“Les avionneurs tablent sur un retour aux niveaux d’avant-crise du Covid dès 2023” (Karim Cheikh)
AÉRONAUTIQUE. Le secteur reprend des couleurs. Après deux années difficiles en raison de la crise du Covid-19, l’activité reprend. Le point avec Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales.
- Le secteur de l’aéronautique a réalisé un chiffre d’affaires de deux milliards de dollars à fin 2021.
- À fin juillet 2022, le secteur a connu une croissance de 60%.
- Les principaux chantiers du secteur sont à présent la décarbonation, l’industrie 4.0 et le capital humain.
Le secteur de l’aéronautique a été fortement impacté par la crise du Covid-19. À présent, l’activité reprend au Maroc, avec le lancement de nouveaux chantiers. Dans un entretien accordé à Médias24, Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), fait le point sur le secteur.
“Notre industrie prend un tournant majeur”
Médias24 : Comment se comporte le secteur de l’aéronautique ? A-t-il retrouvé la cadence antérieure à la crise du Covid ?
Karim Cheikh : Nous avons au Maroc une base industrielle solide et fortement intégrée dans les programmes des principaux avionneurs, tels Airbus et Boeing, mais aussi auprès des motoristes.
La crise du Covid a drainé des opportunités pour le Maroc, où la quête de fournisseurs plus compétitifs était vitale. La crise n’a pas empêché la confirmation de plusieurs projets d’inauguration. Ces investissements sont non seulement le signe que nous sortons de la crise, mais aussi celui du tournant majeur que prend notre industrie dans des filières à plus haute valeur ajoutée.
La dernière publication de l’Office des changes mentionne une croissance de près de 60% pour le mois de juillet 2022.
- À combien s’élève le chiffre d’affaires à l’export durant les neuf premiers mois de l’année ? Les fournisseurs marocains ont-ils dépassé leurs ventes d’avant la pandémie ?
- Nous constatons une forte reprise chez nos entreprises, qui ont enregistré à fin 2021 une accélération des cadences, confirmée par un chiffre d’affaires de deux milliards de dollars. Comme je l’ai précédemment indiqué, les dernières publications de l’Office des changes annoncent une croissance aux alentours de 60%, ce qui nous renvoie automatiquement aux chiffres d’avant la crise du Covid, à savoir en 2019, année record pour Airbus et Boeing et l’ensemble de l’activité aéronautique et spatiale.
Au Maroc, le niveau de qualité et de délai de livraison dépasse les standards internationaux
- Qu’est-ce qui explique ce dynamisme et l’attractivité du Maroc pour les investisseurs étrangers ?
- Le Maroc est aujourd’hui reconnu comme une base aéronautique performante et compétitive, où le niveau de qualité et de délai de livraison dépasse les standards internationaux. Cet ancrage solide nous positionne favorablement sur des activités plus complexes et sur une montée en gamme importante.
- À combien est estimée la baisse des exportations durant la crise du Covid ?
- L’industrie aérospatiale mondiale a traversé la plus grande crise de son histoire. La pandémie a éclaté en pleine crise du Boeing 737 Max et durant l’abandon du programme A380 par Airbus. L’ensemble de la chaîne d’approvisionnement dans le monde a vécu ses moments les plus difficiles. Au Maroc, notre chaîne d’approvisionnement a été mise à l’épreuve par la crise sanitaire, certes, mais elle a démontré une résilience exemplaire, avec un impact inférieur à 30% sur le chiffre d’affaires, quand on a assisté à une baisse de 50% à 60% ailleurs.
- La montée en gamme du capital humain représente un nouveau défi pour le secteur. Comment le GIMAS compte-t-il le relever ? À combien s’élève désormais le nombre de salariés dans le secteur ?
- Le GIMAS s’est impliqué dans la formation des jeunes il y a plus de dix ans, en créant l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), l’un des premiers instituts du partenariat public-privé piloté par les industriels. D’une capacité de 400 stagiaires par an, il est passé à 800, pour atteindre aujourd’hui 2.000 jeunes par an, avec un taux d’insertion de 97%. Nous comptons à présent plus de 20.000 emplois directs qualifiés.
- Qu’en est-il du taux de croissance et du taux d’intégration ?
- Avec une croissance moyenne de 20% par an, soit quatre fois plus que la moyenne mondiale et cinq fois la croissance du PIB, nous réalisons actuellement un chiffre d’affaires à l’export de deux milliards de dollars. Concernant le taux d’intégration, qui est un élément clé pour le développement pérenne de notre base, il a atteint 40%.
- La décarbonation et l’industrie 4.0 représentent aujourd’hui les chantiers les plus importants pour le secteur. Où en sont ces projets ?
- Nous orientons plus fortement nos activités et notre stratégie vers de nouveaux métiers, en insistant particulièrement sur les technologies avancées de l’industrie 4.0, l’innovation et la recherche & développement. Surtout, nous nous ouvrons vers de nouveaux marchés. Nous travaillons en effet pour attirer les capacités excentrées pour une relocalisation au Maroc, au plus près des constructeurs et équipementiers. C’est un enjeu majeur de la transition écologique et de la décarbonation de la production, qui fait partie de l’un des défis auxquels notre industrie fait face.
L’industrie marocaine étant pleinement intégrée dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, nous considérons qu’il est important d’entrer dans l’évolution mondiale de l’usine intelligente et décarbonée. Le plan “Industrie 4.0” est pour nous un ensemble complet d’actions qui visent à placer nos entreprises au niveau d’intégration technologique le plus avancé à l’ère du Smart Factory.
Le programme de décarbonation est une action dissociée que nous entendons lancer en même temps que le plan “Industrie 4.0”. Les deux se croisent à certains moments, en ce qui concerne la digitalisation par exemple. Notre secteur se prépare aux normes climatiques imposées aux industries. La production compatible Reach* et les industries décarbonées sont des conditions nécessaires afin de toujours figurer sur la carte de l’industrie aérospatiale mondiale. Cette nouvelle façon de produire va fortement influencer nos entreprises.
L’innovation sera essentielle pour trouver des substituts aux procédés ou produits non compatibles. La technologie verte est encore coûteuse de nos jours. La manière d’optimiser le coût d’une industrie décarbonée est une question importante à laquelle nous sommes obligés de répondre.
- Quelles perspectives pour l’avenir du secteur ?
- L’avenir de l’aéronautique s’annonce très prometteur, avec le renforcement de la position du Maroc en tant que plateforme industrielle de référence au niveau régional, continental et mondial. Les avionneurs tablent sur un retour aux niveaux d’avant-crise du Covid dès 2023. Airbus, qui confirme une cadence de production moyenne de 45 appareils par mois, demande à tous ses fournisseurs de se préparer à l’avenir en sécurisant une cadence ferme de 64 avions par mois dès le deuxième trimestre de 2023, et une cadence de 75 avions par mois en 2025. L’avionneur Boeing est également en train de reprendre son rythme habituel de production.
Airbus dispose d’un carnet de commandes de 8.500 avions à produire, et Boeing est à plus de 3.000. Cela vient confirmer le besoin croissant en avions, qui est de 40.000 appareils à construire durant les vingt prochaines années.
* Reach est un règlement européen entré en vigueur en 2007 pour sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne. Il s’agit de recenser, d’évaluer et de contrôler les substances chimiques fabriquées, importées et mises sur le marché européen.
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