Fusions-acquisitions : reports et annulations en masse à cause du Covid
Selon des avocats d'affaires de cabinets internationaux, la crise et le manque de visibilité ont conduit à la suspension voire à l'annulation de plusieurs opérations de fusions-acquisitions et autres décisions d'investissement.
En paralysant l’économie marocaine, la pandémie et les mesures qu'elle a engendrées ont contribué à la décélération et la suspension d’opérations stratégiques menées par les entreprises.
En effet, la fermeture des frontières, le confinement obligatoire, l'arrêt d'activité des entreprises et le manque de visibilité sur l'évolution de la situation économique sont des facteurs qui ont conduit à l'avortement ou au ralentissement des opérations investissements.
Pour en mesurer l’impact, Médias24 a contacté trois avocats d'affaires de cabinets internationaux. Voici leurs explications.
"Il est difficile de valoriser une entreprise à l'heure actuelle"
"La crise découlant de la pandémie du Covid-19 a clairement eu de nombreuses conséquences sur les opérations de certaines entreprises (fusion-acquisition, joint-venture, etc.), notamment en raison de la fermeture des frontières marocaines et étrangères depuis le mois de mars 2020. Cela a empêché les dirigeants d’entreprises de se réunir, sur le même territoire, pour procéder à la conclusion de leurs transactions", explique Rim Tazi, avocate au barreau de Casablanca.
"Les administrations ne travaillaient pas à plein régime et ne géraient que les urgences (certaines étaient même fermées), ce qui a pu créer des retards conséquents dans la mise en œuvre des opérations", ajoute la même source.
L’indéniable impact de la crise sur ce type d’opérations est également constaté par Maître Safia Fassi-Fihri, avocate au barreau de Casablanca est associée gérante du cabinet BFR & Associés.
Jointe par Médias24, Maître Fassi-Fihri explique qu’en raison de "la très mauvaise visibilité à laquelle ils font face, certains clients ont préféré garder leurs fonds. De plus, il est très difficile de valoriser une entreprise à l’heure actuelle; nous ne savons pas ce que les sociétés vont devenir et comment elles vont réagir à la crise, il est donc compliqué de mettre un prix sur une entreprise".
Quant aux reports et annulations, Maître Fassi-Fihri explique qu'il y a "trois cas qui se sont présentés. Le premier est celui des partenaires qui étaient en pourparlers avant la crise et qui ont décidé d’arrêter et d’attendre meilleure fortune.
D’autres ont signé les accords, mais les acheteurs ont fait valoir le covid-19 comme étant un événement de changement significatif, dans le cadre de la « MAC clause » (Material adverse change) qui est souvent prévue dans les conditions suspensives. Cette clause donne le droit à l’acheteur d’annuler la transaction si jamais il y a des éléments ou événements qui touchent, de manière significative, les agrégats financiers de la société.
Le troisième cas est celui des partenaires qui ont signé leurs accords et qui, même après la levée des conditions suspensives, ont décidé de décaler le « closing » et d’attendre une meilleure visibilité", explique l'avocate.
En effet, la conjoncture économique actuelle ne permet pas aux investisseurs de se projeter et d'engager leurs fonds.
Pas de nouveaux projets à l'horizon
"Nous constatons un ralentissement de prise de décisions pour les nouveaux projets en raison du manque de visibilité sur la situation économique dans les mois à venir. Les investisseurs qui n’avaient pas déjà entamé des opérations avant la pandémie préfèrent, pour la plupart, les reporter de quelques mois. Certaines opérations qui concernent des secteurs spécifiques, en particulier le tourisme et l’hôtellerie, ont été gelées", explique Maître Jaafar Laidi, avocat au barreau de Casablanca.
Face à cette situation inédite, due au coronavirus, de nouveaux paramètres sont à prendre en compte, notamment pour les entreprises qui sont en phase de due diligence.
Pour Maître Tazi, il s’agit notamment, "de l’impact sur la trésorerie, l’accès au financement, l’impact en termes d’approvisionnement de l’entreprise par ses fournisseurs qui sont en arrêt d’activité, les délais de paiement des clients qui ont du s’allonger en raison de la crise, l’analyse des clauses de force majeure des contrats de la cible, etc.".
À découvrir
à lire aussi
Article : Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane
Le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane se sont rencontrés à Rabat dans le cadre de la visite privée que le Président de l’État des Émirats arabes unis effectue au Maroc. Les questions et défis que connaît la scène internationale, en particulier ceux qui concernent les États du Golfe et du Moyen-Orient, étaient au cœur de la rencontre.
Article : Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)
Les Lions de l’Atlas n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter face à des Malgaches limités, ce mardi 2 juin à Rabat, grâce notamment à un doublé d’Ismaïl Saibari. Les enseignements positifs ont été nombreux, mais le manque d’efficacité demeure un point noir en vue du Mondial 2026.
Article : Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles
L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.
Article : Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques
Rapprocher les services financiers des citoyens, soutenir les TPME et réduire les fractures d’accès… Le Maroc mise sur l’IA et la fintech pour accélérer sa transformation numérique.
Article : 1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne
Avec le baptême du GNV Aurora à Tanger, la compagnie maritime italienne GNV renforce son dispositif entre le Maroc, l'Espagne et l'Italie. Déployé à l'approche de l'Opération Marhaba 2026, ce ferry de nouvelle génération illustre les ambitions du groupe en matière de mobilité, de confort des passagers et de transition énergétique.
Article : Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.