Malgré la crise sanitaire, les médecins du travail cantonnés à leur rôle préventif
Les médecins du travail n’ont pas vu s’élargir leurs prérogatives malgré la reprise du travail en présentiel et les risques de contamination que suscite ce retour. Ils déplorent le fait que leur fonction n’ait pas été adaptée au contexte sanitaire.
Le retour de nombreux salariés dans leurs espaces de travail a fait émerger un interlocuteur crucial en cette période de crise sanitaire : le médecin du travail. La reprise du travail en présentiel a en effet requis la mise en place et l’application d’un protocole sanitaire dans les entreprises – un enjeu qui ne se posait évidemment pas en télétravail.
Mais voilà, les médecins du travail estiment n’avoir pas été impliqués dans la lutte contre le Covid-19 en entreprise, leur fonction n’ayant pas été adaptée à la crise sanitaire. Ils disent ainsi se sentir bien seuls depuis l’avènement du virus au Maroc. ''On s’attendait à ce que le ministère de l’Emploi établisse des directives et des recommandations en dehors de celles qui existent déjà dans le Code du travail, afin d’être aiguillés dans la gestion de cette épidémie en entreprise, à l’image de ce qui a été fait en France'', déplore Dr Moulay Hachem Mortaji, médecin du travail et président de l’Association marocaine de la santé au travail (AMSAT), contacté par Médias24.
En France, les conditions d’exercice des missions des services de santé au travail ont effectivement été adaptées à l’urgence sanitaire, conformément à l’ordonnance du 1er avril 2020. De plus, selon un décret en date du 8 avril 2020, ''le médecin du travail peut reporter, au plus tard jusqu’au 31 décembre 2020, la date des visites et examens médicaux (…)''.
''Chez nous, ça n’a pas été le cas. Nous avons été laissés pour compte. Ce sont donc les médecins eux-mêmes qui se sont organisés dès le début de la pandémie, à travers le Collège national des médecins du travail, pour élaborer certaines recommandations, à défaut que le ministère de l’Emploi n’ose toucher à la réglementation'', regrette encore Dr Moulay Hachem Mortaji. ''Nos fonctions auraient pu être adaptées à la situation sanitaire actuelle, mais ça n’a pas été le cas.''
Le médecin du travail, garant des bonnes pratiques sanitaires en entreprise
Leur fonction n’a donc pas été adaptée ; elle a simplement conservé ses prérogatives habituelles. En temps normal, les médecins du travail ont en effet un rôle ''préventif'' avant tout, comme l’énonce l’article 318 du Code du travail. Rôle qui ''consiste à procéder sur les salariés aux examens médicaux nécessaires, notamment à l’examen médical d’aptitude lors de l’embauchage et à éviter toute altération de la santé des salariés du fait de leur travail, notamment en surveillant les conditions d’hygiène dans les lieux de travail, les risques de contamination et l’état de santé des salariés'', poursuit le même article.
''En période de crise sanitaire, le caractère préventif du rôle du médecin du travail ne change pas'', indique Khadija Harourate, médecin chargé de l’inspection du travail dans la région Casablanca-Settat, jointe par Médias24.
Leur but est de piloter la stratégie de lutte contre le Covid-19 en entreprise afin de prévenir la survenue de cas positifs. ''Le médecin du travail est chargé de contenir la circulation du virus. L’aspect relatif à la prévention passe d’abord par l’identification des salariés vulnérables, notamment les personnes atteintes de maladies chroniques ou immunodéprimées, afin d’éviter qu’elles soient exposées à un risque de contamination, en recommandant pour elles le télétravail. Une liste de ces salariés doit d’ailleurs être fournie à l’employeur'', explique de son côté Dr Tareq Essaid, président du Congrès Préventica International Maroc et du Collège national des médecins du travail (CONAMET).
Le médecin du travail doit ensuite définir les règles et les bonnes pratiques pour l’application des mesures d’hygiène, en particulier sur la nature des masques utilisés, la façon de les mettre, le lavage des mains, l’utilisation du gel hydroalcoolique. On pourrait pourtant penser que ces gestes, désormais plus ou moins bien ancrés dans notre quotidien, sont simples à appliquer. Faux, répond Dr Tareq Essaid. ''Ce n’est pas du b.a.-ba. Si tout le monde était capable d’appliquer ces gestes barrières correctement, nous n’aurions pas une telle hécatombe. Dans les entreprises, les médecins du travail passent leur journée – passez-moi l’expression – à aboyer sur les salariés qui ne respectent pas, ou en tout cas pas correctement, le protocole sanitaire. Ce rôle de prévention a toute son importance pour restreindre la circulation du virus.''
Les recommandations relatives au travail individuel plutôt qu’en espaces collectifs, à l’aération ou encore à une bonne utilisation de la climatisation sont également du ressort du médecin du travail, complète Dr Moulay Hachem Mortaji.
Les mesures barrières ne se cantonnent pas uniquement aux gestes ; les comportements aussi sont importants. ''Dans l’entreprise, le médecin du travail est chargé d’éviter les rassemblements, les déplacements en masse… Tout est miniaturisé : on applique le macroscopique au microscopique'', souligne Dr Tareq Essaid. Comprendre : les comportements sont repensés, corrigés lorsqu’il le faut, pour réduire au maximum la circulation d’un ennemi invisible à l’œil nu, puisque microscopique.
L’interlocuteur privilégié entre l’entreprise et les autorités de santé
''Si le médecin détecte des symptômes du Covid chez un salarié, il doit l’orienter vers le centre de santé le plus proche pour qu’il se fasse tester'', précise Khadija Harourate.
Dans le cas où le salarié est testé positif, le médecin du travail doit identifier les cas contacts de ce salarié et évaluer le risque qu’ils soient eux-mêmes contaminés. ''Il établit une liste qui servira à la détection potentielle d’autres cas et, éventuellement, justifiera un retour en télétravail de la totalité de l’effectif, ou en tout cas d’une partie'', explique Dr Moulay Hachem Mortaji. Ce dernier précise que le médecin du travail peut aussi accompagner les salariés testés positifs qui sont isolés chez eux : ''On reste en contact avec eux, notamment pour les conseiller sur la prise du traitement et les informer des effets indésirables, ne serait-ce également que pour un soutien psychologique.''
Son rôle est donc crucial en temps de pandémie, mais toutes les entreprises ne disposent pas d’un service de médecine du travail autonome. L’article 304 du code du travail énonce pourtant qu’''un service médical du travail indépendant doit être créé auprès, notamment, ''des entreprises industrielles, commerciales et d’artisanat ainsi que des exploitations agricoles et forestières et leurs dépendances lorsqu’elles occupent cinquante salariés au moins''. Quant aux entreprises employant moins de cinquante salariés, elles doivent ''constituer soit des services médicaux du travail indépendants ou communs'', prévoit l’article 305.
Problème : l’écrasante majorité du tissu entrepreneurial marocain est composé de TPE, et ces très petites entreprises n’ont pas la possibilité d’implanter dans leurs locaux un service médical de travail. Rien qu’en termes de superficie, l’installation d’une telle structure est quasi impossible ; ces sociétés n’en ont pas la place. Différentes entreprises peuvent toutefois se partager une structure médicale commune, qui prend donc en charge tous les salariés, mais dans la pratique, ces structures sont très rares, pour ne pas dire inexistantes. Khadija Harourate l’assure : ''Des tentatives ont été faites dans ce sens, mais aucune n’a été concrétisée.''
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