“Cette connaissance intime qu’a le Maroc de l’Afrique lui impose des obligations” (Pascal Lorot, Institut Choiseul)
Le "Choiseul Africa Business Forum" aura lieu pour la première fois en Afrique, à Casablanca. Le président de l’Institut Choiseul, Pascal Lorot, nous explique l’intérêt de la troisième édition de cet événement panafricain.
Ce jeudi 20 octobre aura lieu à Casablanca la troisième édition du "Choiseul Africa Business Forum". Il rassemblera près de 600 décideurs dans le but d'échanger sur une douzaine de thématiques capitales pour la région, de l'éducation à l'énergie en passant par la cybersécurité et la santé.
Cet événement panafricain se tiendra pour la première fois en Afrique. Le choix du Maroc n'est pas anodin compte tenu de son rôle stratégique dans la région. C'est ce qu'explique à Médias24 Pascal Lorot, président de l'Institut Choiseul, organisateur de l'événement.
Médias24 : La précédente édition du "Choiseul Africa Business Forum" s’était tenue à Nice en novembre 2021. Que représente cette nouvelle édition qui prend place, cette fois-ci, dans un pays africain ? Pourquoi avez-vous choisi le Maroc ?
Pascal Lorot : Le "Choiseul Africa Business Forum" est une plateforme unique de rencontres entre acteurs économiques et dirigeants politiques au plus haut niveau. Cette année, après deux éditions à succès à Nice, au cœur de la Riviera française, nous avons décidé de franchir cette belle Méditerranée, véritable trait d’union entre deux continents si proches l’un de l’autre, et de nous installer au Maroc, plus précisément à Casablanca, cœur économique du Royaume et destination naturelle pour qui veut appréhender la réalité africaine dans sa plénitude.
De fait, et de manière incontestable, Casablanca est une plateforme stratégique. Elle est l’une des grandes capitales économiques africaines au carrefour des dynamiques européennes, nord-africaines et subsahariennes. Cette ville incarne plus que toute autre la double ambition de notre forum : d’une part, dynamiser les échanges panafricains et favoriser l’émergence de l’Afrique comme continent porteur d’avenir et d’opportunités et, d’autre part, faire fructifier le dialogue afro-européen.
- Selon vous, quel est le rôle du Maroc pour assurer une bonne gouvernance africaine et mondiale ?
- Doté de l’une des économies les plus développées du continent, mais aussi d’une jeunesse entreprenante bien formée, le Maroc a de longue date une pratique du continent appuyée par une légitime ambition panafricaine. Aujourd’hui, ses entreprises se retrouvent dans une multitude de régions. Elles ont su déployer des stratégies ambitieuses en Afrique, qui lui ont permis de prendre des positions de premier plan dans un grand nombre de régions africaines, mais aussi d’acquérir une connaissance intime des pratiques et mécanismes multiples qui caractérisent la dynamique économique de l’Afrique.
Cette connaissance intime qu’a le Maroc de l’Afrique lui impose des obligations - en premier lieu celle de diffuser les bonnes pratiques managériales et une bonne gouvernance, qui est le gage d’un fonctionnement harmonieux des affaires. Le Maroc a donc un rôle essentiel à jouer à l’échelle du continent : celui d’accompagner la transformation et la modernisation des différentes économies africaines.
- Les discussions sur des sujets clés pour l’Afrique sont au programme, dont la cybersécurité, la santé, l’énergie, l’éducation et les infrastructures. Selon vous, quels sont les challenges auxquels fait face le continent actuellement ?
- Le programme est riche ! Nous allons aborder plus d’une douzaine de thématiques centrales pour l’avenir de l’Afrique. Vous en avez cité plusieurs ; j’ajouterai, entre autres, la santé et le financement des PME, essentiels à un maillage économique durable et efficace du continent. Tous ces sujets incarnent les défis auxquels le continent doit faire face.
J’en ajouterai trois autres, qui seront discutés à Casablanca et qui me semblent essentiels. En premier lieu celui de la ville africaine du futur. Avec l’explosion démographique du continent, conjuguée à un exode rural important, la ville doit être repensée pour absorber les nouvelles populations, dans un sens qui allie modernité, technologie et résilience. Nous en parlerons.
Ensuite, un autre thème qui me tient à cœur, celui des industries culturelles. La structuration de sociétés résilientes et harmonieuses passe par le développement d’une offre culturelle riche et variée au bénéfice de toutes les générations. C’est une condition importante pour qu’une vie sociale émerge et se structure durablement.
Enfin, et c’est là l’un des points cruciaux, nous traiterons de la souveraineté alimentaire de l’Afrique. Les conséquences de la guerre en Ukraine sont encore là. Comment permettre à l’Afrique d’être autosuffisante sur les plans alimentaire et agricole ? Voilà un défi qu’il faudra relever et que nous adresserons.
- Ce Forum va-t-il ouvrir la voie à l’organisation d’événements similaires ou de projets panafricains au Maroc précisément et en Afrique en général ?
- À travers son réseau dit "Choiseul 100 Africa", qui rassemble plusieurs centaines de jeunes dirigeants économiques parmi les plus talentueux de leur génération en Afrique, l’Institut Choiseul y a déjà organisé plusieurs événements ces dernières années, en Égypte, en Côte d’Ivoire, en Algérie, en Angola et même au Maroc, pour ne citer que ces pays. L’Afrique n’est donc pas un continent que nous découvrons. Nous allons continuer à organiser des rencontres de ce genre.
Aujourd’hui, nous installons le "Choiseul Africa Business Forum" - notre grand événement annuel consacré au continent - de façon durable en Afrique. Pour cette troisième édition, nous avons choisi le Maroc, où nous avons été formidablement bien accueillis tant par la région Casablanca-Settat que par la Confédération générale des entreprises du Maroc, qui sont nos deux grands partenaires institutionnels. Sans parler du Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dont bénéficie notre Forum, qui est un honneur pour nous.
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