faroudi, réanimateur, responsable du centre COVID19 Ibn Sina de Rabat, expert en instrumentation médicale. "Le Professeur Faroudi a intégré l’équipe des ingénieurs et travaille actuellement à leur côté sur la version invasive du respirateur", précise le ministère.
- L'équipe compte aussi Dr. Badir (PhD Biologiste), Dr. Fekkak (Dr. en médecine, en pharmacie et analyste laboratoire), Dr. Miloud (Réanimateur).
- Le professeur Azami de l'INPT ainsi que des chercheurs de l’UM6P, de MASCIR.
Le ministère a associé plusieurs acteurs dont des membres du GIMAS qui agrègent l’écosystème respirateur :
- Aviarail est une société marocaine spécialisée dans la conception et la réalisation d’outillages, bancs de tests et de machines ou équipements spéciaux. Elle intervient dans la phase du design et engineering.
- PilliotY, une société spécialisée dans le développement de solutions industrielles et la création de produits Deep-Tech à forte dominance électronique, mécatroniques et digitaux. Elle intervient dans la phase du design et engineering.
- SERMP (groupe LE PISTON Français) spécialisé dans la réalisation de pièces et ensembles mécaniques pour l'aéronautique. Opérant dans l'ingénierie de précision, il s'occupe de la production des socles et pièces de structure. L'acteur s'occupera également de l'assemblage.
- Valtronic est un acteur spécialisé dans l'industrialisation et fabrication de dispositifs complets, de sous-ensembles électroniques et mécaniques pour des applications médicales, automobiles, industrielles,... Il se chargera de la fabrication des cartes électroniques des respirateurs.
- Crouzet Maroc conçoit, fabrique et fournit des dispositifs d'automatisation et de contrôle pour une large gamme d'applications (mécatronique). Il interviendra pour la fabrication des moteurs.
- EFOA, une société spécialisée dans la fabrication d’outillages, pièces élémentaires chaudronnées et sous ensembles aéronautiques, ainsi que la chaudronnerie non aéronautique, traitement des surfaces, peinture et contrôle par ressuage.
- Halmes est un acteur spécialisé dans la mécanique de précision et l'usinage. EFOA et Halmes se chargeront du traitement des pièces usinées notamment, des traitements chimiques antibactériens.
Un respirateur invasif en cours de conception
En qui concerne le respirateur, le ministère précise que "le projet est conçu dès le départ avec le ministère de la Santé pour répondre aux besoins spécifiques de cette pandémie".
L'objectif en ces temps de rareté du produit et de difficulté de s'en procurer via l'importation est "d'assurer la production locale d'un assistant respiratoire mécanique opérationnel qui peut pallier le manque d'équipements en cas de pandémie", explique notre source au ministère de l'Industrie. "Autre facteur important sur lequel il y a eu un focus particulier, c'est que toutes les composantes de cet appareil doivent être disponibles localement pour éviter de recourir à l'importation", insiste-t-on au ministère.
"Cette version qui est actuellement en cours de production peut servir en ambulatoire, en zone de déchocage et en remplacement des respirateurs complexes chez des malades en détresse respiratoire à cadence régulière. Nous avons tenu à ce qu'il soit robuste, économe en termes d'énergie, et mobile puisqu'il peut fonctionner sur batterie, en plus il est évolutif", ajoute le ministère.
Les membres du groupement sont conscients qu'il ne s'agit pas là du respirateur artificiel sophistiqué tel qu'il peut être imaginé, car il est difficile de développer en quelques jours un tel produit. Cela dit, l'appareil conçu par les équipes marocaines est une solution à mi-chemin entre la ventilation non invasive (n'ayant pas recours à l'intubation) et la ventilation assistée (l'appareil se substitue partiellement ou totalement à la fonction respiratoire défaillante).
Nous savons que le respirateur marocain est une solution non invasive qui dispose de certaines fonctionnalités permettant un certain niveau de manipulation et de monitoring.
Par ailleurs, le ministère souligne qu'en parallèle à la version qui est actuellement en cours de production, l'équipe-projet se base sur la version actuelle pour développer un respirateur invasif. "Cette nouvelle version sera plus sophistiquée", insiste notre source au ministère.
à lire aussi
Article : Prières juives aux remparts de Marrakech : derrière la polémique, une pratique déjà connue
Filmées le 21 avril près de Bab Doukkala, les séquences virales montrent des fidèles du courant hassidique Satmar, venus de New York, en halte de vingt-quatre à quarante-huit heures pour se recueillir sur les tombes de figures religieuses locales. Selon la communauté juive de Marrakech, ces passages ponctuels, sans lien avec le site lui-même, s’inscrivent dans des circuits de pèlerinage réguliers.
Article : Ancienne filiale de Sothema, Azerys porte son capital à 47 MDH sous l’ère Syensqo
Ancienne filiale de Sothema, aujourd’hui détenue par le groupe belge Syensqo, Azerys engage une nouvelle phase de restructuration avec une hausse significative de son capital social, un renouvellement de son conseil d’administration et une réorganisation de son actionnariat.
Article : Urbanisme. Agadir approuve deux nouveaux plans d’aménagement
Le ministère de l'Aménagement du territoire national, de l'urbanisme, de l'habitat et de la politique de la ville a récemment approuvé deux plans d'aménagement relatifs à la zone d'Agadir Nord et au nouveau pôle urbain de la Cité de la santé, des sports et de l'urbanité.
Article : ONU Tourisme : le Maroc accueille le premier bureau africain consacré à l’innovation touristique
À Rabat, l’ONU Tourisme a inauguré son premier bureau thématique en Afrique dédié à l’innovation, en présence de sa secrétaire générale Shaikha Al Nuwais.
Article : Entre pertes d’emplois et réformes sociales, Sekkouri défend la ligne du gouvernement
À l’approche d’un scrutin législatif décisif et sous la pression du round d’avril du dialogue social, le ministre de l’Inclusion économique, de l’emploi et des compétences, Younes Sekkouri, était l’invité ce mercredi 22 avril 2026 de l’émission "Saâ lil-Saraha" sur 2M.
Article : Maghreb de Fès : pour relancer les “Tigres”, Bouzoubaâ veut engager les propres capitaux de sa holding B. Invest
Derrière ce projet soumis au Conseil de la concurrence, une nouvelle étape se dessine pour le club fassi. Élu président en août 2025, l’homme d’affaires entend adosser la société anonyme du MAS à sa structure d’investissement, avec l’objectif de redonner au club les moyens de ses ambitions sportives.