Quel avenir pour les startups fintechs au Maroc? (débat)
Les startups bouleversent l’univers de la finance et développent des services bancaires et financiers innovants et disruptifs. La digitalisation est aujourd’hui une priorité stratégique. Si l’écosystème marocain tarde à accompagner cette vague, le marché risque d’être absorbé par des géants africains de la fintech.
« Quel avenir pour les startups fintechs au Maroc » ? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre des experts lors du webinaire organisé par la CDG ce mardi 25 mai, modéré par Youssef Mamou, Program Director de 212 Founders et faisant intervenir des experts de fintechs.
La fintech est définie comme l'application de l’innovation technologique aux nouveaux usages dans l'espace financier pour répondre aux besoins des consommateurs et des entreprises.
Yassine Regragui, expert en fintech et ancien cadre d’Alipay en Chine souligne que la fintech est un secteur « toujours à ses prémisses au Maroc, qui ne se limite pas au paiement » mais qui est lié par exemple aux domaines de l’assurance, des services bancaires en ligne (financement participatif, planification financière) ou du blockchain…
Pour Jean Michel Huet, associé à Bearing Point, « les fintechs peuvent être portées par des startups de moins d’un an comme par une entreprise de plus de 5 ans. Ce sont elles qui vont contribuer à faire évoluer les usages numériques et changer le métier des banques, des assurances mais également des régulateurs -la regtech- ».
« Le paiement mobile n’est que la partie visible de l’iceberg », souligne Abdelhakim Agoumi, avant d’ajouter : « La transformation technologique a été une opportunité pour la banque pour innover et améliorer les services ». CIH Bank a créé à cet effet une direction de Data Lab pour comprendre la transformation des usages de sa clientèle, tout en gardant le noyau principal de la banque : placement, crédit, accompagnement en moyens de paiement... .
Pour Abdeslam Alaoui, les startups peuvent se spécialiser sur un segment de relation client la banque dans le domaine des Fintech. « Il y a le boarding du client, la gestion de sa transaction, la fidélisation, la gestion du risque. Ce sont des domaines propices à l’innovation ».
L’adaptation des banques aux changements des usages transparaît par l’émergence de plus en plus de services à valeur ajoutée, comme c'est le cas en Chine où Yassine Regragui évoque le cas d’applications « comme Alipay ou WeChat qui servent à réaliser des transactions financières, mais aussi, à chatter avec ses amis, à créer un site e-commerce, à demander un crédit en 3 secondes et à réserver un voyage au complet! ». « Toute la sphère financière n’est qu’un point de départ pour tous les autres services », note-t-il, avant d’ajouter : « les usages changent rapidement, aujourd’hui en Chine, il est possible de payer avec son visage, même plus besoin d’utiliser son téléphone».
Une expansion sans précédent en Afrique
Ce secteur de la fintech a dépassé toutes attentes en Afrique. Son essor est dû à l’existence « de vrais marchés pour la fintech car il y a énormément de financements notamment liés aux bailleurs de fonds comme la Banque Mondiale ou la BAD, qui financent des projets autour de l’inclusion financière en Afrique » affirme Jean Michel Huet. « Le Maroc a récupéré 0,07% des investissements en fintech sur le continent africain », tient à souligner Abdeslam Alaoui, CEO de HPS.
La levée de fonds par les entreprises fintech a connu une croissance de 49,3% en 2020 pour atteindre plus de 160 millions de dollars. Le secteur est donc le plus attractif pour les investisseurs (24,9%), devançant ainsi les investissements en e-commerce et retail-tech (13,9%) et en e-health (10,3%).
Les investissements sont concentrés sur des points chauds comme le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud, et récemment l’Egypte qui alimentent un club restreint de licornes africaines dans le secteur de la fintech dont la visibilité internationale est en pleine ascension. On cite les nigérianes Interswitch, Flutterwave, Paystack, la kenyane M-Pesa ou encore l’égyptienne Fawry qui a acté son entrée en bourse de Caire en août 2020.
Comme ces licornes africaines sont à la recherche permanente de nouvelles parts de marchés, leurs radars sont aujourd’hui pointés vers l’Afrique du Nord. L’enjeu est tel que les banques doivent s’impliquer davantage et s’associer à des startups qui développent des services à forte valeur ajoutée dans la fintech. Car si les banques supportent des charges et frais généraux énormes, les startups, elles, ne cherchent qu’une captation de la valeur dans des marchés à fort potentiel, parmi lesquels le Maroc.
Il est donc primordial pour les banques de s’organiser avec agilité et d’être orientées client pour gagner en compétitivité dans un paysage en mutation perpétuelle.
Dans ce sens, Abdelhakim Agoumi, directeur du pôle service à la clientèle et canaux alternatifs à CIH Bank affirme que sa banque ouvre son infrastructure dans une démarche d’Open Innovation. « On est en train de construire des systèmes de testing pour permettre aux startups de tester et d’évaluer leurs systèmes et leurs modèles avec des données anonymisées », assure-t-il. Et de poursuivre : « CIH Bank peut apporter son expertise et ses agréments au service de la communauté financière marocaine pour voir demain éclore des champions nationaux ». Ceci, en plus d’un accompagnement « dans une réalité financière par l’appui à la conception de business-plan, d’accompagnement à la levée de fonds en plus des programmes de promotion de l’entrepreneuriat ».
Pour Abdeslam Alaoui, les startups marocaines « peuvent tester leur solution dans une scène box marocaine mais doivent réfléchir beaucoup plus grand ». L’objectif est de capter la valeur dans des marchés
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