Les inscriptions ne reprennent pas dans les crèches privées
Les réinscriptions dans les crèches ne reprennent pas malgré le protocole sanitaire et l’assurance des pédiatres sur le risque très peu élevé de contamination chez les enfants, constate l’Association marocaine des crèches privées. Plusieurs structures n’écartent pas l’idée de s’endetter davantage pour tenir le coup jusqu’à la rentrée de septembre 2021.
Les crèches privées peinent à entrevoir le bout du tunnel dans lequel la crise sanitaire les a plongées, à l’image de nombreux autres secteurs. La barre des réinscriptions ne se redresse pas, ou très peu, et les directeurs et directrices de ces structures s’en tiennent désormais à ce constat : l’année 2020-2021 s’annonce ''compliquée'', voire ''perdue'', pour reprendre leurs mots.
L’évolution de la courbe des inscriptions suit l’évolution de notre perception de la crise sanitaire, résume Adil Joundy, vice-président de l’Association marocaine des crèches privées (AMCP) et directeur d’une crèche à Casablanca, joint par Médias24. ''Les gens commencent à comprendre qu’il faut apprendre à vivre avec le virus. Des parents qui, en septembre, étaient très réticents à inscrire leurs enfants nous contactent désormais pour savoir s’il y a toujours une place en crèche, mais c’est loin d’être général. Nous n’avons eu que quelques inscriptions'', dit-il. ''Il y a toujours des parents qui ont peur que leur enfant contracte le virus, et d’autres qui sont serrés financièrement. Certains parents qui ont malgré tout réinscrit leur enfant payent au mois et au plus au trimestre'', ajoute-t-il.
De plus, la reprise du télétravail à Casablanca n’a rien arrangé, abonde Asma Sefrioui, présidente de l’AMCP : ''Les parents sont à la maison, donc ils peuvent s’occuper de leurs enfants. Le retour au télétravail a eu un impact sur les inscriptions dans les crèches casablancaises.''
Les petites crèches, qui proposent des tarifs adaptés aux familles aux moyens limités, maintiennent tant bien que mal la tête hors de l’eau. ''Elles ont trouvé des arrangements avec leur personnel et certaines sont toujours ouvertes. Ce sont aussi de plus petites structures ; souvent même plus des garderies que des crèches. Il n’y a pas tout le volet pédagogique qu’on peut trouver dans des crèches accessibles aux foyers plus aisés. Elles ont donc beaucoup moins de matériel, leurs espaces sont moins grands, les salaires des employées sont faibles, souvent un smig et, in fine, leurs charges sont moins importantes que celles auxquelles font face d’autres structures'', affirme Asma Sefrioui.
''On sait qu’on finira l’année dans le rouge''
Adil Joundy se montre très sceptique sur une évolution favorable des inscriptions dans les mois à venir, tant la conjoncture actuelle est propice à l’incertitude : ''Tous les pronostics sur l’évolution de l’état d’urgence sanitaire et de la situation épidémiologique ont été déjoués : les cas de Covid-19 ne diminuent pas et on n’a même pas encore ne serait-ce que l’amorce d’une diminution des cas, alors qu’on est déjà presque au mois de décembre.'' Il balaye également l’espoir suscité par l’annonce d’un vaccin : ''Il faudra des mois pour que l’impact du vaccin se fasse sentir, notamment en termes d’immunité collective. On ne peut pas être trop optimistes dans nos projections. La réalité est ce qu’elle est : la situation dans les crèches est extrêmement calme et elle le restera jusqu’à la fin de l’année.'' C’est-à-dire jusqu’à juin 2021.
Signe du ''calme'' qui semble régner dans les crèches, Nezha Chami constate que celle dont elle est directrice adjointe à Rabat n’atteint que ''le quart'' de sa capacité d’accueil, estimée à 250 enfants. Malgré l’assurance des pédiatres sur le risque très peu élevé de contamination chez les enfants, Nezha Chami estime qu’un sentiment de malaise et de méfiance a gagné de nombreux parents. ''Ils n’ont pas voulu s’engager sur un trimestre, encore moins sur une année entière, avec le risque de fermeture qui planait'', dit-elle à Médias24. Les deux autres crèches qu’elle dirige, qui sont celles d’une même entreprise implantée à Rabat et Fès, sont désormais des locaux vides, l’entreprise n’ayant pas souhaité maintenir l’ouverture de ses deux crèches. ''On a plus de 36 salariés à l’arrêt. D’autres ne travaillent plus qu’à mi-temps, et d’autres encore ne travaillent plus du tout car on a été contraint de s’en séparer.''
A Marrakech, un directeur de crèche contacté par Médias24 indique n’avoir enregistré que deux inscriptions chez les nourrissons de moins de 12 mois depuis septembre, ''contre 10 à 15 en temps normal''. Sans compter les conditions imposées aux crèches dans le cadre du protocole sanitaire, notamment la division par deux du nombre d’enfants par salle, qui limitent de fait les inscriptions. Ce directeur souligne également la contrainte financière que représente le coût relatif à la désinfection des locaux, l’estimant chez lui à 250 DH par jour. ''Les charges se maintiennent, voire augmentent, alors que les inscriptions diminuent drastiquement. L’année s’annonce compliquée, forcément. On est déficitaire et on sait qu’on finira l’année dans le rouge'', déplore-t-il.
S’endetter davantage pour maintenir le cap jusqu’à septembre 2021
Les directeurs et directrices de crèches semblent donc suspendus à l’évolution de la crise sanitaire. ''Tout est effectivement en suspens, mais ils ont malgré tout l’espoir de se redresser dès qu’ils auront plus de visibilité'', confie Asma Sefrioui. Si reprise il y a, elle se jouera au printemps prochain, veut-elle croire. Pour deux raisons : ''La conception des crèches au Maroc n’est pas la même qu’en Europe. Au Maroc, beaucoup de parents n’inscrivent leurs enfants qu’en mars, pour le dernier trimestre, afin de les socialiser et de les préparer à leur entrée à l’école, car les crèches sont avant tout des lieux de socialisation.''
La période du printemps est aussi celle des réinscriptions en crèche pour l’année suivante. ''Les réinscriptions sont un bon indicateur. Elles se font souvent entre mars et avril ; c’est donc à ce moment-là que les directeurs de crèches auront un aperçu de ce à quoi ressemblera l’année 2021-2022'', complète Adil Joundy.
Au sein de l’AMCP, plusieurs directeurs et directrices de crèches disent en effet attendre le troisième trimestre 2021 pour prendre une décision définitive : mettre la clé sous la porte ou poursuivre leur activité. Faut-il s’attendre à d’autres fermetures ? ''Je ne pense pas, pronostique Adil Joundy. Celles qui ont fermé sont celles qui étaient déjà fragiles avant la crise sanitaire. Celles qui ont résisté jusque-là réussiront à maintenir le cap. Elles feront tout pour poursuivre leur activité, quitte à s’endetter davantage, en espérant que les crédits compenseront.''
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