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Le prolongement du confinement, une épreuve qui aiguise les nerfs

Prolongé jusqu’au 20 mai, le confinement bouscule nos repères et fragilise l’état mental, surtout chez les individus déjà en proie à des troubles anxieux. Des cellules d’écoute ont été mises en place en cas de besoin.

Le prolongement du confinement, une épreuve qui aiguise les nerfs
Solène Paillard
Le 20 avril 2020 à 18h34 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

L’annonce, samedi 18 avril, du prolongement du confinement jusqu’au 20 mai, a eu pour beaucoup l’effet d’un coup de massue. Un mois déjà que l’isolement, ou a contrario la cohabitation familiale ou conjugale quasi-ininterrompue, se sont imposés comme les maîtres-mots du quotidien. Sans compter qu’à cette situation inédite s’est ajouté un autre paramètre, lui aussi inédit : le télétravail. Pour d’autres, le travail est suspendu aux aléas de la conjoncture économique et, pour d’autres enfin, il a tout simplement disparu, les plongeant dans l’inconnu le plus total.

C’est donc peu dire que nos repères se sont, du jour au lendemain, fracassés contre les murs qui désormais nous confinent.

"Tous nos repères sont effectivement chamboulés, au niveau économique, temporel, spatial, social… Ce changement a été très brutal ; personne n’a eu le temps de le voir venir et de s’y préparer", souligne Soukaina Zerradi, psychologue clinicienne, contactée par Médias24. "Pour les personnes qui ont perdu leur emploi, c’est un saut dans l’inconnu d’autant plus angoissant qu’elles n’ont aucune visibilité sur leur avenir. Le fait de ne pas savoir comment la situation va se résorber est de toute évidence très angoissant", ajoute-t-elle.

La rupture n’est pas que professionnelle ; elle est aussi sociale. Pour les personnes qui vivent seules, l’épreuve n’est pas une mince affaire. Cette solitude contrainte et forcée peut provoquer "un sentiment de déprime, de tristesse, de dévalorisation voire de remise en question de ses choix personnels", souligne Soukaina Zerradi. "L’annonce du prolongement du confinement a réactivé la colère, la détresse et l’irritabilité observées chez certaines personnes, surtout chez celles qui espéraient que le confinement ne soit pas prolongé", complète Mohamed Agoub, psychiatre et professeur de psychiatrie à la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca.

Une rupture de l’équilibre psychique

Quand on a une vie bien remplie, certaines souffrances passent à la trappe : elles sont tapies à l’intérieur et, trop occupés que nous sommes à remplir nos obligations professionnelles et familiales, elles ne ressortent pas. "Or se retrouver seul face à soi-même, c’est aussi se retrouver seul avec ses souffrances, voire avec certains traumatismes enfouis qui, d’un coup, ressortent alors qu’on les croyait presque oubliés", explique encore cette psychologue.

Des périodes propices à la décompensation, c’est-à-dire une rupture de l’équilibre psychique. "Les personnes isolées, mais aussi celles pour qui le confinement est difficile de manière générale, peuvent développer des psychopathologies, notamment des troubles anxieux et des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Certaines personnes ont aussi des prédispositions biologiques à ces pathologies", précise Soukaina Zerradi.

Le prolongement du confinement risque également de provoquer des rechutes chez les individus déjà sujets à des troubles anxieux ou des pathologies mentales. "Ces personnes, dans l’incapacité de faire face au stress en temps normal, sont particulièrement à risque", prévient Mohamed Agoub.

Des cohabitations parfois tendues

Dans d’autres contextes, le stress est démultiplié par une cohabitation parfois houleuse.

"Le confinement intrafamilial peut créer plus de frictions, de confrontations ; plus encore dans des familles sujettes à des violences", indique Soukaina Zerradi. Pendant le confinement, les femmes sont en effet surexposées aux violences conjugales.

"L’isolement crée une pression qui, en plus des tensions économiques actuelles, augmente la vulnérabilité des femmes. Celles-ci sont privées de la possibilité de fuir. Nous nous attendons à une hausse des violences faites aux femmes", s’inquiétaient déjà les associations de protection des femmes, près de deux semaines après le début du confinement.

"La réduction de l’espace contraint les individus dans leurs mouvements, alors que l’être humain est un être fondamentalement mobile. Nous ne sommes pas habitués à rester 24h/24 avec les mêmes personnes, encore moins dans un espace clos. Avant, la mobilité permettait de réduire des conflits parfois latents. Désormais, ils se réveillent et bousculent la cohabitation", analyse Mohamed Agoub.

Pour faire en sorte que cette promiscuité familiale imposée reste vivable, ce psychiatre recommande de fixer des repères dans la journée, notamment en planifiant des activités et en respectant les temps de repas et de sommeil, et d’éviter les excitants (café, tabac). Soukaina Zerradi, elle, préconise de se tenir éloigné des informations anxiogènes : "Il faut s’informer utilement, mais pas tomber dans un flot d’informations inutiles et parfois fausses."

Des cellules d’écoute sont aussi joignables. Fin mars, l’Ordre national des médecins a annoncé la mise en place, au niveau des bureaux régionaux à travers le Royaume, de numéros de téléphone dédiés aux citoyens de 14h à 16h, du lundi au jeudi.

De plus, le Réseau des psychologues du Maroc a mis en place une cellule de guidance parentale pendant le confinement. Elle est est joignable à ces deux numéros : 05 22 54 85 26 et 06 78 90 39 44. Enfin, l’hôpital d’enfants Abderrahim El Harouchi, à Casablanca, a mis en place une cellule d’écoute et de soutien psychologique pour les enfants, adolescents et leurs parents. Un pédopsychiatre et un psychologue sont joignables au 06 76 41 25 60, tous les jours 24h/24.

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Tags : coronavirus
Solène Paillard
Le 20 avril 2020 à 18h34

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